‹ La médecine dans l'histoireChapitre 3 sur 6 · DXJ PHÉNOMÈNE DE L’ ENTRAINEMENT · texte numérisé non relu

DXJ PHÉNOMÈNE DE L’ ENTRAINEMENT

Le phénomène de l’entraînement s’offre de même fous deux aspects principaux : tantôt il est le résultat naturel, spontané, de l’organisation physique et morale donnée par la nature ; tantôt il est le fruit de la direction imprimée accidentellement par les circonstances, ou systématiquement par l’éducation. S’il présente, sous la première forme, plus d’un problème intéressant à résoudre, principalement sous le rapport du libre arbitre et de la responsabilité de nos actes, au point de vue de l’éducation, il appelle toute l’attention du philosophe et du physiologiste. C’est ce côté de la question que j’examinerai ici ; c’est-àdire que je me bornerai aujourd’hui à ne voir dans l’entraînement qu’une série d’actes coordonnés en vue d’un résultat final.

Un principe reconnu en matière d’éducation, mais qui n’en est pas moins violé journellement dans l’application, c’est qu’on ne doit pas cultiver certaines facultés aux dépens et à l’exclusion d’autres facultés non moins importantes et qu’on laisse dans l’oubli. « Il sera d’autant mieux pourvu à la culture de chacune d’elles, dit un penseur de nos jours, que toutes seront cultivées avec plus de soin, parce que liées intimement entre elles, elles se soutiennent et se secondent mutuellement, et par là même chacune conserve le rangetrimportanccqui lui appartiennent. » ( Dictionnaire des sciences philosophiques , article Éducation.) Riais ce principe de la subordination des facultés psychiques, aussi important dans l’ordre moral que celui de la subordination des caractères l’est en histoire naturelle, se trouve souvent dans la pratique en antagonisme avec le principe des spécialités , lequel a pour base la pluralité de nos facultés ou de nos aptitudes, et pour méthode Y entrainement appliqué à celles de ces facultés ou de ces aptitudes qui se montrent prédominantes. Or il y a là, selon moi, matière à de graves inconvénients.

En effet, parmi les facultés générales de l’esprit humain, il n’en est aucune dont le concours ne soit indispensable à l’unité harmonieuse du moi. Oue Tune d’elles vienne à faire défaut, et

h DU PHÉNOMÈNE DE L’ENTRAINEMENT.

vous verrez la pensée révéler par quelque grave imperfection l’absence ou la faiblesse de cette faculté. Que résultera-t-il, par exemple, d’un grand développement de l’imagination dans un esprit dont la raison et le goût auront été complètement négligés? Quelqu'une de ces œuvres excentriques où l’absurdité du fond le dispute aux extravagances de la forme. Mais s’il y a danger à cultiver exclusivement une faculté qui a bientôt étouffé sous son développement parasite toutes les facultés qui devaient germer dans le même sol, c’est bien pis encore quand il ne s’agit plus que de l’une de ces aptitudes qui ne sont qu’une des faces ou l’une des formes propres à chacune de ces facultés qu’elles n’embrassent même pas tout entière. C’est pourtant ce que l’on voit tous les jours, et c’est là ce qui produit tant d’hommes incomplets, tant d’esprits faux ou d’une incroyable nullité en ce qui concerne les matières étrangères à celles dans lesquelles ils sont exclusivement préparés. L’industrie s’est même emparée de ces faits dans les établissements d’instruction, où, exploitant à son profit les aptitudes spéciales des enfants qu’on lui confie, elle les soumet à un entraînement habilement dirigé, qui en fait des sujets forts en thème ou très bien réussis en vers latins, mais plus ou moins nuis sur tout autre chapitre. Si bien qu’on a vu des lauréats du grand concours, que disje? le prix d’honneur lui-même, faire un fiasco complet à l’examen du baccalauréat.

On peut juger, par cette simple particularité, de ce qui peut résulter pour l’avenir d’un jeune homme de celte manière de faire. Mais c’est là le moindre souci de l’entraîneur breveté, qui voit, grâce à la réclame, sa prospérité s’accroître en raison directe des nominations obtenues en Sorbonne. J’ai même le regret de dire que ces choses-là s’observent jusqu’à un certain point dans un certain nombre d’établissements publics, et particulièrement dans les lycées de Paris, où la réputation du professeur et son avancement se règlent en partie sur les succès obtenus par ses élèves dans les joutes universitaires. Un

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