‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 116 sur 128 · DU FANATISME ARTISTIQUE, POLITIQUE ET RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DU FANATISME ARTISTIQUE, POLITIQUE ET RELIGIEUX

Le mot fanatisme n’exprime pas seulement l’exaltation des opinions politiques et des croyances religieuses, il s’applique aussi à une admiration excessive pour les sciences , et surtout pour les beaux-arts. C est ce qui m a détermine à le placer à la suite des manies , avec lesquelles il se confond.

On a d’abord appelé fanatiques les prétendus devins de 1 antiquité , parce qu’ils rendaient leurs oracles dans les temples des dieux nommés fana. Depuis, confondant la religion avec l’abus qu’on en a fait , certains incrédules ont appelé fanatisme toute espèce de zèle pour la religion, et lui ont attribué une foule de maux qui n’étaient dus qu’aux plus viles passions : c est une erreur, quand ce n'est pas une perfidie. Au reste, l’impiété et 1 hérésie n ont que trop souvent prouvé qu’elles ont aussi leur fanatisme. « Luther, dit Bcrgier, n’avait pas été tourmenté lorsqu'il alluma le feu dans toute 1 Allemagne; les anabaptistes ne l’étaient pas lorsqu’ils mirent en pratique les maximes de Luther ; les zuingliens ne l’étaient point en Suisse lorsqu ils firent main-basse sur les catholiques ; personne n avait été persécuté en France lorsque les émissaires de Luther et de Calvin y vinrent briser les images , afficher des placards séditieux aux portes du Louvre, prêcher contre le pape et contre la messe dans les places publiques, etc. , etc. Ce sont ces excès mêmes qui attirèrent les édits que 1 on porta contre eux. Ils ne devinrent donc pas fanatiques parce qu’ils étaient persécutés, mais ils furent poursuivis parce qu’ils étaient fanatiques. »

Le fanatisme est-il bien une passion ? se demande Marc; ne serait-il pas plutôt une conception délirante? et alors n exclurait-il pas toujours la liberté morale? L’opinion de ce médecin légiste paraît tout à fait fixée rclatbement au fanatisme religieux : aussi il n’hésite pas a le considérer comme d autant plus excusable , que les actes qu’il détermine seront plus déraisonnables , plus atroces , et que les exécuteurs de ces actes seront plus superstitieux et plus ignorants.

Quant au fanatisme politique, l’opinion de Marc ne paraît pas aussi bien arrêtée ; « Scs actes , dit-il , devront être appréciés avec plus de réserve ; car, bien souvent , loin d’être le résultat d’une conception délirante impliquant la lésion consécutive de la volonté, il n a du fanatisme que le nom , et doit être considéré comme le produit de l'orgueil , de l’ambition , cl même de la cupidité : il y a donc alors perversité plutôt que désordre mental. »

Page 1