‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 21 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Séméiologie générale des passions, ou exposé des signes physiognomoniques et phrénologiques qui les caractérisent.

L’est une chose certaine, que le corps s’altère et Se change quand l’âme s’émeut, et que celleci ne fait presque pas d’action qu’elle ne lui en imprime les marques.

De La Chambre, les Caract. des passions.

Deux systèmes , qui remontent à la plus haute antiquité, se présentent ici avec cfégales prétentions à deviner les penchants et les aptitudes de-s hommes. La physiognomonie et la phrénologie veulent toutes deux que notre extérieur ne soit que la manifestation de ce qui se passe habituellement au dedans de nous; mais, ce principe admis, elles se séparent aussitôt, et procèdent d’une manière entièrement opposée: la première, jugeant le plus souvent à posteriori , la seconde, à priori: Tune, reconnaissant le caractère par la configuration des traits qu’il a déterminés; l’autre, h la seule inspection des éminences cérébrales, traduites en relief sur le crâne, annonçant les instincts, les sentiments, les facultés qui prédominent, et qui n’attendent que l’occasion favorable pour s’exercer.

Essayons, dans une rapide analyse, de préseo-

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ter les signes caractéristiques des passions, d’après l’état actuel de ces deux sciences, ou plutôt de ces deux systèmes.

Selon les physiognomonistes , les diverses émotions de joie, de tristesse, de jalousie, de colère, etc., se peignent aussitôt sur la figure, et impriment à nos traits certaines modifications qu’on retrouve absolument semblables chez tous les peuples. La même émotion se reproduit-elle fréquemment , les traces d’abord légères qu’elle laissait sur le visage deviennent chaque jour de plus en plus profondes , et finissent par lui communiquer une expression habituelle, connue sous le nom de physionomie , et qui n’est autre chose que le reflet du caractère, c’est-à-dire de l’état le plus ordinaire de l’âme.

Mais le visage n’est pas le seul livre dans lequel nous puissions étudier les passions humaines : la constitution, la forme de la tête, sa capacité, les habitudes extérieures, le geste surtout, et le timbre de la voix, sont des indices précieux qui ne méritent pas moins de fixer notre attention. Aussi n’est-ce sur aucun de ces signes, considérés isolément, mais sur leur ensemble , et surtout sur leur accord, qu’on peut parvenir à asseoir un diagnostic certain.

Constitutions. — En traitant des causes des passions, j’ai fait connaître les signes auxquels on peut distinguer les différentes constitutions, et l’influence qu’elles exercent sur le caractère. Comme il serait superflu d’y revenir ici, je me hâte de pas-

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ser en revue les diverses parties du corps, qui ont

toutes leur signification.

Tête . — Trop grosse et trop charnue , la tête annonce au physiognomoniste une intelligence lourde et paresseuse; trop petite, ou mal conformée, elle est à ses yeux l’indice de la faiblesse et de l’ineptie.

Face. Un visage dont la hauteur excède la

largeur d’environ un tiers dénote, en général, autant de noblesse de sentiments que de finesse d’esprit; trop allongé ou trop arrondi, il indique une certaine roideur de caractère, et une âme peu élevée. On doit toutefois distinguer dans la face trois parties essentielles: la première, qui s’étend delà racine des cheveux aux sourcils, caractérise le degré des facultés intellectuelles; la seconde, qui descend des sourcils au bas du nez, a plus de rapport avec les besoins moraux; la troisième, qui comprend le reste du visage, est plus intimement liée aux besoins animaux, notamment à la gourmandise et à la volupté. Du reste, quand on étudie une figure, il vaut beaucoup mieux la considérer de profil que de face, parce que le profil offre des traits plus prononcés, des lignes plus pures, et qu’en outre, il se prête beaucoup moins à la dissimulation.

Coloration de la face dans les passions. — La coloration de la face offre, jusque dans ses diverses nuances, des signes auxquels nul physionomiste ne saurait se méprendre. C’est ainsi qu on distingue facilement la rougeur de la colère de celle de

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la pudeur. La première, déterminée par la stase du sang, effet immédiat de la gêne de la respiration, présente une teinte sombre et livide; tandis que la seconde, par suite de Faugmentation légère des mouvements du cœur, revêt une couleur brillante et vermeille. De même, on reconnaît la pâleur de la frayeur à une simple décoloration du visage, au lieu qu’une teinte terne, cuivreuse ou plombée, annonce la présence de quelque passion envenimée, telles que la jalousie, la haine ou l’envie.

