‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 68 sur 96 · Vanité d’un grand seigneur · texte numérisé non relu

Vanité d’un grand seigneur

On lit clans les Mémoires de madame Dacrest sur l’Impératrice Joséphine :

«M. le duc de Lauragais avait connu beaucoup mon père, qui nous raconta de singulières anecdotes sur ce grand seigneur, qui ne se plaisait qu’avec la plus mauvaise compagnie, et qui se vantait de ce goût.

«11 le rencontra un jour se désespérant, et s’écriant qu’il était un homme perdu, déshonoré. — • Mais qu’avez-vous , monsieur le duc , que vous est- il arrivé? — - Une chose affreuse, horrible. — - Avezvous perdu quelque forte somme au jeu? — Bah î je suis habitué à cela. Bien pis, vous dis-je, un malheur épouvantable. — Vous m effrayez, je ne sais qu’imaginer, car les chagrins de cœur ne vous touchent guère. — - Oh si ce n’était que la mort d’une maîtresse! mais, hélas! c’est plus fort que tout cela! Il y a vingt ans que je fais tout ce que je puis pour me ruiner; j’ai déclaré, il y a dix-huit mois, une petite banqueroute fort honnête, fort raisonnable, dont tout Paris parlait; eh bien! ne voiià-t-i! pas que ce polisson de Guémené s’avise d’en faire une de quatorze millions ! Je suis coulé bas; je passerai inaperçu à présent, on ne parlera pas plus de moi que d’un bourgeois de la rue Saint- Denis. Il faut convenir que je suis bien malheureux ! »

lî. Orgueil d’un acteur célèbre.

«T***, rapporte encore madame Ducrest, a dîné ces jours derniers chez un banquier fort riche de Paris , et, comme de raison , il n’a été question que de lui , entretien qui lui plaît de préférence à tout autre , quoiqu’il ait assurément tout ce qu’il faut pour les soutenir tous avec avantage, lî est , à part son jeu, fort remarquable par son instruction et ses connaissances des littératures étrangères; mais son orgueil passe tout ce que je pouvais imaginer. En voici une preuve :

«11 nous racontait les circonstances de son premier voyage en Belgique , et de sa première entrevue avec le roi Guillaume. «Je m’aperçus, nous dit-il , que Sa Majesté était embarrassée avec moi , effrayée de ma réputation ; mais je mis tant de soin à lui parier avec bonhomie, qu’elle fut aussi à son aise qu’avec une personne ordinaire. » Si je ne les avais entendues, je croirais ces paroles inventées par quelque envieux ou quelque mauvais plaisant; elles sont si ridicules, qu’il est difficile de croire qu’elles aient pu être dites. Il est donc vrai qu’un orgueil excessif peut faire dire des sottises à un homme éminemment spirituel ! »

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