‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 57 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE LA PEUR

His maxumum est periculum qui maxume timent.

(Sallust., Catil, c. 58.)

Définition et synonymie .

La peur ( pavor ), passion éminemment concentrique et débilitante, peut être définie : un état pénible de Famé, avec trouble des sens, produit pjar la perception rapide d’un danger réel ou imaginaire. De toutes nos affections, c’est peut-être la plus contagieuse et celle qu’on peut le moins dissimuler. On la voit souvent s’emparer de nous avant l’approche du péril, et durer longtemps après qu’il est passé.

La frayeur , X effroi et la terreur , expriment par gradation trois états dans lesquels l’organisme éprouve encore une plus grande perturbation; chez l’être habituellement peureux ce sont de véritables paroxysmes de la fièvre continue qui le tourmente.

Plus vive, mais plus passagère que la peur, la frayeur (de f ray or, grand bruit) naît d’un danger subit, imprévu, et qui nous est personnel; elle provient des choses que nous entendons ; elle saisit.

de la peur.

L effroi dure tant que le danger qui l’a causé est P* esent , d naît des choses que nous voyons / il glace Occasionnée par ce que nous imaginons être, plutôt que par ce qui est réellement, la terreur (terror) produit sur nous reflet de la tête de Méduse : elle pétrifie.

La terreur peut être panique, l’effroi ne l’est jamais; aussi les cauchemars doivent-ils être considérés comme des accès de terreur.

Il est une autre nuance de la peur, je veux parler de Y épouvante , qui nous pousse à fuir avec rapidité le danger auquel nous ne nous sentons pas force de résister. C est la seule réaction conservatrice de la peur livrée à elle-même, c’est-à-dire lorsque aucune autre passion ne vient à son secours. On veut certainement parler de l’épouvante lorsque l’on dit que la peur donne des ailes; car ta frayeur, l’effroi et la terreur ne pourraient que les paralyser. Une remarque qui n’a pas échappé aux naturalistes, c’est que les animaux les plus susceptibles d éprouver ce sentiment sont précisément ceux qui courent avec le plus de vitesse : dans sa prévoyante sollicitude, la nature, ainsi que nous l’avons vu, les a organisés en même temps pour la peur et pour la fuite.

La crainte {timor) , que Ton a mal à propos confondue avec la peur, est ce sentiment d’inquiétude excité dans l’âme par l’idée d’un mal que l’on redoute, et dont on s’exagère les conséquences. Sentinelle pusillanime, la crainte prévoit le danger, donne l’éveil à l’organisme qu’elle stimule, mais

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elle n’ose pas avancer. Soldat inutile, la peur recule à la vue de l’ennemi , ou tombe , et se laisse tuer sans presque opposer de résistance. La crainte des lois, ainsi que nous Lavons vu précédemment, esl un ressort indispensable au mécanisme social : car si les gens de bien observent les lois parce qu’il est juste de les observer, les méchants ne s’y soumettent que parce qu’il y aurait pour eux du danger à ne le pas faire. Du reste, si la crainte du maître est esclavage , la crainte des lois est liberté .

Il est une espèce de crainte religieuse connue sous le nom de scrupule : c’est la plupart du temps un mélange de faiblesse d’esprit, d’orgueil et d’opiniâtreté. Quant au respect humain , né d’une mauvaise honte qui nous fait dissimuler notre foi, c’est un premier pas vers l’apostasie, et par conséquent une lâcheté.

Puissants auxiliaires de la peste, des conquérants et autres fléaux, la crainte et la peur naissent souvent Lune de l’autre. Tantôt elles agissent isolément, tantôt elles se confondent, et produisent deux caractères généralement méprisés, le poltron et le lâche , parce qu’on ne saurait compter ni sur le secours de Lun, ni sur la résistance de l’autre. Toutefois, le poltron se bat bien lorsqu’il y est contraint, ou quand il est surexcité par la honte, l’orgueil ou la colère, tandis que l’épée du lâche ne fit jamais grand mal. 11 semble enfin que le caractère du poltron tienne plutôt à un excès de prudence , et celui du lâche à un manque de force ou d’énergie.