Poussant plus loin les recherches sur la coloration, considérée comme moyen diagnostique, de La Chambre a remarqué que la rougeur produite par la colère commence par les yeux, celle de l’amour, par le front, et celle de la honte, par les joues et les extrémités des oreilles.

Cheveux. — La diversité du poil et du plumage des animaux prouve suffisamment combien celle

des cheveux doit être expressive chez l’homme. Leur élasticité , en effet, doit faire juger de celle du caractère : plats , souples et fins , ils annoncent généralement un naturel faible et flexible ; rudes

et crépus, un caractère sauvage, ou tout au moins difficile. La couleur des cheveux aide à détermi-

ner la constitution des individus: on sait que les bilieux les ont ordinairement noirs, et les sanguins, blonds. Des cheveux noirs , plats, épais et gros, dénotent peu d’esprit, mais de l’assiduité et l’amour de l’ordre. Des cheveux noirs et minces, implantés sur une tête mi-chauve , dont le front est élevé

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et bien voûté , ont souvent fourni la preuve d un jugement sain et net, mais d’un esprit dénué d invention et de saillies. Les cheveux roux caractérisent , à ce qu’on assure, l’homme souverainement bon ou souverainement méchant. Dans les signalements de voleurs, les cheveux sont presque toujours marqués brun foncé. On contraste frappant entre la couleur de la chevelure et celle des sourcils inspire de la méfiance à quelques observa» leurs.

Front. — Considéré dans sa partie osseuse , le front est la mesure des facultés intellectuelles, et particulièrement de la tournure d’esprit, que l’on trouve analogue chez les personnes qui ont cette partie conformée de la même manière. Est-il proéminent, étroit ou trop allongé, il dénote un esprit faible et borné; perpendiculaire, il annonce du jugement et de la pénétration, mais un cœur de glace; enfin , penché en arrière, il atteste de l’imagination , peu de jugement, et d’autant plus de fougue qu’il est plus déprimé.

Quant à la peau qui recouvre le front, sa teinte, sa tension, son relâchement, ses plis, font connaître les impressions auxquelles nous sommes habituellement sujets. Par exemple, les fronts ridés en long, et particulièrement à la racine du nez, sont un signe de réflexion et de mélancolie. Les individus dont le muscle oceipito-frontal suit tous les mouvements des yeux et des sourcils ont, comme les singes, le caractère inquiet et égoïste.

Ainsi, en physiognomonie, la partie solide du

front indique la mesure interne de nos facultés , et la partie mobile, l’usage que nous en faisons.

Sourcils. « Au-dessous du front, dit le philosopbe Herder, commence sa belle frontière, le sourcil, arc-en-ciel de paix dans sa douceur, arc tendu de la discorde lorsqu’il exprime le courroux. » Les mouvements des sourcils sont, en effet, d’une expression bien significative pendant le jeu des diverses passions, dont ils conservent les traces : c est ainsi qu’ils s’élèvent dans la fureur, et s’abaissent dans la haine , la tristesse, le mépris, et sur. tout penuant les méditations sombres et astu cieuses. Si on le considère à l’état de repos, on ne trouvera guère, selon Lavater, de penseurs profonds, ni même d’hommes fermes et judicieux, avec des sourcils minces placés fort haut. Des sourcds doucement arqués s’accordent avec la modestie et la simplicité. Placés en ligne droite et horizontale, ils se rapportent à un caractère mâle et vigoureux. Lorsque leur forme est moitié horizontale, moitié courbée, la force de l’esprit se trouve réunie à une bonté ingénue. Enfin, des sourcils épais et qui ont Pair de s’enfler annoncent un individu qui s est livré fréquemment à la colère, comme leur mobilité et leur développement excessifs signalent un caractère soucieux, et même jaloux.

