‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religion (volume 2)Chapitre 87 sur 96 · Nostalgie par habitatiyité · texte numérisé non relu

Nostalgie par habitatiyité

Depuis un grand nombre d’années vivait , dans la rue de la Harpe, un de ces hommes aux habitudes casanières, dont Tunique délassement consistait à aller quelquefois visiter le marché aux Fleurs , et qui revoyait avec un plaisir toujours

DE LA NOSTALGIE

nouveau son petit logis , où régnaient partout Forcire et la propreté. Un jour qu’il se hâtait de rentrer chez lui , son propriétaire l’accosta dans l’escalier, et lui annonça que, sa maison devant être démolie pour cause d’alignement , il eût à se pourvoir ailleurs d’un logement pour le prochain trimestre, A cette nouvelle, le pauvre locataire resta pétrifié de surprise et de chagrin. Rentré dans son appartement, il prit aussitôt le lit, qu’il garda plusieurs mois, en proie h une profonde tristesse, accompagnée de fièvre hectique. En vain son propriétaire cherchait à le consoler, en lui promettant un logement plus commode dans la nouvelle maison qui allait être élevée sur l’emplacement de l’ancienne : « Ce ne sera plus mon logement, répondait-il avec amertume, lui que j’aimais tant , que j’avais embelli de mes mains , où, depuis trente ans, j’avais toutes mes habitudes, et où je m’étais bercé de l’espoir, de finir ma vie ! »

La veille du jour fixé pour la démolition , on vint l’avertir qu’il fallait absolument rendre les clefs le lendemain à midi , au plus tard: «Je ne les rendrai pas, répond -il froidement; si je sors d’ici, ce ne sera que les pieds devant. » Deux jours après, le commissaire est requis pour faire ouvrir la porte de l’obstiné locataire, et il ne trouva plus que le cadavre du malheureux, qui s’était asphyxié par désespoir de quitter sa trop chère habitation.

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