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Gall fait dépendre la peur du défaut d’activité du courage, et Spurzheim, d’une affection particulière de la circonspection. Cette divergence d’opinion ne vient-elle pas évidemment de ce que ces deux physiologistes ont confondu la crainte et la peur?

Je ne terminerai pas ces considérations sans dire quelques mots sur une vertu dont l’étude, liée au sujet qui nous occupe, me paraît encore incomplète. Le courage, comme les autres sentiments, doit être envisagé sous le rapport physique et sous le rapport moral : partant, deux sortes de courage.

Le courage physique , qui consiste essentiellement dans le mépris du péril, n’est pas, comme la peur, un sentiment naturel, mais un calme habituel contracté par nos organes, il se développe avec l’âge, par la répétition fréquente des mêmes luttes, se fortifie au milieu des alarmes, s’amollit au sein de la tranquillité. La santé, la température, les aliments, la force musculaire, l énergie de certaines passions, l’avantage du nombre, des lieux, la supériorité des armes, contribuent sans doute à le développer momentanément ; mais l’habitude du bruit et du danger en est certainement la cause la plus directe et la plus puissante.

Le courage moral consiste essentiellement dans l’empire de l’homme sur ses passions; il est le fruit d’une éducation intellectuelle qui lui a donné de la modération dans ses désirs, et l’habitude de mettre ses besoins en harmonie avec ses devoirs.

Ces deux courages ne procèdent pas généraîe-

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ment l’un de l’autre, comme on serait porté à le croire; iis s’entr’aident, se fortifient, mais ne s’engendrent pas : leur réunion constitue le vrai courage. Cette trempe vigoureuse du corps et de l’âme rend à la fois l’homme supérieur aux dangers qui l’environnent, comme aux passions qui l’assiègent.

S’il m’est permis de résumer ma pensée d’une manière plus physiologique, je dirai que le courage physique provient des nerfs de la vie intérieure, et le courage moral, des nerfs de la vie de relation; le vrai courage, de leur développement harmonicpie.

Causes.

Causes prédisposantes. — La crainte est ordinairement compagne de la faiblesse physique : aussi l’observe t-on plus fréquemment chez la femme que chez l’homme, chez l’enfant et le vieillard que chez l’adulte. Par la même raison , les personnes débiles ou accidentellement malades, notamment les paralytiques et les hypochondriaques, y sont beaucoup plus disposées que les individus robustes ou que ceux dont les viscères sont dans un parfait état d’intégrité. On a aussi observé qu’aux époques des menstrues, pendant la grossesse et l’allaitement (1),

(1) Plusieurs fois des nourrices, placées dans des maisons opulentes , ont vu tarir leur lait uniquement par la crainte qu’elles avaient de ne pas le conserver, et de perdre alors une position douce et lucrative.

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les femmes sont bien plus sujettes à la peur que dans les autres moments de leur vie. La solitude, l’obscurité, le silence de la nuit, exercent encore une influence notable sur la passion ou la maladie dont nous nous occupons; il en est de même des* fatigues excessives et de la privation prolongée des5 aliments. Une température humide, un climat moui et relâchant, l’abus des purgatifs, des évacuations* sanguines, des plaisirs de l’amour, des bains tiè~ des, un sommeil trop prolongé, l’ignorance, la» mollesse, la gourmandise, sont encore autantt de causes débilitantes qui prédisposent les individus à la peur, et qui conduisent toujours les? peuples à l’esclavage.

Causes déterminantes. — Un bruit violent et inattendu, une lumière trop vive et trop soudaine, l’aspect, les cris d’une personne effrayée ou quii joue l’effroi, les histoires de bandits et de revenants, des menaces aussi ridicules que dangereuses, telles sont les principales causes qui déterminent, surtout chez les enfants, de violents accès de peur qui ne laissent que tr op souvent des traces de leur ravage jusque dans un âge avancé, quelquefois même pendant toute la durée de la vie.

