PROFESSION DES ACCUSES
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Accoucheuses • •••••••*•• *
Artistes (peintres, musiciens, comédiens, etc.) . .
Clercs, écrivains, imprimeurs
Etudiants
Fonctionnaires publics , employés
Agents de la force publique, gardes-forestiers. .
Instituteurs, professeurs
Militaires et anciens militaires • • • •
Propriétaires vivant de leur revenu , rentiers . . Notaires , avocats , avoués , médecins , hommes de
lettres, prêtres, huissiers
Contrebandiers
Chiffonniers
Mendiants et vagabonds
Filles publiques
Sans moyens d’existence connus
Totaux
TOTAL
La première classe des professions , qui comprend les individus habituellement occupés aux travaux des champs, est toujours la plus nombreuse; elle présente 5,557 accusés, et forme plus du tiers (34 sur 100) du nombre total.
La deuxième, celle des ouvriers chargés de mettre en œuvre les matières premières, le bois, la laine, le fer, le coton, etc., renferme 3,613 accusés (23 sur 100 du nombre total).
En troisième ligne vient la neuvième classe, celle des gens sans aveu, vagabonds, mendiants. Ces individus sont au nombre de 1,031 (7 sur 100 du nombre total).
Le reste des accusés se partage chaque année d’une manière assez uniforme entre les autres classes.
Sur les 15,872 accusés, 8,884 travaillaient pour le compte d’autrui, 4,666 pour leur propre compte, et 2,322 vivaient dans l’oisiveté.
La proportion des accusés de crimes contre les personnes a celle des accusés de crimes contre les propriétés était, pour l’année 1838, dans la première classe, de 36 sur 100; dans la deuxième, 26; dans la troisième, 27; dans la quatrième, 26, dans la cinquième, 16; dans la sixième, 21 ; dans la septième, 14 ; dans la huitième, 40; dans la neuvième , 14. Ces rapports ont varié en 1839.
Dans ce tableau , les femmes accusées qui n’avaient pas de piofession ont été classées d’après celle de leurs maris.
Tableau comparatif des suicides et des crimes en France , dans leurs rapports avec les professions.
Suicidés. Accusés.
Ve classe. Laboureurs, journaliers. . . . 30 sur 100.
2e classe. Artisans 11
3e classe. Boulang., bouchers, charcut. 2 4e classe. Chapeliers, tailleurs, blanchiss. 6
5e classe. Négociants 5
6e classe. Voituriers, hommes de peine. 2 7 e classe. Hôteliers, domestiques .... 7
8e classe. Professions libérales 21
9e classe. Gens sans aveu 16
36 sur 100.
Dans le Rapport au Roi de 1836, d’où nous avons extrait ce tableau, il est constaté que la proportion des accusés de crimes contre les personnes était plus élevée dans la lre et dans la 8e classe, c'est-à-dire parmi les hommes adonnés aux travaux de la terre et parmi ceux qui ont embrassé des professions libérales. Par une coïncidence qui appelle la réflexion, c’est aussi dans ces deux classes que les suicides ont été le plus nombreux. Toutefois, pour porter ici un jugement rigoureux, il faudrait avoir le chiffre exact des individus qui composent chacune de ces neuf classes.
De V éducation , de V habitude et de V exemple.
Si les règles de l’hygiène, habilement appliquées à l’éducation physique des enfants, leur donnent une santé florissante et des membres agiles et vigoureux, une culture sagement progressive de leur esprit ne contribuera pas moins à régulariser , à mettre en harmonie leurs besoins instinctifs, moraux et intellectuels. En quoi doit con-
sister cette triple éducation? En un ensemble de bonnes habitudes , qui , contractées dès le premier âge, conserveront l’heureux naturel qu’ils tiennent de leurs parents, ou modifieront ce qu’il peut présenter de vicieux. Sans doute, on a eu raison d’appeler l’habitude une seconde nature; mais, pour qu’elle mérite ce nom, pour qu’elle puisse, dans certains cas, opérer une utile métamorphose, il faut, comme nous le verrons plus loin, qu’elle attaque le mal dès sa première apparition, ou bien ses efforts risqueront d’être infructueux, et sembleront justifier cet adage, aussi désolant qu’exagéré : « Chassez le naturel , il revient au galop. »
Oui , certainement , il reviendra le mauvais naturel , corroboré par la puissance de l’habitude ; mais le naturel , arrêté , modifié , entièrement changé, ne reviendra guère, surtout s’il en est empêché par la vue continuelle du bon exemple que copiera l’enfant ainsi que l’homme, ce grand enfant si éminemment né imitateur. Je livre cet aperçu rapide aux dépositaires du pouvoir, qui ne paraissent pas attacher assez d’importance à l’éducation physique, morale et intellectuelle de la jeunesse, et qui s’imaginent avoir élevé un homme quand ils ont exercé deux ou trois facultés au détriment des autres.
