‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 117 sur 128 · POLITIQUE ET KEL1GIEUX · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET KEL1GIEUX

Dans ces cas même, je réclamerais encore toute l’indulgence des juges en faveur des accusés politiques, si ces passions motrices avaient été poussées jusqu’au voisinage du délire, jusqu’à l’aveuglement , et surtout si les individus appelés à comparaître devant les cours souveraines y avaient été conduits par la funeste contagion de l’exemple. 11 a existé, du reste, dans tous les temps de véritables fous politiques , auxquels l’imputabilité ne saurait être appliquée, et notre dernière révolution en a beaucoup augmenté le nombre. Je ferai suivre ces courtes réflexions de trois observations appartenant à chacune des especes de fanatisme que j’ai admises.

— Un peintre célèbre composait un Christ à l’agonie; le modèle posait admirablement; toutefois, sa figure ne parvenait pas à rendre les dernières angoisses de la douleur qui va s’éteignant avec la vie. Que fait le peintre ? Il saisit un poignard , en frappe son modèle , et le fixe mourant sur la croix ; voilà le fanatisme artistique.

— Parmi les nombreux exemples de folie produite par le fanatisme politique , je me bornerai à citer celui de la trop fameuse Théroigne de Méricourt, surnommée la belle Liégeoise (1).

Celte courtisane , née dans le pays de Luxembourg , débuta sur notre scène révolutionnaire en se livrant aux divers chefs du parti populaire , qu’elle servit utilement dans la plupart des mouvements insurrectionnels. Elle contribua surtout , en 1789 , à corrompre le régiment de Flandre en conduisant dans les rangs des filles de mauvaise vie, et en faisant aux soldats de larges distributions d’argent.

Après une mission à Liège, où elle devait soulever le peuple, et une courte captivité dans une forteresse de Vienne, Théroigne fut mise en liberté par l’empereur Léopold , et s’empressa de revenir à Paris dans le mois de décembre 1791. A cette époque , elle se fit remarquer sur les terrasses des Tuileries et dans les tribunes , haranguant audacieusement le peuple, pour le ramener au modérantisme et à la constitution. Mais bientôt les jacobins s’étant emparés d’elle , on la vit paraître un bonnet rouge sur la tète , un sabre au côté, une pique à la main, commandant une armée de femmes; et tout semble prouver qu’elle ne resta pas étrangère aux massacres de septembre 1792. On rapporte qu’elle se rendit alors dans la cour de l’Abbaye , le sabre nu , et qu’elle y trancha la tète à un malheureux que l’on conduisait au tribunal de celte prison : c’était un de ses anciens amants.

Après l’établissement du Directoire cl la dissolution des sociétés populaires , Théroigne perdit tout à fait la raison , et fut provisoirement conduite dans une maison de santé du faubourg Saint-Marcel. On trouva, dans les papiers de Saint-Just, une lettre d’elle , à la date du 26 juillet 1794, dans laquelle se montraient déjà les signes d’une tête égarée.

^ (1) Je reproduis ici, en grande partie, l’intéressante observation publiée par lisquirol dans son ouvrage sur les Maladies mentales.

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