‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 11 sur 128 · DU SIÈGE DES PASSIONS. L · texte numérisé non relu

DU SIÈGE DES PASSIONS. L

je puis m’exprimer ainsi, va retentir de préférence, tantôt sur le centre cérébro-spinal (1), tantôt sur le centre nerveux ganglionaire.

Cette proposition demande à être développée : l’organisme n est pas seulement l’ensemble des appareils qui composent le corps humain ; on doit entendre par ce mot l’homme vivant, c’est-à-dire l'union mystérieuse des organes avec l’archée directeur, le principe vital, disons mieux, avec 1 âme, qui leur transmet à la fois le sentiment et le mouvement par le moyen de cordons blanchâtres , de conducteurs médullaires appelés nerfs , et les fait ainsi concourir à l’harmonie de toutes nos fonctions.

Ceci admis, comment comprendre qu’on veuille faire siéger exclusivement les passions, soit dans lame, soit dans le corps? Ne sont-ils pas tous les deux dépendants l’un de l’autre dans nos besoins, dans nos désirs, et jusque dans la moindre de nos émotions ? Est-ce que, par exemple, nous ne voyons pas tous les jours le caractère des personnes les plus douces devenir irascible sous l’influence de la faim ou de la maladie? Est-ce que la maladie et la faim ne sont pas à leur tour notablement modifiés par la puissance de la volonté, ou par la violence de certaines passions , comme on le remarque surtout dans l’avarice, l’ambition et l’amour ?

L’homme , on ne saurait trop le répéter, est essentiellement un; sa vie , il est vrai , se manifeste par une infinie multiplicité d’actions , mais aucune de ses manifestations n’est purement physique , ni purement spirituelle.

Reste à prouver qu’aucun des deux systèmes nerveux n’est le siège exclusif des passions. 11 est certain que, chez la femme surtout , le plexus solaire (2) ressent beaucoup plus que les nerfs de la vie de relation l’ébranlement morbide que les passions occasionnent ; mais pourquoi prétendre que le cœur, ému primitivement par ce plexus, réagisse toujours sur le cerveau à l’aide du nerf de la huitième paire ou pneumogastrique? Ne peuton pas dire aussi bien que les passions agissent d’abord sur le cerveau , qui ensuite les fait irradier sur le cœur , par le moyen des branches nerveuses dont nous venons de parler ?

(1) Quand on enlève, sur un animal, le cerveau proprement dit, on abolit l’intelligence ; quand on enlève le cervelet, on abolit les mouvements de locomotion ; et quand on détruit la moelle allom/ée, on abolit la respiration et la vie. Ces expériences ont conduit M. Flourens à admettre que Y encéphale se compose de trois parties essentiellement distinctes : le cerveau, siège exclusif de l’intelligence ; le cervelet, siège du principe qui règle l’équilibration ou la coordination des mouvements de locomotion ; enfin la moelle allonyce, siège du principe qui règle le mécanisme de la respiration, et, par suite, le mécanisme entier de la vie.

(2) L’anatomiste Willis a donné ce nom à un réseau nerveux, de forme rayonnante, qui est situé sur l’aorte et sur les piliers du diaphragme, et dont les branches s’étendent dans tout l’appareil intestinal. J’ai trouvé ce plexus excessivement développé chez presque tous les individus qui avaient éprouvé de violentes passions, et surtout des passions tristes. D’un autre côté, les personnes chez lesquelles le système nerveux ganglionaire ollre le plus de développement sont, sans contredit, celles qui se montrent le plus impressionnables. Cette prédominance nerveuse est donc à la fois cause et effet; c’est ainsi qu’elle prédispose à la peur, et que la peur l’augmente.

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