Ainsi, Y habitude, ce penchant contracté par la fréquente réitération des mêmes actes , et Y exemple, cette morale en action, dont les leçons par lent plus haut et plus éloquemment que tous les préceptes, voilà les deux mobiles que l’on devrait
constamment employer dans l’éducation. Devant m’arrêter sur leur Influence dans le chapitre consacré au traitement des passions, je me borne à signaler ici un fait grave, c’est que l’importance exclusive attachée de nos jours à l’instruction scientifique et littéraire ne forme guère que des hommes énervés et vicieux, c’est-à-dire de fort mauvais citoyens.
Chose déplorable! les relevés statistiques des hôpitaux et des prisons d’Europe démontrent que les infirmités, l’aliénation mentale, le suicide, et les autres crimes augmentent avec l’instruction et le prétendu progrès des lumières. Les gouvernements obtiendraient , je pense, un résultat diamétralement opposé, s’ils s’attachaient à faire cultiver d’une manière harmonique tous les besoins , toutes les facultés de l'homme; si , tout en lui donnant des membres robustes, ils développaient graduellement ses sentiments avec son intelligence, en prenant pour point d’appui l’élément religieux, seule sanction de la morale, et unique base d’une solide éducation.
Influence du grand monde , de la solitude et de la vie
champêtre.
La fréquentation habituelle de la société rend, sans aucun doute, l’homme plus gai, plus poli, plus aimable; elle donne aussi à l’esprit et au corps plus de grâce et de souplesse; mais, malheureusement, ce qu’elle ajoute en surface et en
C A USES I) ES PASSIONS. t 1 i
éclat , elle le retire presque toujours en profondeur et en solidité. D’un autre côté, continuellement mise en jeu, et prodiguée au milieu d’une multitude de soins, de peines et de plaisirs, notre sensibilité s’éparpille, en quelque sorte, sur nos organes extérieurs, et finit par laisser nos entrailles froides et impassibles. C’est ainsi que, dans le grand monde, la compassion et la bonté, si naturelles à l’homme, semblent avoir changé déplacé; on les trouve, en effet, bien plus dans le langage que dans le cœur.
Il en est de même pour les productions de l’esprit : l’écrivain peut bien acquérir dans la société la facilite et le brillant de l’expression, l’élégance et la politesse des tours ; mais la justesse des aperçus, la profondeur des pensées et leur enchaînement, la chaleur et la vie du discours, sont le produit habituel de la retraite et de la méditation. Aussi les grands écrivains n’ont guère enfanté leurs immortels chefs-d’œuvre que dans la paix de la solitude, si favorable aux conceptions du génie.
Si de pieux anachorètes ont trouvé le calme de lame dans le silence du désert , souvent aussi la jalousie, l’envie et la vengeance y ont été nourrir leurs fureurs et aiguiser leurs poignards: c’est qu’en nous faisant continuellement replier sur nous-memes, la solitude absolue renforce presque toujours notre caractère ; elle rend l’homme bon meilleur, et le méchant plus farouche et plus dangereux. Il est constant, en outre, que la haine de la société, jointe à un goût extrême pour la so-
litude, favorise, chez les mélancoliques, le funeste penchant qui les entraîne si fréquemment au suicide.
Entre la tristesse du désert et le fracas du monde , s’offre à nous la vie champêtre, éminemment favorable au développement du corps et de l’esprit, à la sérénité de l’âme et à la durée de l’existence. Bien certainement, si la plupart des mains occupées à écrire étaient employées aux nobles travaux de l’agriculture , vers laquelle notre intérêt devrait nous ramener davantage, les individus seraient infiniment plus heureux, et la société beaucoup moins turbulente et moins malade.
Je ne parle pas ici de l’influence de l’isolement sur les détenus; je m’en occuperai dans le chapitre consacré au traitement pénal des passions.
Influence des spectacles et des romans.
