‹ La médecine chez les ChinoisChapitre 4 sur 103 · RÈGLES POUR TATER LE POULS · texte numérisé non relu

RÈGLES POUR TATER LE POULS

§ V. BKGLKS l’OlR TATBB LK POILS.

Le médecin qui va visiter un malade doit être sain de corps et d'esprit. Il doit faire ses visites de préférence le matin, lorsqu’il est à jeun.

Lorsqu’il est en présence dn malade, il doit examiner si ce malade est du sexe masculin nu du sexe réiiiiniii; si c'est un enfant, s'il est •{raiid ou petit, <{ros, gras, ou mince et fluet.

Il doit se rappeler exactement les endroits où sc tàte le pouls, et particulièrement les trois pouls de chaque bras , ainsi que les rapports entre les pouls et les différents organes.

11 doit connaître les pouls naturels des organes, et les changements apportés par les saisons , les années , les mois , sur les pouls naturels.

Il doit connaître les sept pouls externes, les huit pouls internes, 1l*s neuf pouls des grandes voies de communication, et enfin les vingt-six pouls dont le diagnostic est mortel.

Il doit se rappeler les affeclions cl les symptômes indiqués par chaque pouls ; il doit égaiement connaître les pronostics à tirer des pouls de chaque saison ; il doit savoir quels indices on peut obtenir des sens , des sons , des humeurs , des saveurs et des odeurs.

Il doit connaître les rapports qui existent entre les organes et les trois parties du corps, partie supérieure, partie médiane, partie inférieure.

Il doit connaître le pouls superficiel de la peau et des chairs , le pouls moyen du sang et des nerfs , et enfin je pouls profond des os.

11 doit connaître la constitution des trois parties du corps indiquées |iar les trois endroits où l'on tàte le pouls; il doit savoir à quel point de chacune des trois parties sc rapporte l'affection.

Il doit èonnaître les indices qui servent à établir et à appuyer la distinction des pouls.

Il doit examiner si les pouls sont au tfuen et non au Icbe, ou seulement au kpuan, et connaitre ce qui en résulte.

Il doit savoir .exactement compter le temps , et se trouver dans

50 UÉDECI.XE DES GHIKOIS.

une disposition de corps et d'esprit qui lui permette de sentir sa respiration libre et réglée.

Il doit examiner si , dans une respiration (inspiration et expiration), le pouls du malade donne quatre ou cinq liaticinents, ce qui est signe de santé, et quelles sont les maladies ou les dangers qui résultent de l'augmentation ou de la dimiiiutioii du nombre de ces battements.

Il doit examiner si les pouls s'arrêtent et après quel nombre de battements. Il examinera chaque pouls pendant neuf respirations.

51 quarante-cinq ou quarante-six battements sont continuels, sans intciTuption marquée, le pronostic est bon; dans le cas où un retard ou une interruption se produit , il doit comiaitre ce qu'indique cette interruption.

Il devra examiner, dans chaque endroit où se tâte le pouls, si ces quarante-cinq battements sont naturels et en rapport avec la saison , si quelque pouls étranger a fait irruption dans un endroit qui n'est pas le sien propre, et après combien de battements; il devra connaître la cause de cette irruption et la nature de l'afTection qui en résulte; il devra reconnaître enfin quelle est 1a nature du pouls irrupteur, en quelle partie plus ou moins profonde il a . été reconnu, et quel danger il présente. Il interrogera en dernier lieu le malade, lui posera des questions, simples , nettes et précises sur la nature de sa souffrance, ses appétits, ses dégoûts, etc., etc. ; il connaîtra ainsi le siège et la nature de la maladie; il ne lui restera plus qu'à administrer des remèdes qui expulsent le mal et en préviennent le retour.

Le pouls manifeste ses battements en diverses parties du corps. Ainsi , à l'cxtréiiiité inférieure de l'occiput , à la limite des cheveux, se trouve un endroit appelé fotuj-fou (ville des vents) , où le pouls est sensible; près de ce premier point (qui n'est que le prolongement du deuxième point), au-dessous des oreilles, se trouve un autre endroit nommé feou-pc (blancheur superficielle) ; le troisième endroit est situé au-dessous de la mamelle et porte le nom de ky-men ([Mjrtc des esprits); le quatrième endroit, appelé ki-keou (bouche des esprits), est situé à la partie inférieure et antérieure du bras droit; le cinquième endroit, ytn-yn, est placé

RKGLKS POUR TATER LE POULS. ' tl

à la partie inférieure et antérieure du bras gauche; le sixiènac endroit, nommé ky-hai, est situé à un pouce et demi au-dessous du nombril; le septième endroit, tao-hen (champ rouge), est à trois pouces au-dessous du nombril; le huitième, kouan-ytten (limite des sources), est situe à (rois pouces et demi au-dessous du nombril ; le neuvième, nommé tchmy-yany, est sur la partie convexe du pied, à trois pouces de la cheville; le dixième, nommé !a-ky (grande lacune), est près de la cheville; enfin le dernier, appelé taty-lrhony , c’est-à-dire grande pénétration , est situé sous le milieu de la plante du pied.

