‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 79 sur 96 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

nu SUICIDE.

Les suicides sont toujours communs chez les peuples corrompus.

(Chateaubriand, Génie du christianisme.)

Définition .

Le suicide (1), ce triple attentat envers Dieu, envers la société, et envers soi-même, peut être considéré, en général, comme le délire de l’amour de soi; délire qui fait oublier les devoirs les plus sacrés, et jusqu’au sentiment de sa propre conservation, pour se soustraire à des souffrances physiques ou morales que l’on n’a pas le courage de supporter.

De toutes les actions criminelles que les passions ou les misères humaines enfantent, il n’en est guère qui nous affectent plus péniblement et qui nous inspirent une indignation plus profonde que cet acte, parce qu’il bouleverse nos idées les plus naturelles , et nous montre à quel degré d’égarement l’homme peut être poussé quand il s’est

(1) Ce terme, qui n’existait dans aucune langue, fut créé dans le siècle dernier par l’abbé Desfontaines. Auparavant nous n’en avions pas qui exprimât l’homicide de soi-même. Le mot latin suicidium est également d’invention moderne.

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rendu sourd à la voix de sa raison, comme à celle de sa conscience. Si néanmoins, maîtrisant les premières impressions que fait naître le suicide, nous examinons la variété des causes qui peuvent le produire , nous reconnaîtrons que tantôt c est un crime qu’il faut détester , tantôt une maladie qu il eût fallu guérir , tantôt un mouvement d exaltation qu’il faut plaindre; et nous serons forcés d avouer que s’il mérite souvent notre réprobation , souvent aussi il réclame notre pitié et notre indulgence.

Si le suicide impliquait toujours crime , cette dénomination pourrait-elle convenir au genre de mort de ces pauvres idolâtres qui , privés encore des lumières du christianisme, vont s’offrir en sacrifice pour obéir à des usages, à des préjugés plus forts chez eux que l’instinct de la conservation ? à ces malheureux Indiens , par exemple , qui, chaque^nnée, courent se précipiter sous le char de leur idole , afin d’y trouver une mort qu ils croient glorieuse et digne de récompense? Assurément il ne peut y avoir là suicide , du moins dans toute l’acception donnée communément à ce mot; car ce n’est ni le dégoût de la vie, ni le mépris des lois divines et humaines, qui les font agir : c’est à Dieu seul qu’appartient le droit de les juger.

Flétrirons-nous aussi du nom de suicides les Codrus, les Curtius, les Winckelried, les d’Assas , les Bisson , et tant d’autres héros que nous offrent les annales de la gloire ? Non, certes: leur mort fut

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commandée par un dévouement sublime pour leur patrie, et mérite toute notre admiration. Celle de Caton ne saurait être jugée ainsi : elle ne sauva pas son pays, elle ne sauva que lui seul de la clémence de César: et si la secte stoïcienne érigea en vertu cet acte de désespoir, c’est qu’alors la religion chrétienne n’était pas encore venue détruire les vains sophismes de l’esprit humain : quand son flambeau apparut sur la terre, la main du suicide fut désarmée , ou du moins on ne vit plus en lui qu’un être incomplet, un déserteur de la vie, un soldat abandonnant le champ de bataille avant d’avoir courageusement combattu.

Quelques écrivains modernes préconisèrent de nouveau le meurtre de soi-même; ils allèrent jusqu’à dire que l’Ecriture sainte justifie cet acte anti-religieux comme anti-social : citant la mort de Sarnson , ils la mirent, sans hésiter, au rang des suicides. Mais, en voulant partager,, le sort des Philistins, Sam son se dévoua comme le firent depuis les héros dont nous venons de parier; ceuxci furent les nobles martyrs du patriotisme , il fut de plus, lui, martyr de la foi de ses pères. Sa mort, celle d’Eléazar dans Fhistoire des Machahées, celle de cette vierge courageuse (1) se précipitant du haut d’un toit pour échapper à l’infâme traitement que lui réservaient ses bourreaux, celle enfin de tant d’autres victimes des persécutions de l’idolâtrie , ne sauraient être considérées comme des actes

(1) Sainte Pélagie.

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volontaires, produits par le dégoût delà vie, comme l’homicide de soi-même : ceiui-îa seul en est coupable, qui, au mépris de tous ses devoirs, agit librement avec l’intention de se détruire, et non celui qui, en faisant une belle action, trouve la mort sur son chemin.

Causes.

Les plus judicieux auteurs qui ont écrit sur le suicide n’ont pas hésité à reconnaître que l’affaiblissement des croyances religieuses est la cause la plus immédiate des morts volontaires que nous voyons se multiplier chaque jour d une manière si effrayante dans tous les rangs de la société (1). Les déclarations mêmes des malheureux qui s abandonnent à ce délire appuieraient seules cette opinion , si le plus simple examen ne venait suffisamment la justifier. L’homme qui croit à une autre vie, l’homme qui admet un Dieu pour témoin de ses peines secrètes , ne se tue pas : il sait qu’il commettrait un crime; d’ailleurs les sublimes espérances qui l’animent lui donnent la force de supporter le fardeau de la vie, quelque lourd qu il lui paraisse. Celui, au contraire, qui ne croit à rien , et dont la raison est égarée par les passions ou de funestes maximes, celui-là se révolte contre

(1) De 1827 à 1830, il y a eu à Paris un suicide sur 3,000 habitants, et de 1830 à 1835, un sur 2,094 : cette désolante progression, qui continue encore, se retrouve en province et à 1 ét ranger. (Voiries documents statisques sur le suicide, pag, 698 et suiv.)

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les premières atteintes du malheur et de la souffrance. De là au découragement, de là à la pensée d attenter à ses jours, il n’y a qu’un pas ; et ce pas, il le fait bientôt, s’il en ale triste courage. «Quand la morale publique, quand les menaces de la religion, n’opposent plus de frein aux passions, dit Esquirol , le suicide doit être regardé comme un port assuré contre les douleurs morales et contre les douleurs physiques. »

Si, en effet, nous jetons nos regards sur la grande scène du monde, nous voyons de toutes parts la vertu débordée par mille passions violentes, qui, échappant au joug imposé par les préceptes religieux, vont se livrer aux plus coupables excès , sans que rien puisse les arrêter au bord de 1 abîme qui leur est ouvert. Nous y voyons le mérite, la droiture, la modestie, luttant contre la bassesse, la dissimulation et l’orgueil; des amours frénétiques, des cupidités rivales, des trahisons, des vengeances, des fraudes; la soif du gain qui pousse le joueur à sa ruine, des espérances déçues, des renversements de fortune, des peines, des misères sans consolations, des crimes sans repentir, l’homicide de soi-même, enfin, comme remède à tant de maux.