Toute faiblesse inhérente à notre nature doit ti être franchement reconnue par des hommes organisés pour en triompher. Ainsi la peur, quoique1 plus particulière à l’enfance, la peur, reconnais-sons-le , est de tous les âges; et l’homme le p!us>i intrépide peut même avoir des moments où soin

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courage habituel fait défaut. César, dont la valeur est passée en proverbe , ne voulait pas qu’on dît de lui «qu’il était brave, mais qu’il avait été brave tel jour. »Un de nos plus vaillants généraux, le maréchal de Luxembourg, dont la victoire suivit souvent les drapeaux, éprouvait de la fièvre et un relâchement de ventre tant que durait la mêlée : ce grand homme en faisait ingénument l’aveu, et disait que, «dans ces circonstances, il laissait faire à son corps ce qu’il voulait pour conserver tout son esprit à Faction. » Chez ce grand capitaine il y avait tout à la fois deux passions antagonistes , peur et courage , faiblesse physique et force morale ; mais la volonté triomphait des organes.

Le prince Murat, dont la seule présence jetait l’effroi dans les lignes ennemies, avait lui-même éprouvé les effets de la peur pendant un de nos combats en Italie. Plusieurs années après il fut atteint d’une maladie nerveuse particulière au climat de Madrid. Pendant ses accès , qui se renouvelèrent à plusieurs semaines d’intervalle, il se croyait environné d’Espagnols qui le menaçaient, le poignard à la main. Alors il criait, il appelait ses gardes pour le défendre. C’était pitié de voir un guerrier si brave trembler devant une ombre imaginaire !

Comme la plupart des passions, la peur est éminemment contagieuse, principalement quand elle agit sur les masses. Aussi l’histoire nous montre-telle des armées victorieuses, atteintes de terreur

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panique, réaliser en quelque sorte cette fiction des Grecs qui avaient fait la Peur fille du dieu Mars.

Un général ne doit pas ignorer la possibilité de ces cas, qui, du reste, seront fort rares si ses troupes ne sont épuisées ni par une maladie épidémique, ni par des fatigues excessives, ni surtout par la privation des aliments. C’est par application de cette dernière remarque qu’un général anglais, qui se connaissait en courage, disait fort judicieusement: «Hâtons- nous de faire battre nos soldats pendant qu’ils ont encore le morceau de bœuf dans l’estomac. »

Dans le temps où le prince Eugène de Savoie faisait le plus grand mal à la France, un habile observateur de la cour de Louis XIV s’écriait bien plus énergiquement que nous n’osons le répéter: «Oh ! que ne puis-je lui envoyer la diarrhée, j’en aurais bientôt fait le plus grand poltron de l’Europe. »

Symptômes , marche , effets et terminaison.

INous avons vu , en commençant cet article , que la peur est une passion éminemment concentrique et débilitante : pour nous en convaincre , observons le peureux dans un de ses violents accès. Comme son visage est pâle et défait ! comme ses traits sont tirés! Sa bouche reste béante et son regard effaré; ses lèvres sont livides, ses narines immobiles. Dans leur rétraction, ses paupières chassent en avant le globe de l’œil par leur ouver-

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ture agrandie. Ses sourcils , au lieu d’être agités , comme dans la crainte, demeurent élevés et fixes dans leur contraction. Quant au tronc, les muscles qui s’y insèrent ont perdu toute leur puissance de réaction: aussi, les genoux tremblent, fléchissent, et les bras se rapprochent de la ligne médiane. Par suite du retrait du sang vers le centre, un frisson glacial parcourt tout le corps ; le cœur et le pouls battent irrégulièrement; la voix expire sur les lèvres, et souvent une longue syncope succède à cette violente concentration qu’on a vue quelquefois être suivie d’une mort subite, surtout dans la terreur, où l’on observe de plus l’horripilation , c’est-à-dire le redressement des poils et des cheveux , ainsi que la roideur musculaire , effets produits par la violence de la compression générale.