Yeux. — Tandis que les autres traits du visage traduisent plus spécialement tel ou tel genre d’impressions, les yeux expriment la vie dans toutes ses nuances : aussi les a-t-on surnommés les je~

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nôtres, ie miroir de ï âme , la face de la face . Leur grandeur annonce une mélancolie douce ; leur petitesse, la vivacité, la colère même. Fendus en amande, ils dénotent de la tendresse, tandis que leur rondeur est l’indice de la nonchalance et de la stupidité, surtout quand ils sont à demi recouverts par une paupière pesante. Quant à la couleur, les yeux bleus dénotent un caractère plus mou, plus efféminé que ne le font les bruns ou les noirs. Les yeux verdâtres sont souvent un signe de vivacité, d’emportement et de courage. Lorsque la ligne circulaire de la paupière supérieure décrit un plein cintre, c’est la marque d’un bon naturel. Enfin les individus qui vous regardent en tenant les yeux à moitié fermés annoncent presque toujours plus de ruse et de finesse que de courage et d’énergie.

Ne confondez pas le regard perçant et le regard de feu : le premier, appelé aussi coup d’œil d'aigle, dénote la vivacité, l’ardeur, l’expansion. Il traverse ; le second, au contraire, indique la concentration. 11 ne perce pas, il attire : c’est un charme qui enivre et séduit, c’est le véritable regard magnétique. Napoléon les possédait tous les deux, et leur a dû une grande partie de sa puissance morale.

Nez. — Un nez qui se recourbe dès le haut de la racine annonce un caractère impérieux, ferme dans ses projets et ardent à les poursuivre : tels sont les nez aquilins , ainsi nommés parce qu’ils se rapprochent de la forme du bec de l’aigle. Les

nez presque perpendiculaires sont aussi regardés

comme le signe d une mâle constance.

Un nez dont le dos en ligne courbe présente une grande largeur est une forme excessivement rare, et qui annonce des facultés supérieures.

Un nez fort saillant, joint à une bouche avancée, dénote un grand parleur, un homme présomptueux, téméraire, étourdi, effronté.

Un nez court, avec un méplat au milieu, est 1 indice dune sensualité grossière et de penchants égoïstes.

Des narines petites sont le signe d’un esprit timicie, incapable de hasarder la moindre entreprise; lorsqu elles sont dégagées et vibrantes, elles annoncent un naturel voluptueux et violent, surtout si le bout est fortement retroussé.

On sait que les anciens regardaient le nez comme le siège de la colère : iis l’appelaient aussi la partie la plus honnête du visage, parce que sa tuméfaction et sa rougeur trahissent habituellement les écarts de continence et de régime.

Bouche . — Eloquente, même jusque dans le silence, la bouche est, après les yeux, la plus expressive de toutes les parties du visage.

Le caractère est en général d’une trempe analogue aux lèvres : ferme, mou ou mobile comme elles. Des lèvres grosses et bien proportionnées présagent de la bonté et de la franchise ; charnues, elles indiquent un penchant prononcé à la sensualité et à la paresse; rognées, elles inclinent à l’avarice.

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Une I èvre supérieure qui déborde un peu est la marque d’une bonté affectueuse; l’avancement de la lèvre inférieure correspond plutôt à une froide bonhomie.

Une lèvre inférieure qui se creuse au milieu décèle un esprit plein d’enjouement et de douce malice.

Une bouche resserrée, dont la fente court en ligne droite, et sur laquelle le bord des lèvres ne paraît pas, est l’indice du sang-froid et d’un esprit appliqué, ami de l’ordre, de l’exactitude et de la propreté. Si elle remonte en même temps vers les commissures, elle suppose un fond de prétention, de vanité et de frivolité malicieuse.

Une bouche doucement fermée, et dont le dessin est correct, indique un esprit ferme, réfléchi et judicieux.

Une bouche toujours béante est le signe de la sottise.

Toutes les foisqua l’ouverture delà bouche les gencives supérieures paraissent en plein , comme chez les Anglais, on peut diagnostiquer beaucoup de flegme et de froideur dans le caractère.

Contre l’opinion des anciens, des dents petites et courtes sont, dans l’âge adulte, l’attribut d’une force extraordinaire , et souvent d’une grande pénétration d’esprit. Petites et rentrantes , elles dénotent de la finesse sans méchanceté , mais pourtant un caractère difficile et vindicatif. De longues dents sont un indice certain de faiblesse et de ti-

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midité. Celles qui , très-saillantes -, semblent reposer sur la lèvre inférieure, annoncent peu d’énergie , peu d’esprit , mais un caractère caustique et toujours disposé à mordre.