Les secousses politiques , les gouvernements constitutionnels et républicains , plus favorables que le despotisme au développement des passions ambitieuses; l’esprit militaire, qui apprend à envisager la mort sans effroi; les progrès de la civilisation, qui multiplie les besoins et les rend plus

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impérieux, peuvent aussi exercer une grande influence sur la fréquence du suicide. Mais les livres, qui en font l’apologie, les théâtres, qui journellement le mettent en scène, les journaux, qui ne manquent jamais d’en retracer la triste réalité, sont des causes bien plus directes de cette contagion. Madame de Staël, dans sa jeunesse , flatta aussi ce malheureux penchant; mais plus tard , reconnaissant son erreur, elle avoua que la lecture du Werther de Goethe a produit plus de suicides en Allemagne que toutes les femmes de cette contrée. C’est qu’en effet le charme dangereux répandu dans cette production, en dépouillant le meurtre de soi-même de presque toute son horreur, peut produire les impressions les plus funestes sur une imagination tant soit peu exaltée, et la conduire au crime qu’elle s’est accoutumée, dans ce drame, à considérer comme un acte de vertu. «C’est ainsi, dit l’éloquent docteur Pariset,* que le mal moral s’introduit dans les âmes : il y entre par des paroles ou des images; il s’y grave par des maximes, des exemples, des apologies. Bientôt il est partout. Suivez la marche du crime : avant de paraître devant les tribunaux, il passe par les livres et les théâtres; puis, du sein des tribunaux, des milliers de voix en font pénétrer les peintures jusque dans le sein des familles, et les impressions qu’il y porte se mêlent , pour les corrompre, aux saintes habitudes des premières années. » 11 en est de même pour le suicide : le premier acte de cette nature est publié, il trouve des

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apologistes; c’est un exemple qui en provoque un second, un troisième, ainsi de suite; bientôt c’est une épidémie, tant est grand le penchant de l’homme à l’imitation !

Parmi les causes du suicide, on signale encore : 1 onanisme, l’abus des plaisirs, l’excès des boissons alcooliques, la passion du jeu, la colère, l’ambition, l’envie, la jalousie, l’oisiveté, l’ennui, la solitude, la nostalgie, les chagrins domestiques, le goût excessif de la musique, qui exalte la sensibilité; la terreur, le remords, le désespoir (1), la misère, le déshonneur, et surtout l’hérédité. Un grand nombre d’observations prouvent malheureusement , en effet, que le penchant au suicide peut se transmettre : on a vu des familles entières en être atteintes, et y céder irrésistiblement (2).

On a également observé que les saisons avaient une grande influence sur cette funeste disposition; 'mais on a trop insisté peut-être sur celle du climat: aussi a-t-on taxé d’exagération l’opinion de Montesquieu, qui prétend que la fréquence du suicide chez les Anglais doit être attribuée à l’atmosphère dans laquelle ils vivent. Sans doute on ne peut nier qu’un ciel nébuleux et sombre ne dispose aux

(1) On sait que le remords et le désespoir ont conduit au suicide le premier meurtrier dont l’histoire fait mention.

(2) Il résulte des observations multipliées de M. Esquirol, que • les prédispositions héréditaires de la folie transmises par les mères sont d’un tiers plus nombreuses que celles qui proviennent des pères. On a fait la même remarque pour la mélancoliesuicide.

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idées mélancoliques, ordinaires avant-coureurs du dégoût de la vie; mais on remarque que sous le ciel de la Russie, bien moins agréable que celui de l’Angleterre, les cas de suicides se reproduisent assez rarement, et que Ton en voit aussi trèspeu chez les Hollandais, qui vivent presque dans les mêmes conditions physiques que les Anglais. Ce dernier peuple , d’ailleurs , n’était nullement enclin au suicide quand les Romains envahirent la Grande - Bretagne , tandis que cet acte de délire était alors beaucoup plus fréquent en Italie qu’il ne l’est aujourd’hui (1). Les climats sont restés les mêmes; mais les changements qui se sont opérés dans l’organisation sociale des deux nations ont dû nécessairement en amener de très-grands dans leurs mœurs, leurs usages, leurs penchants; et c’est là principalement qu’il faut chercher la cause des différences qui nous frappent en elles aujourd’hui par rapport au suicide.

Quant aux saisons , il est certain qu’elles exercent une action marquée sur les individus qui éprouvent le dégoût de la vie : le printemps et l’été paraissent être celles où Ton voit le plus d’aliénations mentales, et en même temps le plus de suicides. MM. Foderé et Douglas ont observé qu’ils étaient plus fréquents à Marseille lorsque le ther-

(1) Parmi les États de l’Europe, la France est le pays où il se commet actuellement le plus de suicides; viennent ensuite l’Angleterre, la Prusse, l’Autriche, l’italie, puis l’Espagne et la Russie. (Voir, à la fin de cet article, les documents statistiques sur le suicide.)

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momètre marquait 22 degrés au-dessus de zéro. Cheyne rapporte qu’en Angleterre l’automne et les vents d’ouest sont féconds en suicides ; le professeur Osiander, dans le nord de l’Allemagne, partage cette opinion ; Cabanis et Esquirol ont également observé que le passage d’un été sec à une automne humide est plus favorable au développement des affections abdominales , dont le suicide dépend assez souvent.

Toute souffrance physique excessive , quand elle se prolonge, peut, comme la douleur morale , porter celui qui en est atteint au désir de se donner la mort. Ainsi beaucoup de maladies peuvent produire le suicide , si elles ne sont pas surveillées (1). De ce nombre on signale principalement la lèpre, le scorbut, dans certains pays, et la pellagre, dans les campagnes du Milanais. On a vu encore des personnes atteintes de névralgies , de goutte, de rhumatismes aigus, d’affections cancéreuses et d’hypoehondrie, chercher à se détruire pour mettre fin à leurs maux. Servius, le grammai rien, s’empoisonne parce qu’il ne peut guérir de la goutte ; Cornélius Rufus, ami de Pline le Jeune , se laisse mourir de faim pour la même cause; et Silius Italicus termine aussi ses jours par une abstinence volontaire, parce qu’un abcès incurable lui fait prendre la vie en aversion. Tout dépend de l’organisation , du degré de sensibilité, d’énergie et de

(1 ) Sur 1 33 cas, recueillis par M. Prévost, de Genève, 24 reconnaissent pour cause l’aliénation mentale, et 34 diverses maladies.

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courage de celui qui souffre moralement ou physiquement. S’il est des hommes qu’aucun événement, aucune douleur ne saurait abattre, il en est un bien plus grand nombre qui s’irritent, qui se désespèrent au milieu des souffrances , et cette sorte d’exaltation peut aisément les conduire à la pensée d’abréger leurs jours.

L’état morbide improprement appelé tempérament mélancolique est une grande prédisposition au suicide. La constitution sanguine peut aussi, mais d’une manière différente , porter à cet acte meurtrier. Dans le premier cas, c’est presque toujours un profond ennui, un dégoût de toutes choses, qui inspirent insensiblement à l’individu ainsi organisé l’idée de mettre fin à son existence; dans le second, cette pensée ne se manifeste et ne se réalise qu’à la suite d’une vive contrariété , d’un violent chagrin , d’un événement quelconque , parce que celui qui en est atteint , toujours prompt à s’irriter, se grossit ses maux, et devient homicide de lui-même dans un accès de colère ou de désespoir, sans prendre le temps de réfléchir au crime qu’il va commettre.