Observons maintenant la peur chez un de ces malheureux enfants à (pii l’on s’est fait un plaisir de raconter les histoires les plus terribles de bandits , d’ogres ou de revenants. L’heure du sommeil est arrivée; on le met au lit; on le laisse seul , ayant grand soin de retirer la lumière. Un léger bruit se fait-il entendre, un meuble vient-il à craquer, à l’instant même sa jeune imagination , pleine d’assassins , de cercueils et de fantômes, lui retrace les tableaux les plus monstrueux et les plus effrayants : il s’enfonce jusqu’aux pieds de son lit, et recouvre sa tête de son drap; en même temps il rapproche fortement les bras de sa poitrine et les genoux de son ventre; ce

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n est P^US qu’une boule; instinctivement, il se fait Je plus petit possible pour présenter moins de surface à l’ennemi qu’il redoute. Dans cet état , le sang, brusquement refoulé de la périphérie au centre, fait battre le cœur avec violence. Son pouls est fréquent , souvent irrégulier, sa respiration courte et précipitée; il cherche à retenir son haleine dans la crainte de se trahir; enfin, les yeux ouverts et fascinés, l’oreille tendue , le corps immobile, il reste l’esprit fixé sur l’objet de sa peur, jusqu à ce qu’ayant épuisé toute sa puissance de contraction musculaire, il tombe dans une sueur de faiblesse, et enfin dans un sommeil souvent troublé par des rêves effrayants qui en diminuent 1 action réparatrice.

La puberté est ordinairement lepoque à laquelle les garçons commencent à s’affranchir de la maladie de la peur; les jeunes filles, au contraire, y sont bien plus sujettes au moment de l’apparition des menstrues. Si cette faiblesse ne se dissipe pas après 1 entier développement du corps , les individus qui en sont atteints restent ordinairement lâches et pusillanimes toute leur vie.

La peur est fréquemment suivie de syncopes, de palpitations, de convulsions, de paralysie et d épilepsie, surtout chez les enfants. Souvent aussi, les sphincters venant à se relâcher, on voit se manifester des évacuations involontaires d’urine et de matières fécales mal élaborées.

Chez les femmes, et principalement chez celles qui sont douées d’une extrême susceptibilité nerveuse,

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îa peur détermine souvent la suppression des menstrues, des lochies , du lait , ou bien produit des hémorrhagies utérines fort graves, et quelquefois même i’avortement : les trois journées de Juillet ont offert plusieurs exemples de cette dernière terminaison.

On a vu fréquemment de violentes frayeurs causer des phlegmasies intenses , ainsi que 1 aliénalion mentale ( f ) , la catalepsie , l’hydrophobie, des apoplexies pulmonaires et cérébrales , et chez des anévrysrnatiques , déterminer une rupture du cœur ou d une grosse artère, accident immédiatement suivi de la mort.

On a aussi observé que le scorbut étend ses ravages avec une effrayante rapidité, lorsque les marins ou les habitants d’une ville assiégée sont dominés par ce pénible sentiment.

Souvent encore la peur fait survenir des complications chez des individus atteints de blessures, de tumeurs ou de maladies cutanées par ellesmêmes fort peu graves, et dont la guérison paraissait aussi assurée que prochaine. Je dois cependant ajouter que les effets de la peur ne sont pas toujours aussi funestes, et qu’ils ont même été quelquefois avantageux dans la terminaison de quelques maladies.

(1) Dans le deuxième compte rendu publié par M. Desportes, on trouve sur 8,272 aliénés admis à Bicêtre et à la Salpêtrière 1,576 individus dont les causes de la manie sont restées inconnues; mais on a pu constater que 124 personnes ont été placées dans ces établissements par suite de vives frayeurs

de la peur.

Enfin, porté à l’extrême, ce sentiment ne rend pas seulement l’homme égoïste, il peut encore îe pousser à des actes injustes, atroces même, et cependant dignes d’excuse , lorsqu’ils ne proviennent pas dune intention criminelle, mais du besoin inné de la conservation : tel était le cas d’un journalier de la haute Silésie qui, pendant une nuit, tua sa femme, la prenant pour un spectre contre lequel il se défendait.

Quant à la crainte proprement dite, si elle est habituelle à un individu, elle ne tarde pas à se compliquer de tristesse , et .l’anxiété qui en résulte dégénère souven t en une véritable mélancolie ou lypémanie. Il est à remarquer que cette forme de 1 aliénation mentale revêt habituellement îe caractère de la dé mono manie , quand elle a pris sa source dans une crainte exagérée des jugements de Dieu.