Méfiez-vous des gens qui ont constamment le sourire sur les lèvres, aussi bien que de ceux qui ont la bouche de travers, et dont le rire a quelque chose de forcé : la grâce du sourire est le thermomètre de la bonté du cœur et de la noblesse des sentiments.

Jones . — Les joues sont, en quelque sorte, le fond du tableau , et la surface sur laquelle viennent se dessiner les autres traits de la physionomie. Les souffrances et le chagrin les creusent, mais les laissent dans le relâchement; la rudesse et la bêtise leur impriment des sillons grossiers ; la tempérance et la culture de l’esprit les entre-coupent de traces légères et agréablement ondulées. Certains enfoncements triangulaires fortement dessinés sur les joues sont le signe infaillible de l’ambition, de la jalousie et de l’envie, surtout s’ils coïncident avec un teint jaune ou plombé.

Des joues larges et pendantes dénotent la plupart du temps des individus adonnés à la gourmandise.

Oreilles. — La petitesse des oreilles annonce de la vivacité et de l’esprit. Une oreille large et unie , sans aucune rondeur dans les contours, suppose, au contraire, un cerveau excessivement faible. Quand l’ensemble de l’oreille est fdat, mou et grossier , il exclut constamment le génie. Enfin,

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des oreilles fermes et rapprochées de la tête indiquent aussi de Fesprit , et de plus l’amour de l’indépendance.

Menton. — Un menton qui, dans le profil, se trouve en ligne avec la bouche, doit inspirer de la confiance, surtout s’il est garni d’une fossette gracieuse. Reculé, il annonce un caractère efféminé; saillant, il est la marque d’un esprit actif, ferme et délié. Lorsque son avancement est excessif, et qu’il forme ce qu’on appelle un menton de galoche, il est un signe de pusillanimité ou d’avarice.

Quant à la forme, considérée isolément, un menton plat annonce la froideur, un menton pointu la ruse, un menton carré la force et souvent la fougue du caractère.

Sous le rapport de la grosseur, un petit menton dénote la méchanceté, tandis qu’un menton mou, charnu et à plusieurs étages est la marque et l’effet de la sensualité.

Enfin, une forte incision au milieu du menton signale un homme plein de résolution et de jugement.

Cou. — [Jn cou bien proportionné est d’un augure favorable pour la solidité du caractère. Épais et court, il décèle la colère; gras, la sottise et la gourmandise; mince et allongé, la timidité et des facultés intellectuelles peu développées. La manière dont le cou supporte la tête ne donne pas des signes moins caractéristiques. La laisse-t-il

tomber en avant , cela accuse peu d’énergie et d’a-

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mour-propre; s’il la relève et la porte en arrière, attendez-vous à autant de vanité que de jactance. On a remarqué que les personnes exagérées dans les pratiques religieuses tiennent généralement la tête inclinée sur l’épaule.

Du dos et des épaules . — Si , par l’effet du rachitisme, les épaules et la colonne vertébrale sont de travers et offrent une gibbosité, la complexion en souffre, il est vrai, mais on a observé que cette conformation favorise la finesse et l’activité de ‘ esprit, qui , dans ce cas , est disposé à l’exactitude, a l’ordre et à une certaine causticité. On sait que le mouvement d élévation communiqué à une seule opaule sert ordinairement à exprimer le dédain.

P oix. Chaque homme a un timbre de voix qui lui est propre , comme il a une physionomie particulière. Or, le timbre n’est autre chose que la physionomie du son, c est-à-dire la traduction de 1 homme intérieur par le son de la voix. Chaque passion a également un son de voix qui la distingue. Ainsi , la colère s annonce par une voix aigre, animée et fréquemment entrecoupée; la crainte, par une voix soumise , incertaine, troublée; l’indignation, par une voix rude, terrible, impétueuse; la douleur, par une voix sourde, négligée, gémissante; l’amour, par une voix douce, tendre, et entrecoupée de soupirs. 11 y a, du reste, autant d’inflexions de voix qu’il y a de nuances de sentiments susceptibles de se combiner; mais son timbre habituel est pr esque toujours en rapport avec le caractère de chaque individu.