Tous les âges ne sont pas également portés au suicide. L’enfance, étrangère à la plupart des passions qui agitent l’âge viril, ne ressent guère profondément que la gourmandise, l’envie et la jalousie. Ces penchants peuvent néanmoins lui inspirer une résolution désespérée: on a vu des enfants refuser toute espèce de nourriture, parce qu’ils se croyaient délaissés, ou seulement moins aimés

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que d’autres. Le non-succès des études, une mauvaise éducation, de dangereux exemples , peuvent aussi déterminer chez quelques adolescents la mort volontaire : heureusement ces cas sont assez rares. Le passage de Fadolescence à la puberté , qui amène le vague des passions, produit quelquefois aussi ce que madame de Staël appelle la douleur de la vie ; mais on ne voit guère cette douleur aller jusqu’au suicide, à moins qu’une circonstance imprévue ne vienne le déterminer. C’est, en general, pendant la jeunesse et l’âge mûr f de 2 J à 45 ans ) (1)., que l’homme s’abandonne le plus fréquemment a cette extrémité, parce qu’aîors , en butte aux passions érotiques et ambitieuses qui agitent tour à tour 1 espèce humaine, il cherche dans la tombe un abri contre les déceptions cîe son cœur, ou contre les revers inopinés qui viennent l’atteindre. La vieillesse est moins sujette à ces actes de désespoir. En général, plus l’homme approche de sa fin, plus il se rattache au bien qui va lui échapper; cependant, quand les passions survivent aux facultés qui d’abord les ont mises en jeu, elles peuvent inspirer à un vieillard le dégoût de la vie, et lui donner en même temps l’énergie momentanée dont il a besoin pour se débarrasser du fardeau qui l’obsède. La douleur, la misère, l’abandon, peuvent produire sur lui le même effet, et

(1) Les recherches les plus récentes constatent néanmoins qu’il Y a maintenant à Paris beaucoup plus de suicides avant l’âge de vingt ans, et de quarante à soixante, qu’on n’en voyait autrefois.

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amener le même résultat (1). Les exemples en sont devenus très-communs de nos jours. Ils étaient, du reste, très-fréquents autrefois chez certains peuples. Les Abyssiniens se tuaient quand ils arrivaient à la vieillesse ; les habitants de Coulis , ville de la Grèce, et ceux d’une nation hyperboréenne, se donnaient aussi la mort pour se dérober au poids des ans ; et l’on sait que la secte des brachmanes , comme autrefois celle des stoïciens et des épicuriens , autorise l’homme à se détruire dès qu’il est fatigué de la vie (2).

Quant à l’influence des sexes par rapport au suicide , quoiqu’on ait observé que le penchant à l’imitation est généralement plus prononcé encore chez les femmes que chez les hommes, les relevés statistiques des divers pays prouvent qu’elles se livrent moins fréquemment que ces derniers à cet acte frénétique (3). Leur constitution physique , beaucoup plus faible que celle de l’homme, leur timidité naturelle , les habitudes de modération

(1) On sait que le père du célèbre Barthez se laissa mourir de faim, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, par suite du profond chagrin que lui causa la mort de sa femme.

(2) Les livres sacrés des Hindous, qui ont des mœurs si douces et tant d’horreur pour le sang, établissent cependant plusieurs manières violentes de quitter la vie : elles consistent à se laisser mourir de faim, à se brûler dans du fumier de vache, à s’ensevelir dans la neige sur les montagnes du Thibet, à se laisser dévorer par un crocodile, à se couper le cou sur les bords du Gange, enfin à se noyer.

(3) La fréquence du suicide chez la femme est a celle observée chez l’homme environ comme un est à trois.

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et de douceur que leur fait ordinairement contracter le genre deducation quelles reçoivent, peuvent expliquer cette différence. Il faut, pour qu’elles renoncent à ces habitudes , qui leur prêtent un charme si séduisant , que les passions soient mises en jeu chez elles d’une manière violente. L amour, qui exerce dans leur cœur une si grande puissance, et qui devient souvent la principale affaire de leur vie, les rivalités, l’abandon, le déshonneur, auxquels les expose cette passion tyrannique , peuvent les porter au dernier degré de la douleur et du désespoir, et c’est le plus communément ce qui les conduit à se donner la mort. Suivant la remarque d’Hippocrate, les jeunes filles qui ne sont pas menstruées, et les jeunes femmes qui le sont mal , tombent quelquefois dans une langueur qui peut leur donner de la disposition au suicide. On a observé aussi que l’âge critique amène assez souvent chez les femmes l’ennui de la vie et le désir de la terminer; mais lorsque cette disposition a lieu , il faut peut-être moins l’attribuer aux incommodités qu’elles éprouvent à cette epoque, qu’à la perte des illusions dont elles se nourrissaient, et auxquelles il leur est si pénible de renoncer, quand elles n’ont pas su se créer a avance des jouissances indépendantes de la jeunesse et de la beauté.

Il est assez fréquent, surtout parmi les aliénées et les épileptiques, de voir des femmes qui, pendant le flux menstruel , cherchent tous les moyens imaginables pour se détruire, et qui perdent de

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vue cette idée pendant le reste du mois. Quelques femmes sont tourmentées du meme désir pendant la grossesse.

Il résulte enfin, du relevé des morts subites que j’ai été à portée de constater depuis vingt ans, que la propension au suicide est beaucoup pins grande dans le célibat que dans le mariage : c est que les liens de ce dernier état attachent plus fortement à la vie, bien qu’ils la rendent souvent plus agitée et plus pénible.

La profession qui présente le moins de suicides est, d après M. Prévost, de Geneve, celle des cultivateurs, tandis que les classes lettrées en offrent le plus grand nombre. Chose déplorable ! il résulte également d’un tableau dressé par M. Balbi, que dans tous les pays du globe civilisé les suicides sont plus fréquents là où l’instruction est le plus répandue.

« On se tue fort peu aux galères, dit M. Lauvergne , et des relevés suivis annuellement sur le nombre des morts volontaires ne portent guère que 1 suicide par année chez les forçats. Ces hommes, sans craindre la mort , n’osent se la donner; ils préféreraient la recevoir d’autrui.»

Les suicides sont également assez rares chez les prostituées : les relevés statistiques de la justice criminelle en France n’en signalent que 5 ou 6 par an.

Parmi les causes de suicide que nous venons d’énumérer, les unes sont soumises à la volonté de l’homme , les autres en sont plus ou moins indépendantes : le prêtre, le magistrat et le médecin

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sont donc obligés d’en avoir une connaissance complété et précisé, puisqu ils peuvent être appelés à apprécier la culpabilité de cette déplorable aberration.

Marche et caractères principaux du suicide.

