MANIE DE L’ ÉTUDE
vêtant donc sa vieille houppelande , il enferme le tout dans une malle, la met sur son dos, et la porte chez un fripier, qui, comparant la pauvreté de ses vêtements avec l’excellente conservation de ceux qu’il lui présente, le prend pour un voleur et le fait arrêter. Renfermé avec des vagabonds dans la salle commune de la police , notre savant passa une semaine entière sans songer à se faire réclamer par ses amis, et, rendu à la liberté, il avoua que « si on lui eût donné une prison particulière, et des livres pour continuer ses études , il n’eût rien fait pour quitter un séjour où on lui fournissait du pain et de l’eau à discrétion. »
Mentelli , qui avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse pour compléter son instruction, regrettait souvent de n’avoir pas visité l’Angleterre, et il forma même un instant le projet d’aller y faire une excursion. Quoiqu’il n’ignorât pas que tout est fort cher dans ce pays, il dit un jour à un Anglais qu’il espérait bien la visiter dans toutes ses parties, et en être quitte pour cent cinquante francs. L’Anglais de se récrier, l’assurant que la chose était impossible. «J’ai dépensé trois fois moins , toute proportion gardée , dans mes voyages à travers le continent, répliqua Mentelli ; je fais entrer dans mon calcul la cherté de vos denrées. ï! me suffira de manger du pain , de boire de l’eau, et de coucher la nuit à l’ombre de quelque taillis dans la campagne , ou sous le porche de quelque église, dans les villes et les vidages. — Hélas ! mon cher monsieur, le plus grand crime en Angleterre