La surexcitation du système nerveux, si générale depuis quelques années , doit en partie être attribuée aux émotions violentes que les femmes et les enfants vont chercher au théâtre. Ces émotions , qui deviennent de véritables besoins , contribuent, plus qu’on ne le croit, à affaiblir les constitutions, en même temps quelles favorisent le développement des passions érotiques , développement déjà si précoce par suite de L irritabilité morbide qui tourmente notre société. D’un autre côté, la scène, primitivement instituée pour l’a-
musement et l’amélioration morale des masses , ne les amuse souvent que pour mieux les corrompre par les sales et ignobles tableaux quelle se complaît à reproduire. Un fait physiologique qu’on perd beaucoup trop de vue, c’est que l’homme est essentiellement né imitateur. Présentez -lui des exemples moraux , donnez-lui des enseignements utiles , il s’en pénétrera , et sera disposé à les suivre. Mais si, par un déplorable abus du talent, vous lui dépeignez la vertu ridicule, et le vice aimable , il sourira au vice , et ne tardera pas à délaisser la vertu. Il fut un temps où le théâtre pouvait au moins servir à former le goût; aujourd’hui la plupart des pièces ne sont propres qu’à pervertir et le goût et les mœurs.
La lecture des romans n’exerce pas une influence moins triste sur le développement des passions, notamment sur celui de la paresse, de la peur, de l’amour, du libertinage, et du suicide, soit par imitation, soit par dégoût de la vie réelle. Pour une centaine de romans véritablement moraux, qu’on trouverait à grand’peine dans toute notre littérature, il en est des milliers qui ne peuvent que fausser l’esprit , et pervertir entièrement le cœur.
Influence des différentes formes de gouvernemen t.
Les quatre principales formes de gouvernement sont : le despotisme, la monarchie tempérée, le gouvernement constitutionnel , et la république.
ire prouvent que chacune de ces formes favorise plus particulièrement le développement de certaines passions : ainsi, le luxe, la mollesse , la paresse et le libertinage sont les passions dominantes des gouvernements despotiques, i^a monarchie tempérée semble maintenir l’orgueil, l’avarice et la luxure chez les classes nobles et privilégiées. Le gouvernement constitutionnel, sorte de bascule politique importée d’Angleterre, paraît éminemment propre à jeter la corruption dans tous les rangs de la société, à y faire germer les passions turbulentes , égoïstes, ambitieuses, et a déconsidérer les divers pouvoirs , qui cherchent continuellement à se détruire. Enfin , l’amour de * indépendance et celui de la patrie, poussé jusqu au fanatisme le plus sanguinaire, sont les deux principales passions propres au gouvernement républicain , qui succède ordinairement aux monarchies affaiblies ou corrompues , et retourne presque toujours au despotisme.
Quant aux révolutions, qui sont amenées sur la scène politique par des minorités haineuses, hardies et cupides, elles donnent lieu à d’atroces vengeances, à d’odieuses ingratitudes, à de lâches apostasies; elles peuplent nos établissements d’aliénés d’ambitieux déçus, de malheureuses victimes du chagrin ou delà peur; enfin, elles jettent pour longtemps dans les esprits une fièvre de révolte et de changement, insupportable aux nouveaux acteurs qui ont su se créer une position brillante et commode.
Influence de l’irréligion .
11 est un lien indissoluble , une chaîne mystérieuse qui unit le ciel et la terre, une voix céleste qui nous appelle vers un monde meilleur, et lève ainsi toutes les contradictions qui sont en nous et hors de nous : j’ai nommé la religion , dont le sentiment (1) a été profondément empreint dans le cœur de l’homme, par la cause première de tout ce qui existe, c’est-à-dire par l’être infiniment puissant, intelligent, bon et juste que nous ré" vérons comme notre créateur, notre père et notre juge. Qui pourrait nier l’influence salutaire des espérances et des craintes que fait naître la religion, besoin intellectuel, aussi indispensable aux individus qu’à la société I
L’irréligion , au contraire , enfant de l’orgueil , aussi incapable d’encourager l’homme au bien que de le détourner du mal, l’irréligion ne fait qu’attiser le feu des passions, ces véritables ennemies de notre liberté. Inhabile à expliquer les merveilles et l’harmonie du monde physique, elle ne montre ni remède ni terme au désordre du monde moral. Aussi, ennemie des pauvres et des infortunés, dont elle attriste davantage l’existence, ennemie de la société, dont elle ébranle les bases , elle ne saurait produire aucun avantage réel, et
(1) Le sentiment religieux est en quelque sorte l’âme de la re ligion : le culte en est le corps.
1 IG CAUSES DES PASSIONS
sème partout où elle passe la corruption et le désordre. D’où viennent, en effet, ces crimes monstrueux qui désolent et effrayent nos cités, si ce n’est de l’irréligion? N’est-ce pas elle encore qui produit si souvent ce sombre dégoût de la vie et ces transports passionnés qui poussent tant de malheureux au suicide? Si nous consultons les annales de la criminalité, ces effrayantes statistiques dressées par ordre des principaux gouvernements, nous voyons que l’instruction elle-même, loin d’arrêter les progrès du mal, semble plutôt le favoriser quand elle n’est pas appuyée sur l’élément religieux, il faut donc reconnaître que sans religion il n’y a point de vraie morale , et que la meilleure semence se change alors en ivraie. L’impiété est un vent brûlant qui dessèche le cœur de l’homme; le christianisme est une rosée bienfaisante qui le fertilise et l’agrandit (1).