Le suicide n étant qu’un phénomène consécutif d une foule de causes différentes , et sa marche ne pi csentant aucune régularité , nous ne le suivrons pas dans toutes ses phases 5 nous nous bornerons à en étudier quelques-unes , et à indiquer les deux caractères principaux qu’il revêt, selon qu’il se montre accidentel ou médité , à Y état aigu ou à Véî(u chronique. Dans le premier cas , il est presque toujours l’effet de quelque revers ou de quelque passion violente, et son exécution est aussi rapide qu’irréfléchie ; mais si cette exécution est incomplète, il est rare quelle se renouvelle, parce que la tentative infructueuse amène la réflexion, et sert quelquefois de crise à l’affection morale qui 1 a déterminée. Cependant , on a vu aussi en pareilles circonstances le penchant au suicide se reproduire pour des causes assez légères , et passer même à l’état chronique , si des soins éclairés ne viennent arrêter ses progrès. Il est aussi des cas où la marche du suicide aigu est plus lente , surtout quand les causes déterminantes agissent sur des sujets lymphatiques ou affaiblis : les résolutions désespérées sont généralement moins promptes chez ces derniers que chez les sanguins ; mais

pour avoir d’abord grondé sourdement , 1 orage n’éclate pas moins ensuite , et ses résultats n’en sont pas moins funestes.

Bien différent du suicide aigu , le suicide chronique paraît avoir tous les caractères d un acte réfléchi , et c’est aussi celui qui semble impliquer le plus de criminalité. Sa marche, plus lente, présente du moins cet avantage que lœil attentif de l’observateur peut la saisir et ! entraver, si même il ne parvient à l’arrêter tout à fait. Les individus affectés de cette sorte de délire sont ordinairement taciturnes, moroses, déliants, et si complètement renfermés en eux -mêmes, que tous les objets extérieurs ne servent qu à accroître leui tourment et la mélancolie qui les oevore. Aussi faut-il beaucoup de persévérance , et surtout les plus grandes précautions, pour essayer de les dérober à cet état d’irritation qui trouble sourdement leurs tondions organiques, et ne leur laisse d’intelligence que pour suivre l’idée fixe qui les occupe. Mais, dans cet état même, on remarque bien des nuances, li en existe deux surtout, ordinairement assez distinctes pour qu un praticien éclairé ne puisse les méconnaître. L une se ti ouve dans la haine de ici vie , cest-à-dire dans une surexcitation de la sensibilité qui pousse incessamment l’homme à se débarrasser d’un fardeau que les passions ou toute autre cause lui ont rendu insupportable , mais dont il ne parait pas toujours souffrir extérieurement. L autre n est seulement que Y ennui j le dégoût* Ici douleur de la vie : les

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mêmes motifs ont pu !a produire, mais assez ordinairement elle ne se manifeste que par une sorte d’atome, d’abattement moral, qui peut bien faire naître la pensée du meurtre de soi-même, sans laisser toujours l’espèce de courage nécessaire pour l’exécuter. Ce dernier état se fait remarquer quelquefois chez les aveugles-nés, que l’on voit dépérir sans qu’ils montrent le désir d’abréger leurs murs : on ne connaît pas d’exemple de mort volontaire parmi eux. Mais, chez les individus affligés seulement de la cécité de l’esprit, la douleur chronique de la vie se complique souvent de haine , et celle-ci donne malheureusement à l’autre 1 énergie dont elle manquait pour saisir l’arme du suicide.

Le spleen , dont 1 ennui fait le principal caraetti e , a quelque analogie avec cette dernière variété . c est la maladie des peuples civilisés et opulents. On s accorde cependant à dire qu’elle est assez rare, meme chez les Anglais , qui passent pour les mortels les plus ennuyés du monde. Si ,

en effet, l’influence du climat, et la satiété des

jouissances que procurent les richesses , sont pour quelque chose dans la fréquence du suicide parmi eux , n’ont-ils pas comme nous une foule d’autres causes qui peuvent y contribuer ? Nous avons déjà dit que ce délire était à peu près ignoré en Angle™ terre avant quelle ne tombât au pouvoir des Romains: ce ne fut que vers le milieu du XVIe siècle qu’il commença à s’y répandre. Les commotions politiques, le développement de la civilisation,

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les violentes disputes religieuses qui soulevèrent successivement les passions dans ce pays, et plus particulièrement encore les pernicieuses maximes qu’y répandirent plus tard les Donne, les Blount, les Gildon , etc.; enfin, les exemples éclatants qu’y suscitèrent les opinions erronées de ces écrivains, donnèrent un tel essor au suicide, que cette contrée en devint pour ainsi dire comme le sol natal. C’est donc à ces différentes causes, et non à la maladie du spleen seulement, qu’il faut attribuer la fréquence de la mort volontaire chez les Anglais , que, du reste, nous avons si bien imités sous ce rapport , qu’il semble que leur déplorable manie soit venue s’implanter parmi nous.

Les tristes phénomènes de morts volontaires, qui se reproduisent si fréquemment dans les mêmes saisons, quelquefois dans un même pays, dans une même ville, dans une même classe d’hommes, et par des moyens presque identiques , ne permettent pas de révoquer en doute Fin fluence que nous avons vu exercer par l’atmosphère et par l’imitation sur les individus qui ont quelque prédisposition au suicide. Ces funestes épidémies sévissent ordinairement sur les deux sexes, quelquefois sur un seul. On connaît l’exemple des filles de Milet, cité par Plutarque : l’une d’elles se pendit; aussitôt une foule d’autres se donnèrent la mort par le même moyen, et il fallut, pour arrêter les progrès effrayants d’une telle frénésie, que le sénat ordonnât que les cadavres des suicides seraient exposés nus sur la place publique. Primerose

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rapporte qu’on vit, à une époque, un très-grand nombre de femmes lyonnaises se précipiter à l’envi dans le Rhône; et un ancien historien de la ville de Marseille parie dune épidémie de suicide qui ne sévit que sur les jeunes filles de cette cité. M. Desloges, médecin à Saint-Maurice dans le Valais, a observé une épidémie de ce genre, en 1813, au village de Saint-Pierre-Monjau : une femme s’étant pendue, presque toutes les autres eurent de violentes tentations de suivre son exemple. Montaigne parle d une épidémie de suicide qui eut lieu dans le Milanais , a 1 époque des guerres qui désolèrent cette contrée, mais qui n’eut d’action que sui les hommes : « Mon pere , dit-il , vist tenir compte de bien vingt-cinq maistres de maison qui s’estoient défaits eux-mesmes en une semaine. » On pourrait citer un grand nombre de ces tristes épidémies, agissant sur l’un et l’autre sexe. En 1800, pendant les mois de juin et de juillet, on compta à Rouen plus ae soixante suicides ; les mois de juillet et d août de la meme année en offrirent plus de trois cents a Copenhague, où la température avait été la même qu a Rouen. On en vit aussi beaucoup à Paris au printemps de 181 1 ; et le docteui Rech, de Montpellier, a observé qu’il y en avait eu un bien plus grand nombre dans cette dernière ville, en 1820, que pendant l’espace des vingt années précédentes. On a encore remarqué qu’en 1793 , la ville de Versailles avait seule présenté l’horrible spectacle de treize cents morts volontaires: la terreur dont les esprits étaient alors frap-

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pés eut sans doute une très - grande part à la multiplicité de ces actes de désespoir. Enfin , le séjour de nos troupes en Algérie a mis à même de constater cpie le vent brûlant du désert produit quelquefois de véritables épidémies de délires et de suicides, en déterminant une vive congestion vers le cerveau.