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Le geste, la démarche , Y attitude, sont le langage commun de toutes les nations : ils accompagnent le discours, et en renforcent l’expression; ils suppléent à ses imperfections, et en trahissent souvent l’imposture. Les paroles peuvent être ambiguës, la pantomime de la nature ne l’est jamais; autrement, comment les enfants et les animaux pourraient-ils la comprendre ? Rien donc de plus significatif que le geste, surtout quand il est d’accord avec la voix. Aussi, naturel ou affecté, rapide ou lent , passionné ou froid , grave ou badin , aisé ou roide, monotone ou varié, noble ou bas, fier ou humble, hardi ou timide, décent ou impudique, caressant ou menaçant, le geste est-il la traduction la plus fidèle de lhomme intérieur par l’homme extérieur. Sans doute, habiles à composer leur visage , certains êtres faux et artificieux peuvent quelquefois donner le change à ceux qui les écoutent; mais si on les étudie dans une nombreuse société où ils ne se croient pas observés, si même, dans le tête-à-tête, l’on suit avec attention les mouvements du pied, et surtout ceux de la main, il est bien difficile qu’ils ne finissent pas par dévoiler le fond de leur pensée.

On remarque chez beaucoup d’individus une démarche et des attitudes favorites contractées par la force de l’habitude, et qui sont en quelque sorte l’enseigne de leur profession. Ainsi, l’on reconnaît un marin à l’écartement de ses jambes, un maître de danse, à la pointe des pieds qu’il porte délicatement en dehors; le cavalier, au contraire.

a cette même pointe de pieds fortement déjetée en dedans, pendant que ses genoux cagneux heurtent continuellement l’un contre l’autre. De même , un horloger ne vous regarde guère sans fermer l’œil auquel il fixe continuellement sa loupe quand il travaille. Dans la conversation , vous reconnaîtrez un caissier aux mouvements de ses doigts, qui semblent toujours compter des écus. Pour donner plus de force à ses paroles, le peintre dessine des contours dans l’air, tandis que le statuaire, pour se faire mieux comprendre, modèle encore sans s’en apercevoir.

On peut également deviner la profession d’une foule d’individus, à certaines exclamations, et surtout aux locutions techniques qui reviennent continuellement dans leur conversation.

Main. — Passons maintenant à l’étude de la main, qui est la langue usuelle du sourd-muet. Sa forme indique nos dispositions naturelles, ses mouvements, les nombreux sentiments qui nous affectent.

Des doigts longs et bien effilés ne se rencontrent presque jamais avec un esprit grossier et porté à la luxure; des doigts courts et arrondis annoncent la pesanteur de l’esprit et la paresse. Une main potelée est un signe de sensibilité. Après l’intelligence , la main est l’attribut le plus caractéristique de l’homme. C’est à sa faculté d’opposer le pouce aux autres doigts que nous sommes redevables de tous les arts; sa grande mobilité la rend aussi l’interprète de nos pensées et de nos

sentiments ; il n’est aucun de ses mouvements qui ne parle : «Avec la main , dit Montaigne , nous requérons, nous promettons , appelons , congédions, menaçons, prions, supplions, nions, refusons, interrogeons, admirons, nombrons, confessons, repentons, craignons, vergoignons, doublons, instruisons, commandons, imitons, encourageons, jurons, tesmoignons , accusons, condamnons , absolvons, injurions, mesprisons, desfions, despitons, flattons, applaudissons, bénissons, humilions, mocquons , réconcilions , recommandons, exaltons, festoyons, rejouissons, complaignons, attristons, desconfortons, désespérons, estonnons , escrions, taisons, et quoy non ? d’une variation et multiplication, à l’envy de la langue. r> (Essais, îiv.2, ch. 12.)

De i habillement et de la mode. — La propreté et la négligence, la fatuité et la simplicité, le bon et le mauvais goût, la coquetterie et la décence, voilà autant de choses qu’on distingue à l’habillement seul. La couleur, la façon, l’assortiment des vêtements, la manière de les porter, sont encore autant de signes caractéristiques. Par exemple, les individus qui, par choix, portent habituellement des vêtements d’une couleur noire ou foncée, dont l’habit est étroit, exactement boutonné , et don! le chapeau est enfoncé sur les yeux, sont presque tous d’un caractère peu expansif; tandis que des vêtements bien étoffés, presque toujours ouverts, et d une couleur plus ou moins vive, annoncent des hommes qui ont généralement moins d’ordre

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et cle persévérance , mais plus de franchise et d’amabilité que les premiers.

