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L'ANATOMIE PATHOLOGIQUE

M. Lebert, originaire d'Allemagne, disciple des maîtres les plus habiles, et nourri de tout ce que la science allemande a de plus élevé et eu même temps de plus positif, est venu, vers 1848, compléterses étudesà Paris: il y prit bientôt une place distinguée par la publication de Mémoires importants ; puis, des travaux considérables sur les maladies scrofuleuses et cancéreuses, qui lui valurent les couronnes de l'Institut et de TAcadémie de Médecine, le firent appeler à TUniversi té de Zurich , où il a occupé avec succès, durant plusieurs années^ la chaire de clinique médicale et de médecine au grand hôpital. L'Allemagne jalouse Ta redemandé à la Suisse, et aujourd'hui il tient un des premiers rangs parmi les professeurs et les praticiens de Breslau. M. Lebert s'est particulièrement attaché à Tanatomie pathologique; aussi habile à manier le microscope et les réactifs que le

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scalpel, il a été en France, avec M. le docteur Robin, l'un des premiers et des plus éminents propagateurs des doctrines d'outre-Rhin. Cette initiation fut d autant plus puissante qu'en M. Lebert la clarté, la netteté de la méthode française sont unies à Térudition et aux tendances philosophiques des écoles allemandes, et que chez lui Tardeur infatigable pour le travail s'allie à toutes les qualités de Tesprit requises pour constituer un vrai savant.

Maintenant que nous connaissons M. Lebert, faisons aussi connaisance avec Tanatomie pathologique K Lanatomie pathologique esih description et la représentation des altérations et des métamorphoses de toute nature que la maladie développe dans les humeurs, les tissus et les organes. Nul spectacle plus triste et à la fois plus instructif pour le médecin que ces excès, ces diminutions, ces transformations de tissus, ces abberrations de forme et de structure, ces déplacements d'organes; rien qui montre mieux les difficultés de la médecine et en même temps ses ressources infinies; rien qui dise plus éloquemment quelle est la misère de l'homme et la puissance destructive de la nature; rien enfin qui nous enseigne avec plus de sûreté quelle est tantôt l'extrême faiblesse et tantôt l'extrême résistance de l'organisme. Qui pourrait, tant les ruines humaines jettent d'effroi dans l'âme,

1. Traité d'anatomie pathologique générale et spéciale^ ou Description et iconographie pathologique des altérations morbides^ tant liquides que solides ^ observées dans le corps humai n^ par M. H. Lebert, profeMour de clinique médicale à l'UniTerBitâ de Breslau. Paris, 1865-1861 , deux vol. io-folio de texte et deux de planches.

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assister sans émotion, même quand on y apporte ia passion de la science, à ces autopsies où se révèlent tout ce que la maladie et la mort ont de plus repoussant, et quel médecin ne s'instruirait en retrouvant sur un corps maintenant inanimé l'explication d*ane partie des phénomènes qu'il a observés pendant la vie? Il confirme ou redresse son diagnostic par l'examen méthodique des produits de la maladie; il rattache les lésions locales à un état plus général de Téconomie, et puise dans ces recherches de précieuses et plus certaines indications thérapeutiques pour l'avenir. Qui ne reconnaît aussi à ces traits nouveaux que la maladie a empreints en nous combien il en coûte pour vivre et combien pour mourir? Gomment expliquer que la vie puisse subsister pendant de longues années lorsque d'effroyables lésions ont envahi les organes les plus essentiels, ou que la mort survienne avec la rapidité de l'éclair quand un léger épanchement de sang déchire la substance cérébrale, qu'un caillot se forme dans le cœur, qu'une bulle d'air entre dans le torrent circulatoire ou qu'une goutte de quelque poison subtil pénètre sous Tépiderme? Devant de tels accidents la médecine reste impuissante, tandis qu'elle peut, la nature venant à son aide, triompher des plos graves désordres ou les arrêter dans leur marche. Ce sont là des mystères qui épouvantent ou qui étonnent l'homme du monde; pour le médecin, ce sont de perpétuels sujets d'étude qui chaque jour le conduisent à de nouvelles conquêtes dans les régions de l'inconnu.

Que de germes de ruine nous portons en nous-mêmes et sans /en avoir- le moindre soupçon! Par combien de

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voies* tantôt lentes et tantôt rapides, les forces mômes de la vie nous conduisent fatalement à la mort ! — Ici, par exemple, c'est la désorganisation immédiate, directe, par de vastes inflammations; — là, c'est une destruction de chaque jour par le développement de la matière cancéreuse ; — d'autres fois, ce sont des ôtres organisés , des animaux, tantôt imperceptibles et tantôt volumineux, qui se chargent de nous anéantir plus ou moins rapidement, et qui, vivant aux dépens de notre substance^ nous conduisent au tombeau! Pendant que nous nous abandonnons aux douceurs de la vie et que nous nous croyons aussi sains de corps que d'esprit, voici qu'il se développe des vers ou des vésicules animées dans le tissu du poumon, dans les bronches, dans le larynx, dans les intestins, dans le foie, dans l'oreille, dans l'œil, et jusque dans le cerveau, dans le canal qui enferme la moelle épinière, dans les vaisseaux sanguins, enFin dans l'intérieur même des os et des muscles. Chacun de ces ôtres destructeurs a ses mœurs et ses habitudes; chaque organe a de son côté ses vers spéciaux * .

Je ne sais si le public a jamais cherché à se rendre compte des dégoûts qu'il faut surmonter, des dangers auxquels on s'expose et des découragements qui vous assiègent lorsqu'on pénètre, le scalpel à la main, dans ces hideuses retraites de la mort; je n'essaierai même point d'appeler son intérêt sur les sacrifices que commande la science et qu'exige le soin de l'humanité ; mais ce que je veux tâcher de lui faire comprendre en quelques lignes, c'est l'importance de l'ânalo-

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