Le suicide réciproque ou mutuel, que de monstrueuses fictions nous représentent souvent au théâtre et dans les livres comme un acte sublime, est l une des variétés de ce délire qui entraîne les plus funestes conséquences , non pas seulement parce qu’elle comporte un double crime, mais parce qu’elle est du plus dangereux exemple pour les imaginations ardentes et romanesques, toujours prêtes â imiter ce qui a l’apparence de l'héroïsme. Ordinairement c’est l’exaltation de 1 amour qui conduit à cet acte frénétique; mais bien souvent aussi cette passion y mettrait obstacle, si l’amourpropre, cet autre mobile de tant d actions insensées , ne venait à son aide pour lui faire consommer son épouvantable sacrifice. Ce genre de suicide semble presque toujours revêtir le caractère aigu; s’il en était autrement, il est probable qu il ne s’accomplirait pas.

Une autre variété non moins déplorable, et qui appartient plus spécialement à l’état chronique , est le penchant â l’homicide lié à l’acte du suicide. On a vu des malheureux décidés à se donner la mort préluder à ce crime par le meurtre de quelque autre victime. C’est quelquefois sur un

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inconnu, sur un être inoffensif, qu’ils assouvissent leur fureur , sans pouvoir en assigner d’autre cause que l’incompréhensible besoin de destruction (1). Il en est d’autres qui, redoutant pour les objets de leurs plus chères affections les douleurs vraies ou imaginaires dont ils s’abreuvent , veulent les y soustraire en leur ôtant la vie avant que de s’en débarrasser eux-mêmes. Qui le croiiaiti 1 amour qu un père, qu’une mère portent à îeui s enfants, ce sentiment si profond que Dieu plaça dans le cœur de tous les êtres, et que la brute elle-même suit avec un si doux instinct, cet amour, ois-je, a quelquefois armé la main de 1 homme insensé contre 1 innocente créature qui lui devait le jour. Heureusement ces sortes de crimes sont fort rares.

Les individus qui veulent se détruire sont-ils portés à choisir le genre de mort vers lequel sembleraient devoir les entraîner leur constitution ou leurs souffrances? C’est ce que l’expérience n’a pas encore démontré. Seulement, il est certain qu’en général les hommes se servent plutôt d’armes à feu et les femmes de poison, et que, pour exécuter son funeste dessein, chacun emploie l’instrument qui lui est le plus familier. Ainsi, selon

(1) C’est ainsi que le lâche et cruel Asiatique cherche quelquefois à se donner l’énergie momentanée dont il a besoin pour se détruire, en se procurant, par le moyen de l’opium, une ivresse furieuse, pendant laquelle il prélude à sa mort en poignardant tous ceux qui l’approchent.

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Esquirol, les militaires et les chasseurs se brûlent la cervelle; les perruquiers se coupent la gorge avec le rasoir; les cordonniers s’ouvrent le ventre avec le tranchet, les graveurs avec le burin ; les blanchisseuses s’empoisonnent avec la potasse et le bleu de Prusse, ou s’asphyxient avec le charbon. Plus de la moitié des suicides que j’ai constatés ont eu lieu par ce -dernier moyen , tant chez les hommes que chez les femmes de tous les rangs et de toutes les professions. Cela n’infirme nullement la remarque de mon savant et modeste maître.

Le suicide est- il un acte de courage, ou un acte de lâcheté ? Cette question a souvent été agitée sans être résolue , parce que chacun la considère selon l’acception qu’il donne au mot courage. Nul doute qu’il ne faille une certaine dose d’énergie pour se détruire; mais cette énergie ne tient souvent qu’à une exaltation momentanée, à une surexcitation du cerveau , produite par tel ou tel événement, telle ou telle circonstance, et ne peut, par conséquent, constituer le vrai courage, qui, toujours maître de lui , rend l’âme supérieure à la souffrance comme à l’adversité: «C’est, dit Montaigne, le roole de la couardise, non de la vertu, de s’aller tapir dans un creux, soubs une tombe massive, pour éviter les coups de la fortune; la vertu ne rompt son chemin ny son train , pour orage qu’il fasse. » On parle beaucoup des individus qui se tuent sans efforts et de sang-froid ; mais a-t-on été à même de bien examiner ce qui s’est

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auparavant passé dans leur esprit, les irrésolu* tions , les terreurs mêmes qu’ils ont eu à subir, les combats qu’ils se sont livrés intérieurement avant que d’en venir à cette extrémité? Partout, et particulièrement dans l’acte du suicide, l’amour-propre joue un des premiers rôles. Guidé par ce sentiment, l’homme veut être admiré jusque dans la mort, et il affecte, en se la donnant, une force de caractère que le moindre incident viendrait détruire, si on pouvait la mettre à l’épreuve. Combien de meurtriers d’eux-mêmes vivraient encore, si quelque main amie était venue les arrêter au bord de l’abîme! Plusieurs, il est vrai, après avoir échoué dans leur coupable tentative , essayent de la renouveler; mais un bien plus grand nombre frémissent à la seule pensée de l’acte qu’ils ont voulu commettre , et courent au-devant de toutes les précautions qui peuvent les préserver d’un nouvel accès de délire. 11 se trouve cependant , parmi ceux qui attentent à leurs jours , des hommes dont la force morale et le courage habituel ne sauraient être révoqués en doute, et c’est là ce qui a pu donner à l’acte du suicide une certaine apparence d’héroïsme; mais, à côté de ces exemples, i! en existe une foule d’autres qui prouvent que la faiblesse et la pusillanimité, surmontées par le désespoir, savent aussi affronter la mort : un lâche, une femme timide, se tuent comme l’homme de cœur habitué à braver tous les genres de périls. Que faut-il en conclure? que faut-il répondre à cette question : a Le suicide est-il un acte de cou-

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rage ou de lâcheté?» Je répondrai que l’homme qui se débarrasse volontairement du fardeau de la vie montre quelquefois une certaine énergie physique , mais qu’il fait toujours preuve d’une lâcheté morale: il manque, en effet, de patience; et la patience, c’est le courage qui sait souffrir et attendre (1).

Traitement.