Des observations authentiques prouvent que bien des personnes ont succombé par suite de la maladie qu elles avaient longtemps appréhendée sans motifs plausibles, ou dont quelques bizarres

pronostics avaient frappé leur craintive imagination.

Mais c’est surtout pendant les maladies épidémiques que la crainte précipite au tombeau de nombreuses victimes (1), tandis que le calme de l’âme et le courage semblent en quelque sorte conjurer le danger.

(1) Voy. le mémoire de M. le docteur Grémilly, sur la Frayeur cholérique ; Paris , 1 833 , in-8.

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Enfin, tous les médecins ont pu observer que la crainte de la mort a fait succomber des malades qui se seraient infailliblement rétablis si 1 on eût pu parvenir à la leur ôter.

Quant aux personnes scrupuleuses , changeant sans cesse de sentiment sur la plus légère apparence, se repaissant de réflexions extravagantes sur les moindres circonstances de leurs actions , montrant beaucoup trop d’attache à leur propre sens, n’agissant jamais sans un certain trouble qui ôte l’attention et entrave la volonté, elles perdent nécessairement les douceurs de l’espérance , énervent leur âme, et altèrent leur santé par la tristesse qui les accompagne partout.

Les désordres intellectuels qui résultent de la peur et de la crainte ne sont pas seulement plus fréquents chez la femme que chez l’homme , ils sont encore beaucoup plus graves chez celle-ci: d’abord à cause de sa sensibilité plus exquise; en second lieu, parce que la commotion qu’elle éprouve dans ces moments peut coïncider avec les menstrues , les lochies , la sécrétion du lait , et les supprimer brusquement. J’ai observé, avec M. Marc, que la manie est la conséquence la plus ordinaire de ces diverses suppressions ; dans tout autre cas, la frayeur produirait plutôt la démence, quelquefois portée jusqu à la stupidité. La mélancolie ou lypémanie se rencontre alors plus rarement que les deux formes d aliénation mentale dont il vient d’être question. Du reste , tomes les trois , ainsi que la démono manie , sont ac-

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compagnéesd hcillucineitionsjô. illusions et de puntophobie , ou terreur panique, tant il est vrai que les passions se retrouvent jusque dans les dérangements intellectuels quelles produisent.

Traitement .

Tout être qui entre dans la vie a le sentiment de sa faiblesse , et cherche instinctivement le contact de ceux qui lui ont donné l’existence. Ce premier besoin passe, les enfants en éprouvent longtemps un autre, celui de ne pas perdre de vue leurs parents ou les personnes chargées de leur donner des soins et de leur porter les secours qui leur sont à chaque instant si nécessaires. Sous ce rapport, la peur est, surtout dans le premier âge, un sentiment essentiellement conservateur : elle est en quelque sorte le boucher de l’enfance ,

comme le courage doit être le bouclier de l’homme devenu adulte.

Malheureusement , les parents ou les premiers gardiens des enfants les épouvantent beaucoup trop , pour les maîtriser plus facilement ; ils finissent ainsi par faire dégénérer en véritable maladie un sentiment, nous le répétons, primitivement conservateur, et dont plus tard on préviendrait sans peine les effets dangereux en lui imprimant une sage direction.

La première chose a faire dans le traitement de la peur est donc de recommander aux parents, aux nourrices, ou aux domestiques inexpérimentés,

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de ne jamais faire peur aux enfants en les menaçant de la bête, ou de l’ogre qui va les dévorer; ils devront surtout s’abstenir de leur rapporter, avec un air d’effroi, des histoires de loups-garous , de sorciers, de revenants, récits dont la funeste influence est souvent encore augmentée par le lieu et l’heure auxquels on a coutume de les faire. Plus tard, ils auront soin de ne pas laisser tomber entre leurs mains des ouvrages dans lesquels le merveilleux et le terrible ne serviraient qu’à ébranler leur frêle imagination , et à leur inspirer pour longtemps le dégoût des lectures utiles.