Le sage est aussi simple que propre dans son extérieur; il s’habille selon son rang, et ne se pare pas ; il ne suit pas précisément la mode, mais il évite de trop la choquer. Les personnes qui la suivent d’une manière outrée sont, pour la plupart, des gens oisifs, superficiels, sans caractère et de mauvais goût; l’homme qui affecte de se mettre d’une manière tout à fait opposée à la mode dénote un caractère opiniâtre, caustique, et un esprit qui manque de tact. Quant au suprême bon ton , il est donné par Y industrie ou par la fatuité.

Ecriture. — Il n’est pas jusqu’à l’écriture qui ne reflète aussi quelque chose des caractères individuels , et même du caractère national. Une petite écriture serrée et rangée avec symétrie annonce une personne amie de l’ordre et de la régularité. Une écriture lâche et vacillante , comme celle de la. plupart des femmes, est chez l’homme un signe ordinaire de la faiblesse de l’esprit. On a remarqué que les individus d’un caractère dur et peu liant ont, pour l’ordinaire, une belle écriture. Les poètes et les auteurs écrivent rarement bien: ils veulent, chose impossible, que la plume soit aussi rapide que la pensée , ce qui donne à leurs doigts une espèce de mouvement convulsif dont se ressent leur écriture. Au contraire, les professeurs de calligraphie , les commis subalternes,

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les gens qui sont obligés d’écrire des choses dénuées d’intérêt , emploient tout le temps nécessaire a tracer avec perfection des caractères, dans lesquels ils s’admirent, comme les auteurs, dans la contemplation des beautés qui proviennent de leur esprit.

Tels sont les principaux signes extérieurs que les physiognomonistes croient propres à faire reconnaître les passions et les aptitudes des hommes (1). Quant aux signes pathognomoniques des passions étudiées dans leurs moments de crise, on les trouvera décrits aux articles consacrés à chacune d’elles, dans la seconde partie de cet ouvrage.

Vient maintenant la phrénologie , qui soutient que les sens ne sont que des appareils intermédiaires chargés de transmettre les impressions du monde extérieur au cerveau, et par lui à Famé; que le cerveau n’est point un organe simple, mais une agrégation d’organes différents , ayant des attributs communs, avec des qualités propres et spéciales; que la pensée ainsi que les passions ont leur siège unique dans ce viscère, dont elles subissent toutes les modifications; enfin, qu’on peut y classer, y localiser les instincts , les sentiments et les facultés intellectuelles, puisque leur énergie

(1) J'ai taché de donner ici une analyse fidèle du système de Lavater, que j’ai complété à l’aide des travaux modernes, notam-

ment avec les deux chapitres que M. Delestre a consacrés au geste et au caractère dans ses Études sur les passions appliquées aux beaux-arts.

SEMEIOLOGIE DES PASSIONS.

respective coïncide avec le développement plus ou moins considérable de certaines circonvolutions de ce point central du système nerveux. Quant à l’activité des organes, et, par suite , à la manifestation plus ou moins énergique de nos besoins , elles sont sous la dépendance de la constitution et des influences extérieures, notamment de l’éducation religieuse , qui , dans le plus grand nombre des cas, parvient à leur imprimer une direction utile à l’individu et à la société.

Le fondateur de la physiologie du cerveau, Gall , n’avait vérifié et admis que vingt-sept organes ou instruments de nos diverses facultés (1). On en compte aujourd’hui trente-sept, d’après la nomenclature de ses deux disciples , Spurzheim et Dumoutier.

De chaque côté de la base du cerveau se trouvent d’abord placés les penchants communs à tous les animaux , penchants qui sont la condition indispensable de l’existence des individus et de la conservation des espèces. Dans la partie moyenne

(1) Nomenclature de Gall : 1 Instinct de la génération ; — 2 arnour de la progéniture; — 3 attachement; — 4 instinct de la défense de soi-même; — 5 instinct carnassier; — 6 ruse; — 7 sentiment de la propriété; — 8 orgueil ou sentiment de l’élévation; — 9 vanité; — 10 circonspection; — 11 mémoire des choses, éducabiüté ; — 12 sens des localités; — 13 mémoire des formes; — 14 mémoire des mots; — 15 mémoire des langues; — 16 coloris; — 17 mélodie; — 18 mémoire des nombres; — 19 construction, mécanique; — 20 esprit comparatif ; — 21 esprit métaphysique;

22 esprit de saillies; — 23 talent poétique; — 24 bonté; —

25 imitation: — 26 vénération, théosophie; — 27 fermeté.

