‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 12 sur 128 · DD SIÈGE DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DD SIÈGE DES PASSIONS

Chacune de ces opinions peut sans doute être soutenue victorieusement dans un cas donné, mais non dans tous les cas. 11 en est de même du siège pathologique de la folie, de la mélancolie et de l’hypochondrie, qui n’est pas constamment dans le cerveau ni dans les viscères , mais tantôt dans les viscères, tantôt dans le cerveau , comme ont pu s’en convaincre les praticiens qui ont fait un grand nombre d’ouvertures sans aucun esprit de système. Chez certains aliénés , en effet , on trouve , apres la mort , une atrophie cérébrale qui coïncide pour l’ordinaire avec un épaississement remarquable des os du crâne. Chez beaucoup d autres, on n observe aucune trace de lésion dans l’encéphale , mais on rencontre des dégénérescences du foie ou de la rate, des tumeurs squirrheuses à l’estomac, des ulcérations nombreuses dans les intestins, des varices au mésentère, enfin un

développement anormal du plexus solaire et des plexus secondaires qui sont sous sa dépendance. Sur 7i2 femmes aliénées , Esquirol a constaté que 72 avaient perdu la raison à la suite de couches. La folie, dans ce cas, n est point idiopathique, mais bien certainement symptomatique, et presque toujours elle est due à une névrose uléro-cérébrale produite par la surexcitation du système nerveux utérin, laquelle va retentir avec trop de violence sur l’encéphale. Et la preuve que le point de départ de la maladie est dans l’utérus, c’est que, de toutes les espèces d’aliénations mentales, celle-ci est sans contredit la plus facile à guérir, lorsqu’on a soin de diriger plus spécialement le traitement sur cet organe que sur le cerveau. On sait encore que les goûts bizarres , l’irascibilité de caractère , les peurs excessives et l’aliénation que l’on observe chez les femmes enceintes, disparaissent le plus souvent après l’accouchement. Or, les passions , ou besoins déréglés , n’étant , en dernier résultat, que de simples degrés de folie, le raisonnement seul eût dû faire pressentir que leur siège pouvait egalement varier.

Concluons donc : 1° que les passions sont répandues dans tout 1 organisme; 2* que leur siège physique réside dans les conducteurs de la sensibilité par conséquent dans l’ensemble du système nerveux, puisque arbre cérébro-spinal et le trisplanchnique s’enlacent , s’anastomosent , sympathisent , à l’aide de nombreux filets qui en forment une sorte de chaîne électrique; 3° enfin, que la commotion produite par les passions va reten ir de préférence sur les appareils prédominants, ou sur les organes qui se trouvent dans un état morbide. - Le bon et modeste Andneux me disait „„ jour : « J’ai traité dans ma vie un grand nombre de sujets en prose envers : eh bien 1 les mieux écrits ont toujours été ceux que j ai composes c„ travaillant d’ici (il me montrait son épigastre); tout ce qui venai < e a tète était peut-être plus correct, mais un peu trop froid, lourr.ez-vous, monsieur le médecin, me donner la raison physiologique de celle d.fierCnc ?- C’est, lui répondis-je d’abord, que les grandes pensées vannent du cœur. - Fort bien , reprit-il vivement. Vauvenargucs s était sans doute

ï)ü SIÈGE DES PASSIONS, rappelé le passage de Quinlilien : Pcctus est quod clisertos facit. Mais pourquoi est-ce plutôt le cœur que le cerveau qui rend éloquent ? — Je ne crois pas, répliquai-je, que le cœur seul fasse l’homme éloquent; aussi Quinlilien ajoute-t-il : et vis mentis , que vous oubliez de citer, mon cher maître. Sans doute, aucun mouvement pathétique ne saurait être bien rendu sans que le cœur soit plus ou moins ému; mais d’où vient primitivement cette émotion? Du cerveau, siège de cette brillante faculté intellectuelle qui consiste à créer des images, qui vont aussitôt se reproduire sur les entrailles. Dans celle espèce de courant électro-magnétique, l'organe central de la circulation, le cœur, réagit à son tour sur le cerveau, et alors l’expression de la pensée jaillit plus facile, plus colorée, plus vraie, parce qu’elle est toute empreinte du sentiment, de la passion réelle ou factice sous l’influence de laquelle on écrit. Ainsi, matériellement parlant, quand on travaille du cerveau, on est plus calme, plus clair, on raisonne; quand on travailiedes entrailles, on est plus ému, plus passionné, on sent (1). Dans le premier cas, on amène la conviction dans les esprits; dans le second, on produit plutôt l’entraînement. Le bon écrivain, l’habile orateur, est celui qui sait à la fois convaincre et entraîner : Pectus est quod disertos facit , et vis mentis. En résumé : au cerveau l’intelligence, au cœur le sentiment; à tous deux la- véritable et solide éloquence. »

(1) Après un travail excessif, les mathématiciens ont ordinairement la tôle chaude et pesante; les littérateurs éprouvent plutôt un spasme vers la région épigastrique, et ce spasme est d’autant plus prononcé, qu’ils out mis plus de chaleur dans leur composition. On a aussi remarqué que l’extase, et tous les cas d’exaltation intellectuelle caractérisés par une éloquence au-dessus des moyens habituels d’un individu, tiennent presque toujours à un spasme des organes génitaux, dont l’irritation inlluence vivement l’encéphale. J’ai guéri, il y a quelques années, une catalepsie extatique qui dépendait de la même cause.

causes des passions.

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