Si, malgré ces précautions, la peur vient parfois s’emparer d’un enfant, on tâchera adroitement d éloigner les causes qui la lui ont inspirée ; ou bien , sans avoir recours aux exhortations et aux réprimandes, on affectera devant lui de s’exposer à ce prétendu danger, que son penchant à l’imitation le portera bientôt à vouloir braver aussi ; on devra surtout ne lui faire faire dans l’obscurité que des commissions qui paraissent avoir un but nécessaire ou tout au moins utile. S’il pouvait croire qu’on veut seulement le guérir , cette idée suffirait pour augmenter sa peur, et tout serait perdu.

Quant aux jeunes gens peureux, on leur donnera une nourriture forte, mais simple ; on tâchera de leur faire fréquenter la société de camarades hardis et surtout calmes. Les voyages , la chasse, la natation , en un mot , tous les exercices gymnastiques , en développant leurs membres , en aug-

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mentant leurs forces , développeront aussi leur énergie morale , qu’on stimulera en même temps par des lectures et des exemples appropriés, par une musique guerrière ou par le spectacle de petites guerres.

De vieux militaires m’ont assuré que le cheval diminue tellement la peur, que maints fantassins reconnus pour les plus grands poltrons de leur régiment étaient devenus d’une bravoure à toute épreuve en passant dans la cavalerie : c’est une remarque importante dont les gouvernements ne paraissent pas avoir tenu compte jusqu’à présent. Du reste, l’habitude, dont l’influence est si puissante pour émousser nos sensations et nos sentiments, l’habitude , cette seconde nature, a souvent pour effet de dissiper complètement la peur en nous familiarisant avec Je danger : aussi Jean Bart, et mille autres, qui tremblèrent de tous leurs membres à la première action où ils se trouvèrent, sont -ils devenus par la suite des héros dont la bravoure est passée en proverbe.

Pendant un accès de peur, on fera prendre avec succès de l’eau froide par cuillerées, et Ton pratiquera en même temps sur le visage et sur les membres des frictions avec un mélange de parties égales d’eau-de-vie et de vinaigre.

Après l’accès on pourra, s’il n’y a pas de contre-indication, administrer un peu de vin généreux, ou , mieux encore , une infusion de tilleul, de camomille et de feuilles d’oranger.

Les accidents consécutifs que j’ai signalés plus

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haut seront combattus par des moyens appropriés.

La crainte pouvant entraver la marche des maladies et nuire au succès des opérations chirurgicales , le médecin ne devra négliger aucune précaution pour la bannir de l’esprit de ses malades : ainsi, il recommandera aux personnes qui les entourent de ne jamais parler des suites funestes d’une maladie qui pourrait avoir quelque rapport avec la leur ; il engagera ces mêmes personnes à avoir une contenance calme, et il affectera de son côté un air rassuré et riant , lors même que Finquiétude et la tristesse seraient dans son cœur.

Lorsque plusieurs praticiens se réunissent pour s’éclairer dans un cas grave , quelle que soit l’exiguïté du local, la consultation ne doit jamais avoir lieu en présence du malade ; ils refuseront, autant que possible, d’admettre à leur délibération des personnes qui pourraient faire au malade un récit infidèle ou trop circonstancié de ce qu’elles auraient entendu , ou bien qui , malgré elles , pourraient l’effrayer par la tristesse qui resterait empreinte sur leur visage. Enfin , une opération grave est-elle devenue indispensable , cette triste nécessité devra être annoncée au malade avec les plus grands ménagements ; on s’efforcera de l’y disposer peu à peu , et même de l’amener à la désirer, en faisant naître dans son esprit l'espoir d’une guérison prompte et facile.

L’obéissance est le meilleur moyen qu’emploient les ecclésiastiques éclairés contre la crainte reli-

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gieuse poussée jusqu’au scrupule ; ils ont , en effet, remporté une grande victoire quand ils sont parvenus à convaincre le scrupuleux que l’homme obéissant triomphe de lui-même : aussi, après avoir écouté avec calme toutes les craintes de leur pénitent, agissent-ils prudemment en lui imposant à ce sujet un silence continuel , jusqu’à ce qu’il soit arrivé à mépriser ses doutes; ils font également bien de lui défendre les lectures ascétiques, la solitude , l’oisiveté et la fréquentation des personnes scrupuleuses, qui ne pourraient qu’augmenter ses terreurs chimériques.

Observations.

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