Parmi ces onze endroits, ceux qui servent le plus fréqAemment sont le ki-keou et le jin-yn (partie inférieure et antérieure de chaque bras). Les médecins chinois, pour tâter le pouls, appuient le pouce sur la face dorsale du carpe, le médius étant placé sur la tète du cubitus, l'index et l'annulaire à gauche et à droite du médius. On se sert de la main droite pour tâter le pouls du bras gauche, et de la main gauche pour tâter le pouls du bras droit. On donne les noms de ts'ien, kouan, tebe, aux trois pouls qui se trouvent sous l’annulaire, le médius cl l’index. l.e Untrn de la main droite indique l’état du poumon et du gros intestin, ainsi que l’état du milieu de la poitrine, d’après les ouvrages anciens. I>c kouan de la même main fait connaître dans quelle disposition se trouvent l’cstomac et la rate. Le trhe de la même main se rapporte à la vessie , aux rognons et à la partie inférieure du corps. (Suivant les anciens, il est lié aux reins et aux petits intestins.)

Le tsuen de la main gauche correspond au cœur et à l'intestin grêle (suivant les anciens, au cœur et à l’enveloppe du cœur). Le kouan de la même main se rapporte au foie cl au fiel ; et enfin le tche fait connaître l’état des reins, de l’uretère, et, suivant les anciens , de l'intestin grêle.

Le médecin devra examiner pendant neuf respirations ou quarante-cinq battements environ, trois fois séparément, chaque tiuen, chaque kouan et chaque tche des deux bras, c’est-à-dire qu’il examinera chaque pouls en appliquant le doigt sur l’artère, d’abord mollement, louchant à peine l’épiderinc, ensuite avec plus de force, et il finira par une forte pression, de manière à

MKDKCIVK I)KS CHIXOlS.

aller chercher le pouls jusque dans sa racine. Le pouls csl feou , tehong ou Irhin , suivant qu'il est ainsi superGciel, inojcn ou profond.

§ VI. ron.S N.VTl'RELS df.s oru.vnes.

Chaque orqane essentiel a un pouls naturel et un pouls contraire qui chanqc avec les saisons. Le |h>uIs naturel des reins est profond (Irhin), assez vite (cho), provluit à la pression la sensa-' tion d'une perle roulée sous le doigt (/n’e ou hon), est sensible sous une légère pression cl semble augnienlcr lorsqnc le doigt appiiie^irlemenl. .4u printemps, saison des arbres et des vents, pendant laquelle rt‘<{nc le fuie, le pouls naturel des reins est tel que nous venons de le déerire, et semble produire en outre un liiouvemcnt de trémulations longues semblable à celui des cordes tendues de rinsirument ap|>clé Isrng {hien}. Ku été, saison du feu et dans laquelle règne le eceur, le pouls naturel des reins est, en outre de son état normal , regorgeant (hong) , semblable à de l'eau qui déitorde. Kn aulonmc, saison des métaux, pendant laquelle règne le poumon, le pouls naturel des reins est en dehors de son état normal, superliciel (feon) et faible (oiieg). Kn hiver, sai.snn de l'eau et ]>endant laquelle règne la vessie , le pouls naturel des reins est profond (tchin), produit sous la pression la sensation d'une perle (hoa), tout en étant mou igueii). A la lin de chaque saison , lorsque régnent la terre et l'estomac , le pouls naturel des reins est lent modérément (otian), profond {Irhin) et faible (oueg). Le pouls contraire des reins est lent (irhe) et sans force (oueg).

Le pouls naturel du foie produit sous le doigt la sensation de la corde tendue d'un instrument (hien) \ il est en même temps long (irlunig) et assez égal (ho). ,^u printem|)s, il est tel que nous venons de le décrire ; en été , il est en outre regorgeant (hong) ; à la fin de chaque saison , il est de plus lent modérément (otian) ; en automne, il est supeifieiel (frou), surnageant et faible (oueg)-, eu hiver, il est de plus profond (Irhin). Le pouls contraire du foie est superficiel {Jcoh), court (louait), âpre ou aigre (*<•).