SÉMÉIOLOGIE DES PASSIONS.

siègent les sentiments communs à 1 homme et à certains animaux. A la partie antérieure ou frontale sont les facultés intellectuelles , qui placent l’homme à une distance si prodigieuse de tous les êtres organisés. Passons rapidement en revue chacun de ces signes phrénologiques , dont il faudra toujours étudier les diverses combinaisons , afin de ne juger que d’après leur résultante.

A. Alimentivité. — Postérieurement à la nomenclature numérotée de Spurzheim, la faculté de s’alimenter a été reconnue avoir son siège en avant et au-dessous du lobe moyen du cerveau. Ce siège correspond, sur le crâne, à la partie antérieure de 1 os temporal, qui se trouve recouverte parle muscle du même nom. Le développement excessif de cet organe annonce une prédisposition à la gourmandise, à l’ivrognerie, à tous les abus des plaisirs de la table.

N. V amour de la vie ou instinct de la conservation est situé à la partie inférieure du lobe moyen , au-dessous de la destructivité , à laquelle il semble servir de contrepoids. On le voit sur le crâne, en avant et en haut du procès mastoïdien , auprès de l’attache de l’oreille, qui le recouvre presque entièrement. Son développement, joint à celui de la circonspection, dispose l’homme à la timidité, à la fuite du moindre danger ; sa dépression , au contraire, avec forte saillie de la combativité , poussera le courage jusqu’à l’extrême témérité. L’absence de cet organe coïncide-t-elle avec l’exa-

**>“ SÉMÉIOLOGIE DES PASSIONS.

gération de celui de la destructivité, on éprouvera une malheureuse propension au suicide.

1 .Amatwité. — Le cervelet, qui préside surtout à 1 amour physique, occupe entièrement les fosses occipitales inférieures. Les individus chez lesquels il est très-développé ont la nuque forte, le cou arrondi et large derrière les oreilles. Ils sont infiniment plus portés aux plaisirs vénériens que ceux qui présentent une organisation opposée.

2. Philogéniture. — L’organe de l’amour des enfants , ou de la philogéniture , complément nécessaire du précédent , est situé de chaque côté de la ligne médiane, immédiatement au-dessus du cervelet. Il se traduit extérieurement à la partie moyenne de l’occipital, au-dessus de la protubérance de ce nom. Trop développé, il expose les parents à devenir le fléau de leurs enfants par l’excès même de leur tendresse. La philogéniture est ordinairement bien moins prononcée chez l’homme que chez la femme : le contraire a lieu pour l’amativité.

3. Habitcitwitê. — Elle apparaît, sur le crâne, à 1 angle postérieur et supérieur du pariétal , audessus de la suture de l’occipital. L’attachement aux lieux que l’on habite est-il excessif, il rend malheureux l’homme éloigné du sol natal, et le dispose à une maladie lente et cruelle , connue sous le nom de nostalgie ou mal du pays. Dans le cas contraire, l individu, ne cosmopolite, abandonne et retrouve avec indifférence les lieux qui l’ont vu naître.

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4. Va ffectionivité nous porte à aimer nos semblables, à nous rapprocher d’eux , à les secourir, à vivre doublement dans un ami. L’organe qui préside à cette faculté , que George Combe a proposé d’appeler adhésivité , est situé entre la philogéniture en bas, l’approbativité en haut, l’habitativité et la circonspection de chaque côté.

Le besoin d’attachement, qui précède et accompagne le besoin de reproduction , contribuera, s’il est convenablement développé, à conserver la fidélité conjugale. Sa prédominance pourra aussi déterminer la nostalgie , qui ne dépend pas seulement de l’amour des lieux témoins de notre enfance, mais encore du regret de nous voir séparés des êtres qui nous sont chers. Son absence complète est l’indice d’un caractère insociable et incapable de croire au dévouement de l’amitié.