Le suicide étant un acte consécutif du délire des passions ou d’un état morbide , c’est dans la connaissance des causes qui tendent à le produire que le médecin éclairé doit chercher les moyens curatifs les plus efficaces, et non dans un système

(1) « J’ai toujours eu pour maxime, disait Napoléon, qu’un homme montre plus de vrai courage en supportant les calamités et en résistant aux malheurs qui lui arrivent, qu’en se débarrassant de lui-même. Le suicide est l’acte d’un joueur qui a tout perdu ou d’un prodigue ruiné, et n’est qu’un manque de courage, au lieu d’en être une preuve. »

Deux grenadiers de la garde s’étant suicidés, le premier consul fit mettre à l’ordre du jour ( 22 floréal an X) : « Le grenadier Gaubain s’est suicidé par des raisons d’amour : c’était d’ailleurs un très-bon sujet. C’est le second événement qui arrive au corps depuis un mois. Le premier consul ordonne qu’il soit mis à l’ordre de la garde :

« Qu’un soldat doit savoir vaincre la douleur et la mélancolie «des passions; qu’il y a autant de vrai courage à souffrir avec «constance les peines de l’âme, qu’à rester fixe sous la mitraille « d’une batterie.

« S’abandonner au chagrin sans résister, se tuer pour s’y sous- « traire, c’est abandonner le champ de bataille avant d’avoir « vaincu. »

de traitement qui ne saurait s’appliquer à tous les cas (1). Je me bornerai donc ici à indiquer les moyens généraux les plus propres à arrêter les progrès effrayants de cette plaie de la société.

On a souvent agité la question de savoir si les lois civiles doivent sévir contre cet acte meurtrier. Les législations de quelques peuples anciens infligeaient des peines infamantes à ceux qui s’en étaient rendus coupables : ainsi les lois d’Athènes ordonnaient que la main du suicide fût coupée, et brûlée séparément du corps ; à Tlièbes , son cadavre était ignominieusement jeté dans les flammes ; une loi de Tarquin l’Ancien le privait de la sépulture ; et *es lois romaines , favorables au suicide quand c’était le dégoût de la vie ou quelque événement fâcheux qui le produisait, sévissaient avec

(1) De tous les systèmes, le plus préconisé, par exemple, contre la mélancolie suicide, est celui d’Avenbrugger, récemment modifié par plusieurs praticiens. Il consiste : 1° à contenir le malade quand il est dangereux de le laisser libre; 2° à lui faire boire une livre d’eau froide toutes les heures; et, s’il reste pensif ou taciturne, à arroser son front, ses tempes et ses yeux avec le même liquide, jusqu’à ce qu’il devienne plus gai, plus communicatif (on enveloppe en même temps les pieds de flanelle chaude, pour qu’ils ne se refroidissent pas); 3° à appliquer un large vésicatoire, un cautère ou un séton sur celui des hypochondres dont la chaleur est habituellement plus forte. Ce traitement exclusif n’a guère dû réussir que lorsque la maladie avait son siège primitif dans l’abdomen. Dans les cas, bien plus fréquents, où le cerveau est primitivement affecté, il faut joindre à la méthode révulsive d’autres moyens thérapeutiques et moraux qui agissent plus directement sur cet organe.

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rigueur contre le coupable qui attentait à ses jours pour se soustraire à une peine infamante; elles flétrissaient aussi la mémoire des hommes de guerre qui se tuaient volontairement.

Toutes les législations modernes ont également sévi d’une manière plus ou moins rigoureuse contre cet acte. En Angleterre, les corps des suicides étaient autrefois privés de sépulture, et leurs biens confisqués au profit de la couronne. Cette loi, modifiée ensuite en ce qui concerne l’abandon des cadavres, fut longtemps maintenue par rapport à la confiscation ; mais les nombreuses exceptions qu’elle renfermait permirent de l’éluder en bien des cas, et elle tomba en désuétude.

Les peines portées contre le suicide par l’ancienne législation française ne furent pas moins sévères. Dans le XIIIe siècle , les biens de l’homme qui avait commis cet attentat étaient confisqués, et son cadavre , après avoir été traîné sur une claie, était pendu et privé de la sépulture. On fit plus tard diverses modifications à cette loi : lorsqu’elle fut abrogée par le Code pénal, en 1791 , elle n avait plus d action que contre ceux qui s’ôtaient la vie de sang-froid et avec un entier usage de la raison, et par la crainte du supplice.

De telles lois ne sauraient exister à l’époque où nous vivons; elles paraîtraient aussi injustes que barbares, et l’indignation publique s’opposerait à leur exécution. Beccaria, dans son Traité des délits et des peines , réprouve ces lois. Selon lui, «le suicide est un délit auquel il semble qu’on ne peut

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décerner un châtiment proprement dit , puisque ce châtiment ne saurait tomber que sur l’innocence ou sur un cadavre insensible. » Cependant plusieurs savants praticiens croient que le suicide est beaucoup plus fréquent depuis l’abrogation des lois répressives, et demandent, dans l’intérêt de la société, non des lois pénales, mais des lois comminatoires, contre cet acte criminel. D’autres, au contraire, combattant cette opinion , pensent que l’effrayant accroissement du suicide ne peut être attribué à l’abrogation des anciennes lois (1), mais bien aux orages politiques qui se sont succédé en France depuis cinquante ans, et qui y ont soulevé tant de passions propres à faire naître le dégoût de la vie , et les résolutions désespérées qui en sont la suite. Aucune de ces lois , d’ailleurs, ne semble pouvoir être en harmonie avec notre législation actuelle : elles ne feraient que révolter l’opinion publique, et seraient impuissantes contre le suicide, parce que celui que ne peuvent arrêter ni l’horreur delà mort, ni les liens les plus chers de la nature, ni enfin les craintes d’une éternité malheureuse, ne saurait être retenu par des lois qui n’atteindraient que son cadavre. Mais , dira-t-on , s’il méprisait ces lois pour luimême, il les redouterait du moins pour sa famille,

(1) Les lois canoniques refusent toujours les honneurs de la sépulture ecclésiastique, c’est-à-dire l’entrée et les prières de l’Église, aux corps des individus qui se sont détruits, à moins qu’ils n’aient donné des signes d’aliénation mentale ou quelque marque de repentir.

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sur laquelle rejaillirait l’ignominie de la peine in» fligée. Cette idée pourrait, en effet, dans quelques cas, désarmer la main du suicide; mais elle serait sans action sur la grande majorité des individus que des passions désordonnées ou l’ennui de la vie portent à se détruire; et leurs familles, déjà sous 3e poids d’un événement si désastreux, seraient encore victimes de l’injustice d’une punition qui ne frapperait qu’elles.