Le pouls naturel du cœur est regorgeant (hong), semblable à de

POILS \ATIRELS DES ORGAXES.

l'eau qui déborde. Sous une légère pression, il est très-sensible. £n appuyant fortement, il semble disparaître sous le doigt; il est fort {la), et superficiel (feou). En été, il est débordant (hong) et fort {la). Au printemps, il est kien-hmig-feou (trémulant, débordant, siiperGciel) . A la lin de chaque saison, il est hong-ouan (débordant, lent modérément). En automne, il est feou-hong (superficiel, débordant); en hiver, tehin-hong (profond, débordant). Le pouls contraire du cœur est Ichin-sg (profond et délié).

Le pouls naturel des poumons est feou-touan (superficiel, court), et semblable aux gouttes d'eau qui tombent du toit. Au printemps, il est hien-feou (trémulant, superficiel). En été, il est frou-touan-hong (superficiel, court, débordant). En automne, feou-touan (superficiel , court) . En hiver, tchin (profond) . A la fin de chaque saison , (superficiel, lent modérément). Le

pouls contraire du poumon est hong-ta (débordant, fort).

Le pouls naturel de l’estomac est semblahie aux feuilles du saule légèrement agitées par le zéphyre {ouan), fort {In). Au printemps il est lent {Iche) et {/rien) trémulant. En été, il est tehehong (lent, débordant). A la lin de chaque saison, tche-ta (lent, fort). En hiver, Ichin-tche (profond, lent). Le pouls contraire de l'estomac est {bien) trémulant.

Nous dirons en résumant, qu'au printemps les trois pouls de chaque bras tiennent du hien (trémulant). En été, ils tiennent du hong (regorgeant). En automne, du feou (superficiel). Eu hiver, du tchin (profond). A la fin de chaque saison , du ouan (lent modérément) .

Les pouls, suivant que la chaleur vitale est dominante, sont on. précipités, superficiels, pleins, forts, solides, longs, ou produisant la sensation de la corde tendue d'un instrument. Lorsque l’humide radical domine, les pouls sont profondsî variables, lents, faibles, courts, saccadés et mous.

Aux trois régions du corps dont nous avons parlé pins haut, correspondent trois pouls dans chaque bras. Le premier, appelé pouls du ciel ou pouls de la partie supérieure du corps, chang-lsiao, indique la dominance de la chaicnr vitale, et par conséquent est débordant {hong), superficiel {feou) et fort {ta). Le deuxième.

MKDECI\E DES CHI.VOIS

Si

nommé pouls de la Icrre ou pouls de la région inférieure du corps (hia-lsiao), indique la dominance de l'humide radical, et par conséquent est profond. Il est généralement plus élevé chez la femme, où le sang et l'humide radical dominent; raison qui fait que le pouls de la première région est plus faihie chez elle que chez l'homme. EnGn le troisième pouls ou pouls de l'homme , pouls de la région médiane (tchong-tsiao) est lent modérément (ouaii) , participant de la chaleur vitale qui se porte naturellement vers la région supérieure, et de l'humide radical qui tend à descendre vers la région inférieure.

§ VII. POI LS IRRL'PTKl'aS.

Lorsqu'un pouls étranger fait irruption dans un endroit qui n'est pas le sien propre, le médecin sera certain qu'il y a altération de l'équilibre, trouble dans l'organisme, et il devra alors s'efforcer de reconnaître la nature du pouls irrupteur et les dangers qu'il peut signaler. Ainsi, par exemple, en été, il peut arriver que le cœur, qui est soumis à l'influence de la chaleur, éprouve quelque affection plus ou moins grave. Les grandes chaleurs de cette saison sont généralement suivies d'un automne assez froid ; et il en est de même du corps humain, dans lequel l'humide radical suit de près l'exlrème chaleur vitale. Dans ce cas, si une partie de l'humide radical sort de la .“ource du cœur, ou d'un de scs sièges naturels, pour SC porter vers les extrémités par son grand canal de communication, le pouls du cœur, qui, dans son état naturel, est, comme nous l'avotis dit plus haut , débordant , plein et large sous le doigt, devient par suite de cette fuite de l'humide radical, lent, mou et comme fuyant. Or, supposons que le cœur se trouvant dans CCS conditions, le pouls naturel du foie fasse irruption dans l'endroit où l'on tâte le pouls du cœur et se substitue à lui-méme sons le doigt; comme le bois produit le feu, le pouls que l'on sentira à l'endroit du pouls du cœur indiquera un défaut d'inanition dans le cœur, épuisement, ou manque d'esprits vitaux et de sang, affection produite par l'action d'un mauvais vent. Il faudra dans ce cas rétablir le foie pour délivrer le cœur. Supposons maintenant que ce soit le pouls de l'estomac qui ait fait irruption

POULS IRRUPTEURS.

