MARCHE, COMPLICATION
quelles j’insisterai lorsque je traiterai de chaque passion en particulier.
Si l’orgueil et la vanité accompagnent l’homme depuis son berceau j usqu a sa tombe , il est des pas sions qui cessent généralement à certaines époques
e a vie, et font place à d autres qui surgissent non moins tyranniques. Ainsi , la gourmandise et la paresse, si naturelles à l’enfance, sont d’ordinaire remplacées , chez le jeune homme, par la prodigalité et les transports de l’amour. Quelques années plus tard , l’amour lui-même cède son règne à 1 ambition ; l’ambition , à son tour , disparaît chez le vieillard ; puis arrive l’avarice, qui ne finit qu’avec lui. Telles sont les terminaisons, ou plutôt les transformations successives que subissent les principales passions observées dans le cercle de la vie humaine.
Nos passions, abandonnées à elles-mêmes, se terminent donc rarement par une véritable guérison : l’homme n’en est presque jamais exempt; il ne tait qu’en changer; le plus souvent même il ne quitte un excès que pour tomber dans l’excès opposé, et laisse de côté la vertu, qui les sépare : le poltron devient téméraire, les prodigues deviennent avares, les amants finissent par se détester, tant il est vrai que les extrêmes se touchent!
Quant au pronostic que l’on peut porter sur la terminaison plus ou moins funeste des passions, une expérience de tous les jours nous démontre que les maladies, la folie, une mort prématurée,
I opprobre, la misère , les crimes, les châtiments
des hommes, précurseurs ordinaires de la justice divine, sont la triste et inévitable perspective des imprudents qui ne s’attachent pas de bonne heure à restreindre leurs besoins et à modérer la violence de leurs désirs.
Cet effrayant pronostic, que l’on doit porter sur les individus livrés à la fougue de leurs passions, s’applique également aux nations, ces grandes familles unies primitivement par les mêmes croyances, les mêmes intérêts, les mêmes mœurs. Dès que les liens qui faisaient leur force sont brisés , dès que chaque individu, érigeant en loi ses propres doctrines, se fait une religion de l’égoïsme, de l’intempérance, du luxe et de la cupidité, l’on peut infailliblement annoncer leur dissolution prochaine ou leur retour à la barbarie; à moins que la Providence, toujours bonne, lors même qu’elle châtie , n’envoie quelque fléau destructeur qui les force à se retremper dans des sentiments purs et généreux.