I. Effets de la peur sur le système nerveux
On rit souvent de la peur, et beaucoup de personnes imprévoyantes se plaisent à l’exciter, surtout chez les enfants, soit par des contes ridicules, soit en faisant paraître devant eux des figures de spectres plus ou moins hideuses : l’exemple suivant prouve à quel point ce genre d’amusement peut être dangereux.
Unj eune orphelin, âgé de huit ans, d’une excellente constitution et d’une grande intelligence, avait été recueilli , à la mort de ses parents, par un oncle maternel qui exerçait la profession de cultivateur au fond d’une province du Midi. Cet oncle, déjà chargé d’une nombreuse famille , joignait à une avarice sordide une extrême violence
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de caractère ; aussi, le jeune infortuné, dont il avait été forcé de se faire l’appui , ne tarda pas à devenir l’objet de ses brutalités habituelles. D’un autre côté, constamment en butte aux mauvais tours que ses cousins se plaisaient à lui faire, le pauvre enfant passait des journées entières à gémir auprès du troupeau qu’on lavait chargé de conduire au pâturage, et quand il rentrait sous le toit inhospitalier qui lui servait d’abri, c’était pour sentir redoubler sa misère.
Un soir qu’il revenait tristement au logis, on lui défendit d’approcher de la table où le souper de la famille était servi, et, lui ayant jeté un morceau de pain, son oncle lui ordonna d’aller se coucher. L’enfant obéit, et monta tristement l’échelle qui conduisait à son grabat. 11 était sans lumière, mais, la clarté de la lune éclairant ses pas , il aperçut une figure hideuse enveloppée d’un linceul. Â cette vue, ses cheveux se hérissèrent , un cri sourd s’échappa de sa poitrine , et il tomba lourdement sur le plancher, en proie à une horrible convulsion. Le bruit de sa chute attira bientôt ceux qui avaient préparé cette déplorable scène; sans doute ils n’avaient pas prévu ses suites funestes, mais le mal n’en était pas moins accompli: quand le pauvre orphelin revint à lui, il était à la fois sourd et muet, et depuis il resta sujet à de fréquents accès d’épilepsie.
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U. Effet subit de la peur sur les cheveux.
On sait que, dans quelques parties de la Sardaigne, la chasse des nids d aigles et de vautours est I une des principales ressources des paysans nécessiteux, et qu’ils s’y livrent avec autant d’audace que de persévérance.
hn 1839, trois jeunes frères, qui exerçaient ce gens e d industrie, ayant aperçu dans les environs de San - Giovani de Domus-Novas un vaste nid d aigle au fond d’un précipice, résolurent de s’en emparer, et tirèrent au sort a qui irait le chercher. Le danger n’était pas seulement dans la possibilité d’une chute de plus de cent pieds, mais encore dans l agi ession des oiseaux de proie que pouvait renfermer cet abîme.
Celui des trois frères que le sort avait désigné pour une si périlleuse entreprise était un beau jeune homme d environ vingt -deux ans, d’une force athlétique, et ne reculant jamais devant les difficultés. Ayant donc hardiment mesuré des yeux la profondeur qu’il doit parcourir, il se ceint d’une corde à gros nœuds, que ses frères se chargent d’abaisser ou de hisser à volonté, puis, muni d’un sabre bien affilé, il descend dans le précipice, et arrive heureusement jusqu’à l’interstice qui recèle le nid objet de ses vœux. Ce nid contient quatre aiglons à plumage isabelle-clair : c’est un trésor pour le jeune montagnard, et son cœur palpite de joie à la vue d’un si riche butin. Mais
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le plus difficile n’est pas accompli, il faut remonter avec cette proie , et c’est là surtout que se trouve le péril. Déjà la voix du jeune chasseur a retenti joyeusement dans les cavités sonores du précipice; déjà la corde se meut dans un mouvement ascensionnel , lorsque tout à coup il se voit assailli par deux aigles énormes, qu’il reconnaît à leur fureur et à leurs cris pour le père et la mère des petits dont il s’est emparé. Alors s’engage une lutte épouvantable : le sabre dont il se sert avec une grande dextérité suffit à peine pour le garantir de leurs coups ; pour comble de maux, la corde qui le soutient au - dessus des profondeurs de l’abîme est soudain ébranlée par un choc violent. Le malheureux lève les yeux, et s’aperçoit que dans ses évolutions multipliées le tranchant de son sabre a coupé une partie de cette corde. Comprenant alors 1 immensité de son danger, si demeure un instant immobile de frayeur, un frisson glacial parcorn t tout son corps, et Ion conçoit à peine comment, au milieu d’une telle émotion, il eut la force de ne pas lâcher prise et de continuer à se défendre. Cependant la corde monte toujours , et des voies amies l’encouragent; mais il est hors d état de leur répondre, et quand il atteint le bord du précipice avec le nid d’aigle qu’il n’a pas abandonné , ses cheveux, auparavant d’un beau noir d ébène, sont devenus si complètement blancs que ses frères eux- mêmes ont peine à le reconnaître.