dans l'endroit où se tàle le pouls du cœur, ou bien que le canal ^ de l'csioinac ait versé en déviant une partie de ses esprits dans la voie du cœur, le feu engendrant la terre, le pouls que l'on sentira à l'cndruit du pouls du cœur indiquera de la plénitude dans le cœur; il faudra purger l'estomac pour soulager le cœur. Si c'est le pouls du poumon qui a fait irruption , comme le métal lutte avec le feu, le pouls que l'on sentira à l'endroit du pouls du cœur indiquera une faiblesse dans le cœur provenant du froid. Et comme le feu est |tlus fort que le métal, et que la puissance froide du poumon peut être dominée par la chaleur naturelle du cœur, cette faiblesse peut être guérie facilement. Supposons encore que ce soit le pouls des reins ou de la vessie qui ait fuit irruption , comme l'eau est l'ennemie du feu , le pouls que l'on sentira à l'endroit du pouls du cœur indiquera que le cœur est cnvabi par les eaux des reins. Ce mal, causé par un froid et une humidité extrêmes qu'il faut faire cesser, devient trés-diflicile à guérir. Enfin, si le pouls naturel du cœur est plus élevé ou plus faible que sa nature nu la saison ne le comporte, il indique un vice de rectitude qui, en raison de la conservation de sa propre substance, disparaîtra seul, sans qu'il soit nécessaire d'employer de remèdes. Toutes les fois que le pouls naturel d'une saison se trouve changé en son contraire. In vie est en danger. Ainsi le pouls du cœur devenant profond et délié {tchin-ty), celui du foie superficiel (feou), court (louan) et aigu (ic) ; celui des reins, lent modérément [ottan) \ celui des poumons, regorgeant (hong) et fort (ta); celui de l'estomac, long (Ichang) et trémulaiit (hien), il y a danger. Mais si l'altération est telle que l'enfant soit soutenu par sa mère, le mal n'est pas grand; par exemple, si le pouls du cœur est lent (ouan) ; celui de l'estomac, regorgeant (hong) ; celui des poumons, profond (trhin), la maladie sera de courte durée. Mais si la mère charge l'enfant, c'est-à-dire si les reins communiquent leur mal au foie , ou si le foie communique ce mal au cœur, la maladie sera très-longue.

En d'autres termes, si le mal quittant les grandes voies de communication par lesquelles il doit passer jusqu'à sa disparition, pénètre dans une voie qui ne soit pas dans l'ordre normal de suc-

MKDKCIN'K DKS CMl.VUIS.

cession, mais qui cependant soit ou contiguë, ou lice, ou d'une force iuréricurc à la précédente, par eveniplc si le cceur transmet son mal à l'estomac ou au foie, ou si le ca'ur reçoit son mal du poumon qu'il domine, il résulte de cette communication, qui n'est pas violente, que les maladies n’ayant pas de racine sont guéries facilement. Si au contraire le mal passe en déviant dans une voie opposée à la précédente , si , par exemple , le cu’iir communique son mal au poumon, celui-ci au fuie, le foie à l'estomac, l'estomac aux reins, les reins au ca-ur, et que le eveur essaye de nouveau de le transmettre au poumon , comme aucun organe ne |>eut supporter de lésion de la part de son organe contraire, il s'ensuit que les maladies deviennent sinon mortelles, au moins très-longues et trcs-dilTiciles à guérir.

Au printemps, avoir le pouls du poumon est également mortel, parce que le printemps répond au bois et le poumon au métal que détruit le bois ; il en est de meme si dans cette saison on a le pouls de l'estomac. Par une analogie semblable, avoir en hiver le pouls du cœur, en été celui du poumon . en automne celui du foie, indique un danger sérieux. Quand au printemps le pouls du foie est en même temps lent et trémulant (ouan-hien), quoiqu'il ait la lenteur (onan) propre du pouls de l’estomac, s’il conserve la trémulation qui lui est propre , l'altération n'est pas grande ; mais s'il vient à perdre cette trémulation , le mal est alors trèsdangereux. Il sera facile, au moyen de ces données, de déduire les conséquences qui peuvent résulter de l’irruption ou du changement de chaque pouls.

'§ VIII. niFFÉRKNTKS KSPKCKS DK COI I.S.

Lorsque le pouls est naturel et la santé parfaite, dans l’espace d'une respiration (inspiration et expiration), le pouls donne cinq battements; autrement dit, dans l'espace d'une minute, on peut compter quatre-vingts pulsations pour un adulte, depuis seize jusqu’à soixante ans.. Après soixante ans les pulsations ne sont guère que de soixante-seize à quatre-vingts dans une minute, et plus faibles. Le pouls des enfants donne de quatre-vingt-seize à cent douze pulsations.

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