‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 75 sur 96 · I. Mort subite (Tune avare · texte numérisé non relu

I. Mort subite (Tune avare

Pendant le rigoureux hiver de 1829-1830, je fus appelé par le commissaire de police du quartier de l’Observatoire, pour aller visiter une mendiante de profession , morte subitement dans son domicile , rue Saint-Dominique-d Enfer, n 3.

Entrés dans une vaste mansarde d une malpropreté repoussante , nous arrêtâmes quelques instants notre vue sur deux énormes chats couchés sur le lit , et sur un épagneul qui, placé comme en sentinelle sur le cadavre de sa maîtresse, s’élancait avec fureur pour mordre les personnes qui

voulaient s’en approcher.

Après nous être débarrassés, non sans peine, de ces animaux , je procédai à l’examen du cadavre. G était celui d’une femme âgée d’environ soixantecinq ans. L’habitude du corps , qui était d’une maigreur extrême, et couvert de vermine, n’offrait aucune trace de violence étrangère; je ne remarquai non plus aucun symptôme d hémorrhagie cérébrale ni pulmonaire. Les fonctions digestives s’exerçant habituellement chez cette femme d’une manière régulière , et son régime alimentaire étant d’ailleurs fort exigu , je ne pouvais guère

r>E l'avarice.

attribuer la mort à une indigestion. Mais le vent glacial que nous sentîmes souffler à travers les fenêtres mal jointes et dégarnies de mastic me

fit présumer que cette malheureuse était morte de

froid.

Ma conjecture se changea en certitude après une plus ample inspection du domicile. Cette femme n avait , en effet, sur elle qu’une mince couvei ture de laine criblee de trous : sa cheminée, hermétiquement bouchée , et, du reste , complètement dégarnie de cendres, annonçait que depuis l’hiver elle n’avait pas encore usé de combustible; et cependant la moitié de sa vaste mansarde était remplie de bois, symétriquement arrangé jusqu’au plafond, et dont sans doute elle s’était promis de brûler quelques morceaux, si le temps continuait d’être aussi rigoureux.

J’attribuai la cause de la mort au froid excessif dont cette malheureuse, sans son avarice, eût certainement pu se préserver avec l’énorme provision de bois dont l’avait gratifiée la charité publique.

Quelques jours après j’appris par la voie des journaux que le juge de paix avait trouvé plus de 10,000 francs en or enfouis dans la paillasse de cette misérable.

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