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HS. Diathèse scrophuieuse et fistule abdominale produites par une peur héréditaire.
Charles C***, homme marié et d’une forte complexion , était devenu le jouet de son village, à cause de son extrême poltronnerie. Un jour, des voisins, ayant voulu connaître jusqu’où irait sa couardise, s’avisèrent de lui faire voir une tête de mort renfermée dans un énorme potiron. A cette vue, ce malheureux ressentit un tel effroi qu’il fut pris à l’instant même d’un violent accès d’épilepsie , à laquelle il resta sujet depuis eette époque. Quelques années après , Charles eut deux filles qui n’ héritèrent que trop visiblement de ses peurs habituelles. En 1814, l’aînée fut tellement épouvantée à l’aspect des cosaques répandus dans son village, que son lait se tarit subitement, et qu’elle mourut deux jours après avec tous les symptômes d’une double congestion pulmonaire et cérébrale.
L’enfant qu’elle nourrissait, nommée Virginie, hérita à son tour de cette affection morale de famille : comme sa mère, elle avait la peau habituellement froide , les pieds surtout constamment glacés; les menstrues, qui parurent chez elle vers la treizième année, lurent presque toutours irrégulières, peu abondantes, et souvent supprimées par les frayeurs continuelles qu’elle éprouvait. Aussi , bien que sa constitution fût forte et sanguine, Virginie ne tarda pas à être affectée d’engorgements glanduleux qui abcédèrent d’abord
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aux poignets, ensuite au cou. De dix-neuf à vingtquatre ans, d’autres tumeurs apparurent à Faisselle et à Faine gauches; enfin, un trajet fisluleux, situé un peu au-dessus de l’aine droite , s’établit au milieu des téguments labourés de cicatrices , donnant écoulement à un pus clair, brunâtre, et exhalant parfois une odeur ammoniacale des plus prononcées.
Telle était la triste position de Virginie lorsqu’elle réclama mes conseils. L’ayant d’abord questionnée sur les causes qui avaient amené cette triste infirmité, elle m’avoua qu’un jour ne se passait guère sans qu’elle éprouvât des accès de frayeur qui lui retournaient les entrailles, et Sa laissaient glacée même au milieu de la plus grande chaleur : le pas d’une personne qui montait son escalier, un coup de vent, un meuble qui craquait pendant la nuit, suffisaient pour la jeter dans cet état. Lorsque je venais la visiter, bien que je frappasse à sa porte avec la plus grande précaution , elle était saisie d’un tel émoi que je devais attendre plusieurs minutes avant de pouvoir juger de l’état de son pouls. On conçoit combien des émotions si fréquemment répétées ont pu altérer sa complexion primitivement robuste, et l’amener à une diathèse scrofuleuse des plus prononcées, quoique ses parents fussent sains et aisés, qu’elle eût été élevée à la campagne, et qu’elle eût toujours conservé une pureté de mœurs exemplaire.
Dès que j’eus reconnu chez cette malade Fexis-
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tence d’une fistule stereorale abdominale, je la soumis à un traitement approprié à sa position , je m’attachai surtout à remonter son moral, ie 1 accoutumai insensiblement à l’idée d’une opération qui seule pouvait la débarrasser d’une affection aussi désagréable, et , lorsqu’elle fut entièrement décidée à la subir, je la mis entre les mains de mon habile confrère le docteur Pinel-Grandchamp. Soutenue par une vive piété, Virginie supporta sans proférer une plainte une opération aussi délicate que douloureuse. Enfin , une cicatrice de bonne nature , obtenue à l’aide de la suture entortillée, paraissait offrir les plus grandes chances de guérison , lorsqu’un violent orage ayant éclaté le quatrième jour de l’opération, je ne fus pas peu surpris de voir les téguments divisés aussi nettement qu’on aurait pu le faire avec un rasoir : la malade avait éprouvé une vive frayeur pendant un violent coup de tonnerre! Elle est depuis ce moment à l’hôpital Coehin , dans le service de M. Michon.
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