BÉCHET J™ ET LABÉ, LIBRAIRES
DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE, PLACE DE l’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , 4 J
PÉPiISSE, à Paris et à Lyon,
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En publiant ce livre , je n'ai nullement la pensée de donner un Traité des passions : ce titre comporterait un grand nombre de volumes, et exigerait une vie entière d’études spéciales , auxquelles ma profession ne m’a pas permis de me livrer autant que je l’aurais voulu. Il demanderait surtout une Introduction de quelques centaines de pages, où l’on examinerait par quelles vertus les différents peuples se sont illustrés, et à quels vices ils ont dû leur décadence ; car les bonnes mœurs sont l’âme des sociétés. Dans cette véritable philosophie de l’histoire , l’érudition de l’auteur ne devrait pas se borner à une connaissance exacte des nations qui ne sont plus; elle devrait aussi embrasser les principaux peuples qui s’agitent aujourd’hui sur la scène du monde , montrer les traits physiques et moraux qui les caractérisent, les passions qui les asservissent, les maladies politiques
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qui les travaillent. Une pareille tâche, dont je sens si bien tonte l’importance, est trop au-dessus de mes forces pour que j’aie la prétention de l’entreprendre.
L’ouvrage que je livre au public n’est autre chose qu’un manuel , qu’une grammaire des passions considérées dans leurs rapports avec les maladies P les lois et la religion. Toutefois , il est le résultat de l’observation la plus attentive et la plus constante pendant vingt-trois années. Durant ce laps de temps, j’ai été à même de voir beaucoup ; aussi mon livre , plutôt pratique que théorique, contient -il plus de faits que de raisonnements. Plus de cinquante mille visites faites aux pauvres du douzième arrondissement de Paris, trois mille environ à la classe riche, près de soixante mille à la classe moyenne, m’ont mis à même d’examiner l’influence de la fortune et de la maladie sur le développement des passions et des vices. En même temps, gens de toutes les professions, étrangers de tous les pays , maîtres et domestiques , femmes et hommes libres , détenus ou cloîtrés, catholiques et protestants, spi-
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va
ritualistes et matérialistes , élèves et professeurs, savants, littérateurs, artistes du premier mérite ; malheureux plongés dans l’ignorance la plus grossière; enfin, gens raisonnables, fous enfermés ou dans le cas de l’être : tels sont les individus avec lesquels j’ai été fréquemment en relation , que j’ai pu observer à loisir, et qui m’ont fourni les matériaux de cet ouvrage, plus scientifique que littéraire , et en grande partie copié d’après nature. Pour établir mes assertions, je ne me suis pas contenté d’invoquer ma longue expérience, soit comme praticien , soit comme médecin légiste : j’en ai souvent appelé à celle de mes devanciers , et me suis en outre appuyé des laborieuses recherches de la statistique, science née d’hier, il est vrai , mais destinée à jeter plus tard une grande lumière sur différentes questions relatives à la criminalité, ainsi qu’à l’amélioration physique et morale des masses.
Malgré ces puissants secours, malgré le grand nombre d’années employées à composer ce volume, je ne l’aurais pas encore livré à l’impression , si les conseils de mes
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confrères, si les instances de l’amitié, ne m’en avaient arraché la promesse. C’est aussi pour tenir ma parole envers deux hommes célèbres, ravis depuis peu à la science et au clergé (1), que je livre prématurément à la critique bienveillante un travail dont j’espère pouvoir un jour remplir les lacunes, et faire disparaître les imperfections.
(1) Le docteur Broussais et Mgr deQuélen s’accordaient à penser que la Médecine des Passions > composée sur un plan entièrerement neuf, deviendrait le complément indispensable des études médicales, législatives et théologiques.