‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 69 sur 96 · III. Vanité d’une jeune fille terminée par un suicide · texte numérisé non relu

III. Vanité d’une jeune fille terminée par un suicide

Emilie B***, d’une constitution éminemment lymphatique, fut atteinte, pendant son enfance,

DF. L'OR GüEIL

tî une espece de teigne qui dénuda complètement plusieurs points du cuir chevelu. À peine entrée dans sa quinzième année, elle fut lancée dans ce giand monae, ou les passions naissantes trouvent sans cesse un nouvel aliment, alors qu on devrait les diriger dans l’intérieur de la famille. Elle y entendit louer par-dessus tout les grâces, la beauté , et la toilette, qui relève si bien ces dons d<u la nature. El le- meme n'était pas sans quelques agréments; pour les faire valoir, elle s’abanoonna aux séduisantes préoccupations de la vanité, du reste, ce funeste penchant n’était que trop favorisé par les soins mal entendus d’une mère qui l’idolâtrait. Cependant les petits triomphes qu Emilie obtient déjà dans le monde sont cruellement empoisonnes par le souvenir d’une infirmité quelle peut bien cacher aux autres , mais quelle ne saurait arracher de sa pensée, et qui la tourmente au milieu des plus vifs plaisirs.

Elle n avait guère que dix-huit ans quand la mort de sa mere la laissa abandonnée à elle-même et sans expérience. La lecture des romans devient dès ce moment son occupation habituelle , et dans ces livres , écrits pour la plupart avec une imagination délirante, elle puise les meilleures raisons pour entretenir sa passion favorite. Après le besoin de plaire, celui d’aimer s’éveille bientôt dans le cœur de cette jeune fille, et devient pour elle une autre source de tourment. La pensée qu’il faudra révéler un jour sa honte à l’homme que son cœur a choisi la trouble au milieu des plus riantes

images du bonheur. Voulant enfin tenter une der. nière ressource , elle se décide à faire un voyage à Paris. Arrivée chez son frère , M. B***, elle va consulter les médecins les plus distingues de la capitale , cjui emploient inutilement tous les moyens imaginables. Dès lors, privée de tout espoir de guérison , et plongée dans la plus sombre mélancolie, Emilie cherche tour a tour a vaincre son amour et sa vanité, mais ne fait cpie les augmenter l’un et l’autre. Sur ces entrefaites, son futur vient à Paris, et est reçu par M. B*** comme un ancien ami. Pendant le dîner, ce jeune homme adresse à chacun les compliments les plus gracieux, et, dans son ignorance, s’arrête complaisamment sur la magnifique chevelure de madame B***. C était briser le cœur de la pauvre Émilie , qui , toutefois , sait se maîtriser assez pour ne pas se trahir par une émotion indiscrète. Le lendemain , comme si elle avait tout oublié, elle descend auprès de sa belle-sœur, qui l’invite à faire une promenade. Emilie accepte volontiers ; elle aide madame dans sa toilette, et, par un de ces bizarres et inexplicables sentiments du cœur humain, elle veut tresser elle-même la chevelure de sa sœur, cette chevelure dont elle vante aussi la beauté, tout en parlant de 1 infériorité de la sienne avec un sang-froid affecté. Mais bientôt , ne pouvant contenir ses larmes, elle s’échappe sous prétexte d’aller s’habiller. Une heure entière s’écoule sans qu’elle reparaisse; inquiété, madame B*** monte chez sa belle-sœur, trouve le lit au milieu de la chambre tout en désordre, avance

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