(1) Il est bien à regretter que dans les comptes rendus de la justice criminelle on n’ait pas encore songé à rechercher la proportion des incrédules, des indifférents et des hommes religieux traduits devant les tribunaux. En l’absence totale de documents officiels sur ce point important, je me bornerai à donner ici les résultats de mon expérience particulière comme médecin légiste. D'après les faits nombreux dont j’ai été témoin, et les renseignements qui m’ont été communiqués soit par les familles, soit par le ministère public, je crois pouvoir avancer, sans crainte d’être démenti, que sur 100 individus accusés de crimes , 50 pouvaient être rangés parmi les indifférents en matière de religion, 40 parmi les incrédules et 10 parmi les croyants.
D’un autre côté, sur une centaine de suicides, je n’en ai constaté que quatre commis par des personnes d’une piété re-
Influence de V imagination (1).
Je ne terminerai pas ce chapitre sans dire quelques mots sur une faculté merveilleuse , qui souvent donne des ailes au génie, mais qui, bien plus souvent encore, est la source, ou du moins l’auxiliaire de la plupart de nos passions. Comme la mémoire, en effet, l’imagination , dont je veux parler, ne se borne pas à tenir registre des impressions reçues: elle les reproduit en les colorant, elle les combine à l’infini , et, pour peu que son développement soit disproportionné à celui des autres facultés intellectuelles, elle nous trompe sur la valeur réelle des choses , fausse tout à fait notre jugement, jette notre esprit dans le vague, et nous
connue : C’étaient trois femmes mélancoliques, dont deux se sont précipitées dans un puits, et dont l’autre s’est asphyxiée par la vapeur de charbon, après avoir placé un grand crucifix sur sa poitrine. Le quatrième individu était le précepteur de l’infortuné Labédoyèrc, le vénérable abbé Viard, que je connaissais depuis longtemps, et dont la raison était complètement dérangée par l’âge et le chagrin.
(1) Le mot imagination paraissant impliquer création, tandis que l’homme peut à peine saisir les phénomènes de la vie universelle, les phrénologistes ont cru devoir lui substituer celui dïdéalilé. Selon eux, l’idéalité est cette faculté primitive qui, s’appliquant à tout, cherche constamment le type idéal de toutes choses, c’est-à-dire le type artificiel qui réunit les qualités les plus frappantes de l’objet. Poussée à ses dernières conséquences , une telle tendance conduit l’homme à ne considérer le monde réel que comme une illusion, et à s’égarer dans l’immensité du vide. Voyez l’ Hygiène morale du docteur Casimir Broussais.
ItS CAUSES DES PASSIONS.
pousse aux actes ies plus déraisonnables : aussi un de nos vieux auteurs l’a-t-il surnommée la folle du logis .
C’est en grossissant , en dénaturant les objets , que l’imagination enfante ces terreurs paniques qui ont mis en fuite des années nombreuses, ou qu’elle fait apparaître ces fantômes nocturnes, effroi des esprits faibles et crédules. Toutefois, si pendant la nuit elle augmente la peur et la crainte, elle ranime avec le jour le courage et l’espérance, qui les dissipent. Chez l’avare, l’imagination ne s’unitelle pas à la circonspection qui le domine, pour lui montrer en perspective le monceau d’or qu’il possédera s’il a le triste courage de vivre longtemps de privations ? N’est-elle pas encore l’un des plus puissants auxiliaires de l’amour? n’est-ce pas elle qui lui met son bandeau?
L’imagination pouvant déterminer une foule de maladies , et même la mort , on conçoit combien le fœtus doit souffrir des écarts et des dérèglements de l’imagination de la mère, non par l’empreinte ou le transport direct de quelque figure, mais bien par le trouble communiqué à la circulation et à la nutrition de deux individus vivant de la même vie. Je dois enfin rappeler ici que l’imagination, et les passions qu’elle excite, dérangent sur-le-champ la sécrétion du lait, et altèrent tellement la nature de ce fluide, qu’on a vu des enfants être frappés de mort subite en prenant le sein immédiatement après que leur nourrice venait l’éprouver une vive émotion.
SEMEIOLOGIE DES PASSIONS.
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