5. Combativité . — Située à l’angle postérieur et inférieur des pariétaux, au-dessus et un peu en arrière du procès mastoïdien , à la hauteur du bord supérieur de l’oreille, la combativité est la faculté qui porte l’homme à repousser l’agression, à défendre sa vie, sa demeure, ses enfants. Son développement excessif, qui élargit la tête au-dessus de la nuque , annonce un esprit querelleur, aimant les rixes, la guerre, et pouvant pousser le courage jusqu’à la témérité. Sa dépression dénote les qualités contraires. M. Thoré a proposé de l’appeler réactionivité, mot qui conviendrait mieux à sa destination primitive , qui est la conservation de l’individu par sa réaction personnelle.

SÉMÉIOLOGIE DES PASSIONS.

0. Destructivité. — — La propension à détruire se manifeste à la région temporale, immédiatement au-dessus de l’oreille, par une protubérance allongée presque horizontalement. Deux dégénérescences anormales de la destructivité sont le besoin du meurtre et le penchant au suicide.

7. Secrétivité. — Cette faculté a pour but de donner à l’homme la discrétion et la réserve convenables au milieu de toutes les circonstances de la vie. Sa prédominance est l’indice d’un esprit porté à la dissimulation, au mensonge, à l’astuce; son défaut de développement présage une franchise outrée et souvent préjudiciable.

Placée parallèlement au-dessus de la destructivité, elle se traduit, sur le crâne, à la partie supérieure des temporaux, près de leur jonction avec les pariétaux.

8. Vacquisivité correspond à l’angle antérieur et inférieur du pariétal : c’est le penchant à acquérir et à conserver les choses nécessaires à la vie. Son excès peut conduire à l’avarice ou au vol, s’il n’est pas contre-balancé par le sentiment de la bienveillance ou celui de la justice.

9. Constructivité. — C’est l’aptitude aux constructions et à la mécanique. Elle se voit sur le crâne, en arrière de l’angle orbitaire externe , audessus de l’organe du calcul.

10. L’organe de X estime de soi, ou sentiment de notre valeur personnelle , est situé au sommet du crâne et un peu en arrière. Son absence complète indique et explique la nullité de certains hommes

SÉMÉIOLOGIE DES PASSIONS.

qui, avec des moyens remarquables, n’ont rien pu réaliser de grand. Sa prédominance , qu’on rencontre rarement chez l’homme humble et modeste, est le signe ordinaire de la fierté, de l’orgueil, de l’ambition.

11. Approbativité. — L’amour des louanges, ou vanité, se décèle, à l’extérieur du crâne, par deux proéminences en segments de sphère placées de chaque côté de l’estime de soi ou orgueil , et forment en quelque sorte la demi-couronne de l’ange déchu.

12. La circonspection se traduit, sur le crâne, au centre de chaque pariétal. Son développement normal indique la prudence ; son défaut, l’inconséquence , l’étourderie, l’insouciance; son excès , la méfiance et une dangereuse indécision qui nous laisse continuellement entre le désir d’agir et la crainte de mal faire. Dans cette dernière circonstance, la tête est considérablement élargie et a une forme carrée.

1 3. Bienveillance. — Au sommet de l’os frontal apparaît l’organe de la bienveillance, dont la saillie trop prononcée annonce la bonhomie et la faiblesse, comme sa dépression indique la sécheresse du cœur, l’insensibilité, la méchanceté môme. Convenablement développée, la bienveillance nous dispose à souffrir des souffrances d’autrui , et à les soulager : c’est une charité éclairée.

14. La vénération ou religiosité correspond à l’angle supérieur antérieur des pariétaux, auprès de leur articulation avec le frontal. Elle est limitée

en avant par la bienveillance; en arrière, par la fermeté, et sur les côtés, par la merveillosité et l’espérance. L’élévation prononcée du vertex est donc le caractère commun à tous les hommes religieux.

15. L organe de la fermeté ou persévérance est situé vers le sommet de la tête , en arrière de la vénération. Les individus qui l’ont déprimé sont inconstants et dépourvus de caractère; ceux, au contraire , qui 1 ont fortement prononcé , sont tenaces dans leurs résolutions; les choses difficiles ont pour eux de l’attrait , et une fois qu’ils sont entrés dans une carrière , ils la parcourent malgré tous les obstacles.

16. Conscienciosité . — Parallèlement à l’espérance, et derrière elle , a trois pouces et demi au-dessus du conduit auditif, on voit, sur chaque pariétal, l’organe de la conscienciosité , juge intime dont la voix mystérieuse crie du fond de l’organisation, et est pour chacun la règle de sa conduite.

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