M. Falret, dans son excellent Traité de ïhypo chondrie et du suicide , fait en outre, à ce sujet, une observation très-judicieuse : « On peut aujourd’hui, dit-il, jusqu’à un certain point, cacher aux enfants qu’il y a eu un suicide dans une famille; mais si vous lui donnez plus d’éclat par l’exécution d’une loi rigoureuse , les enfants en auront inévitablement connaissance, et cette affreuse nouvelle ne pourra qu’augmenter en eux une fâcheuse prédisposition. Ce mot, ajoute-t-il , me fait naître une réflexion qui me paraît bien forte en faveur de mon opinion. Quoi! l’on convient que le suicide est la folie la plus héréditaire , et l’on invoque toute la sévérité des lois pour le punir ! On veut donc que la société s’empresse de marquer la victime dans le sein même de sa mère? Cet acharnement sur un cadavre a d’ailleurs l’odieux de la férocité. Il ne faut pas repaître les yeux du peuple chè ces scènes sanglantes ; car la douceur est le plus beau type de l’humanité, et le législateur doit s’efforcer de tout son pouvoir de l’empreindre sur les mœurs nationales. »

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Ce n’est donc pas par des lois répressives qu’il faut combattre le funeste penchant qui nous occupe, puisqu’elles seraient aussi dangereuses qu’injustes. Ne sait-on pas, d’ailleurs, que dans les pays où elles ont été le plus rigoureuses, tel qu’en France, et surtout en Angleterre, elles ont constamment échoué contre cet acte de frénésie P

Nous l’avons vu , c’est surtout lorsque l’homme méconnaît les droits de son créateur, lorsqu’il s’obstine à ne voir que le néant au delà de son existence, qu’il ose porter sur lui-même une main homicide. Rouvrez son âme aux grandes vérités du christianisme, montrez-lui ses devoirs comme homme et comme citoyen, bientôt il comprendra que sa vie n’est qu’un dépôt, dont il ne peut disposer sans se rendre coupable envers Dieu, envers la société, et envers lui -même. Mais c’est dans le cœur de la jeunesse qu’il faut faire germer les préceptes de religion et de morale qui peuvent mettre l’homme en garde contre ses passions : tout est perdu si l’on attend quelles exercent sur lui leur empire. Combien de malheureux parents n’auraient pas à déplorer la mort volontaire d’un fils tendrement aimé, s’ils avaient su de bonne heure le prémunir par leurs avis, et surtout par de bons exemples, contre les dangereuses maximes de l’incrédulité, et contre les séductions de tous genres qui sont venues l’assaillir à son entrée dans le monde!

Si les parents , pour se dérober à une si grande

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infortune, sont intéressés à inculquer à leurs enfants des pensées religieuses, s’ils doivent leur inspirer l’amour de la vertu, de l’ordre, du travail, arrêter en eux les progrès d’un froid égoïsme ou d’une folle ambition, agrandir leur âme par des idées nobles et généreuses, et les attacher à la vie par des liens de famille qui contribuent à leur bonheur, c’est aussi un devoir pour les gouvernements, s’ils veulent arrêter l’effrayant accroissement du suicide, de veiller avec soin sur l’éducation de la jeunesse et sur la morale publique ; de travailler au bien-être du pays par de sages institutions , de multiplier les ressources de l’industrie , d’encourager le mérite , de réprimer le désordre, et d’offrir au malheur et à la souffrance des secours qui les sauvent du désespoir. Il conviendrait aussi, je pense, dans l’intérêt de la société , que le pouvoir encourageât les ouvrages de morale les plus propres à combattre les funestes maximes qui multiplient les morts volontaires , et qu’il s’efforçât en même temps d’arrêter la publicité de ces actes de délire, que propage ensuite le penchant à l’imitation.

Nous ajouterons à ces considérations générales que, la disposition au suicide étant souvent héréditaire, on doit prudemment éviter, quand il s’agit de former une alliance, d’entrer dans une famille dont quelques membres auraient été atteints de ce genre de folie. Cependant, lorsqu’une telle découverte arrive trop tard , lorsqu’on craint qu’un enfant apporte en naissant cette prédisposition , if

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faut se hâter de ia prévenir, et non désespérer d’en triompher. Les maladies héréditaires, ainsi cpie l’a observé Hippocrate, peuvent être prévenues en changeant la constitution de ceux sur lesquels elles agissent. C’est d’abord par le choix des aliments et par l’éducation physique qu’il faut travailler à cette régénération. Si l’hérédité qu’on redoute pour un enfant lui advient par sa mère, il est important que cette mère renonce à Fallaiter , et que la nourrice qu’on lui donnera réunisse toutes les qualités physiques et morales qui peuvent avoir sur lui l’influence la plus salutaire. Quelle que soit, du reste, la bonté de ce choix si important, la surveillance assidue d’un médecin expérimenté est encore indispensable, puisque c’est principalement de l’application bien entendue des moyens hygiéniques que dépend le succès de la cure que l’on veut opérer. Le grand air, une habitation saine et agréable, des figures riantes, des exercices gymnastiques, du mouvement, des jeux variés où la gaieté préside, la société de compagnons enjoués, sont autant de circonstances qui doivent concourir à cette cure. Il est essentiel aussi, pour l’enfant que l’on veut préserver d’un malheureux penchant héréditaire, de l’accoutumer de bonne heure à se maîtriser lui-même. Pour cela , il faut gagner sa confiance, régler ses idées et tous les mouvements de son cœur, ne pas souffrir que ses facultés intellectuelles se développent aux dépens de ses facultés physiques, éloigner de lui toute lecture et tout contact propres à exalter ses passions, l’habituer à sup-

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porter sans impatience les maux ou les contrariétés que l’on ne peut lui éviter; enfin lui apprendre à accomplir strictement tous les devoirs que la icligion . la nature et la société lui imposent. Quand on l’aura amené à ces heureux résultats , 1 hérédité aura perdu sur lui sa funeste influence.

Une partie des moyens hygiéniques dont je viens de parler, par rapport aux enfants, peut s’appliquer aux adultes atteints de la disposition au suicide. Ainsi, un air salubre, la distraction et l’exercice, sont des moyens puissants pour la combattre. Un travail manuel et journalier, tous les jeux qui forcent les membres à de grands mouvements , des promenades , tantôt à pied , tantôt à cheval ou en voiture , quelquefois dans des chemins difficiles et raboteux, les voyages sur terre, pendant lesquels on peut faire naître une foule de petits incidents qui distraient forcément le malade de son idée fixe, peuvent être encore d’une grande utilité, surtout si les personnes chargées de veiller sur lui sont capables d’occuper agréablement son imagination par leur enjouement et la variété de leur* conversation. Le docteur Falret conseille , pour que ces voyages aient un effet salutaire , de leur supposer un but autre que celui de la santé. Je suis de cet avis, surtout si le prétexte choisi est bien approprié au caractère de l’individu que l’on veut guérir. C’est , pendant la route , en ranimant ses goûts , ses affections , en réveillant dans son cœur des sentiments de générosité, de dévouement, ou de bienfaisance, que l’on parviendra plus sûrement à le

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rattacher à îa vie , et à lui inspirer de nobles résolutions. Une série de lectures appropriées , la composition de quelque ouvrage agréable, peuvent, dans certains cas, amener les plus heureux résultats ; car, outre que le travail intellectuel dissipe 1 ennui, qui se mêle aux peines du cœur comme aux souffrances du corps, il promet à l’imagination

un avenir heureux, dont elle a toujours besoin de se bercer.

