PAR
M. le I) C. SAUCEKOTTE.
Quelques physiologistes modernes ont étudié rentraîneinent dans ses rapports avec les fonctions et les lois de la nutrition ; mais ce n’est là qu’un des côtés de ce curieux phénomène, qui se retrouve dans le monde psychologique, où son étude n’offre pas moins d’intérêt. J’ajouterai même, que si l’on ne s’arrête pas à la signification récente et d’importation britannique donnée à ce mot, on reconnaîtra que les faits de cet ordre ont de tout temps fourni matière aux observations des philosophes et des naturalistes. Seulement, on les a étudiés sous différents noms, à différents points de vue ; on n’a pas toujours saisi leurs connexions, poursuivi leurs applications diverses, ni enfin for* mulé bien nettement la loi commune qui les rattache aux phénomènes analogues dans l’ordre physiologique. Je n’ai pas la prétention de combler cette lacune ; il me suffirait d’avoir éveillé l’attention des philosophes et des physiologistes sur un sujet digne de les occuper, et qu’ils sauraient approfondir mieux que moi.
Un observateur éminent, H. Royer-Collard, qui; un des
il DU PHÉNOMÈNE DE L’ENTRAINEMENT.
premiers, a étudié l’en traînement appliqué aux phénomènes de nutrition, n’en a pas donné, que je sache, de définition. Pour ne laisser aucune place à l’équivoque dans les considérations que je présente ici, je dirai donc que j’entends par entraînement : Les tendances qui résultent de la prédominance de certaines fonctions, prédominance résultant elle-même de la répétition fréquente des mêmes actes.
On voit, au premier coup d’œil, quelle étroite analogie il y a entre l’habitude et l’entraînement. A l’opposé des instincts qui sont innés, l’une et l’autre s’acquièrent tantôt par des efforts persévérants et méthodiques, comme cela a lieu pour les habitudes de réflexion , tantôt par la tendance à l’imitation, qui est un des attributs de notre nature. Et de même qu’il y a des habitudes de la sensibilité, de l’intelligence et de la volonté, de même les effets de l’entraînement peuvent se produire dans l’une ou l’autre de ces facultés fondamentales. Quant aux oppositions essentielles entre ces deux ordres de faits, je n’en vois pas. J’étais donc bien fondé à dire, en commençant cet article, que les phénomènes de l’entraînement ne sont pas d’observation aussi récente qu’on paraît le supposer, et qu’il nous est loisible de faire notre profit en cette matière des faits acquis à la science touchant les curieux et importants phénomènes de l’habitude, dans l’ordre physiologique comme dans l’ordre psychologique.
De toutes les circonstances qui peuvent agir pour produire l’entraînement dans l’ordre moral, où je me borne à le considérer aujourd’hui, l’une des plus puissantes est le caractère , ce tempérament moral né de la prédominance de certaines facultés, et qui est dans l’ordre psychologique ce qu’est le tempérament ou le genre de constitution prédominant dans l’homme physique; deux influences en réaction l’une sur l’autre.
]! y a dans le caractère, comme dans le tempérament, un élément naturel, inné, et un élément acquis. Le premier donné par l’organisation ; le second puisé dans le milieu, l’éducation ou l’habitude.