Quoique les passions soient généralement des causes fréquentes du suicide, on les a cependant employées quelquefois avec succès comme moyens curatifs : 1 amour, surtout, peut devenir un puissant auxiliaire; si, dans beaucoup de cas, il provoque une funeste exaltation de l’esprit , il peut aussi , dans quelques autres , y rétablir l’équilibre: tout dépend de sa nature et de l’objet qui l’inspire. (Voir l’observation rapportée page 228.'* On a observé, notamment en Angleterre, que le plus grand nombre de ceux qui se détruisaient par ennui de la vie étaient célibataires. Cette remarque doit être prise en considération par le médecin moraliste.

On a également observé qu’une émotion vive, une violente secousse produite par un bonheur ou même par un malheur inattendu, pouvaient amener une heureuse réaction dans l’organisme des personnes atteintes de la mélancolie-suicide, et les réconcilier avec la vie. Mais si divers exemples prouvent que ces sortes de réactions ont, dans certains cas, un effet salutaire, on ne doit cepen-

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dant rien tenter que sous la conduite d’un praticien éclairé; sans quoi l’on courrait risque de hâter l’accomplissement des projets meurtriers que l’on veut prévenir.

11 est, d’ailleurs, fort souvent indispensable d’éloigner de leur famille ou de leur entourage habituel les individus affectés de ce délire, parce que la surveillance continuelle qu’exige leur état nécessite une foule de moyens et de précautions qui ne se trouvent guère réunis que dans les établissements destinés aux maladies mentales.

Il est surtout nécessaire que les personnes chargées du traitement du malade lui montrent de l’intérêt, de l’estime; qu’elles aient pour lui des égards soutenus, et qu’elles cherchent adroitement à ranimer en lui les illusions et les espérances dont il aimait à se nourrir, et sans lesquelles la vie ne lui semble plus qu’un fardeau insupportable. Une fois maîtresses de sa confiance, il leur sera aisé de verser sur les plaies de son cœur le baume salutaire de la religion; mais, lors même qu’on est parvenu, avec ce puissant secours, à rendre à l’infortuné l’entier usage de sa raison, il faut bien se garder de l’abandonner à ses propres forces : l’éloignement des causes qui ont déterminé la maladie, la continuation du traitement moral et thérapeutique, une sollicitude et une surveillance inaperçues, mais de tous les instants , sont des conditions nécessaires pour prévenir les rechutes malheureusement très-communes dans ces sortes d’affections.

Documents statistiques sur le suicide.

D’après M. Moreau de Jonnès, «voici le tableau des suicides constatés à Londres pendant un siècle et demi. Comme il indique leur nombre par périodes décennales , il suffira de retrancher le dernier chiffre, pour avoir l’année moyenne :

De 1690 à 1699 236

De 1700 à 1709 278

De 1710 à 1719. 301

De 1720 à 1729 478

De 1730 à 1739 501

De 1740 à 1749 422

De 1750 à 1759 363

De 1760 à 1769 351

De 1770 à 1779 339

De 1780 à 1789 224

De 1790 à 1799 274

De 1800 à 1809 347

De 1810 à 1819 362

De 1820 à 1829 381

«Le maximum des suicides a eu lieu de 1720 à 1740, sous les règnes des deux premiers George. 11 yen avait 1, année commune , sur 11,000 habitants, tandis que, de 1810 à 1830, il n’y en a eu que 1 sur 22,000 , ou un seul au lieu de deux, eu égard à la population. C’est l’inverse de ce qu’on croit généralement. Toutefois, de 1830 à 1834, le nombre des suicides a été de 57, année moyenne, ce qui suppose que la période décennale s’élèvera

D {J SUICIDE

à 484 , ou une centaine de plus que pendant la période précédente. D’après les recherches de Hoggs sur Westminster, cette place de Londres a beaucoup moins de suicides : on n en a compte , de 1811 à 1821 , que 1 sur 172,000 habitants; et de 1821 à 1831, 1 sur 190,000: il y a 3 suicides parmi les hommes pour 1 parmi les femmes.

c< Les mois de juin et de juillet sont 1 époque du plus grand nombre , et les mois d août et de novembre , celle où il y en a le moins.

Nombre et proportion des suicides dans les capitales

de VEurope.

Villes. Années.

Berlin 1822

Copenhague 1806

Naples. • . 1828

Hambourg 1822

Berlin 1808

Paris 1836

Milan • • 1827

Berlin 1797

Vienne 1829

Prague 1820

Pétersbourg. . . . 1831

Londres 1834

Naples 1826

Païenne • 1831

Nombres.

Proportion:

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

sur

« On voit que les habitants de Londres sont beaucoup moins enclins au suicide que ceux de la plupart des villes de l’Europe, à commencer

par Berlin et Paris, et y compris la population de Delhi, l’ancienne capitale de l’empire mogol, où il y eut, en 1833, 65 suicides, ou t sur 3,100 habitants : ainsi , l’opinion que le climat de f Angleterre prédispose au suicide est tout à fait erronée (1). » ( Statistique de la Grande-Bretagne et de i Irlande, par Alex. Moreau de Jonnès.)

Tableau des suicides portés à la connaissance du ministère public de France pendant V espace de 13 années (1827-1839.)

Années.

A Paris.

En France.

Totaux

(1) Cette proposition n’est - elle pas un peu absolue? et la différence que l’on trouve en plus dans le nombre des suicides commis en France ne dépendrait-elle pas en partie de l’exactitude plus rigoureuse apportée, par le ministère public français, dans la recherche des morts volontaires?

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Ainsi, dans l’espace de 13 années, on compte en France 27,668 suicides, ce qui fait annuellement plus de 2,000.

Depuis 1835, époque à laquelle on a commencé à classer les suicides par sexe, jusqu’en 1839, on compte 9,305 victimes parmi les hommes , et 3,116 parmi les femmes. La proportion de ces dernières aux hommes est donc, pour ces cinq années, de 33 sur 100; cest à peu près le quart

du nombre total.

Les suicides qui appartiennent au département de la Seine forment près du cinquième du nombre total.

Paris, centre universel de la littérature, des sciences , des arts , du bon goût et de la civilisation, Paris, source des jouissances de toute nature, est par cela même en Europe, et peut-etre dans le monde entier, la ville ou les imaginations ardentes s’égarent le plus souvent, et trouvent les plus cruelles déceptions au milieu des espérances qui les ravissent. Faut-il donc s’étonner si tant d’hommes, si tant de jeunes gens livrés à euxmêmes , y viennent finir par un suicide une vie que tourmentent d’insatiables désirs de volupté,

de gloire ou de richesses?

Voici maintenant le tableau des 2,747 suicides constatés en 1839 par le ministère public. Les femmes qui n’avaient pas de profession y ont été classées d’après celle de leurs maris.

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TABLEAU officiel des 2,747 suicidés dont la mort a été con statée en France pendant l’année 1839.

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