‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 21 sur 128 · V MARCHE , COMPLICATION · texte numérisé non relu

V MARCHE , COMPLICATION

les maladies qui affligent le corps. Comme ces dernières, en effet, elles se présentent à l’état aigu ou à l’état chronique; comme ces dernières, elles remontent fréquemment de l’état chronique à l’état aigu, ou bien disparaissent, tout en restant sujettes à une sorte de périodicité, sur laquelle les médecins et les moralistes ne me semblent pas avoir assez arrêté leur attention; comme ces dernières, enfin , leur fougue et leur durée dépendent plus ou moins de l’âge , du sexe , de la constitution , du climat , de la nourriture, de l’hérédité, en un mot de la double atmosphère physique et morale dont nous sommes environnés. Ainsi , généralement parlant, la colère est un délire aigu, et la haine une affection chronique, dont la vengeance est la crise la plus ordinaire. Passions des êtres faibles, la jalousie et l’envie ont une marche primitivement chronique : ce sont deux Sèvres consomptives qui rongent lentement les entrailles de leurs victimes. L’amour est une fièvre ardente qui a ses redoublements, ses transports, ses fureurs. L'ambition est une fièvre tenace dont la marche insidieuse et les paroxysmes irréguliers donnent la mort au milieu de l’espérance. L’ivrognerie, enfin . le plus abrutissant de tous les vices, ressemble le plus souvent à ces fièvres nerveuses intermittentes, dont les retours périodiques constituent le principal caractère (1).

Les passions sont solidaires entre elles comme nos organes; aucune ne saurait être vivement mise en jeu sans que les autres ne soient aussitôt en éveil. Mais la passion dominante est alors une reine despotique qui surexcite les facultés, les sentiments, les instincts favorables à ses désirs, et qui impose silence à ceux qui voudraient en entraver la satisfaction.

Je n’admets pas plus de passion simple que de maladie simple : quand un viscère est profondément altéré, tout l’organisme souffre avec lui; quand une passion est enracinée dans le cœur de l’homme, le moral et le physique sont plus ou moins altérés; dans ces deux cas, l’âme et le corps partagent l’état morbide, parce que, dans nous, tout est un. Les moralistes qui ont distribué les passions en simples et en composées, me paraissent donc avoir établi une division purement arbitraire. Toutes, d’ailleurs, présentent à l'analyse deux , trois, souvent même un plus grand nombre d’éléments moraux appréciables. L’ambition , en effet, n’est qu’un mélange d’orgueil, d'opiniâtreté et de folle espérance; sans parler du besoin des sens, 1 amour se compose souvent d’autant de vanité, d’égoïsme et d’imagination que d'affection réelle; la jalousie et l’envie, tristes appréciatrices de leur propre fai-

(11 Avant eu à soigner un grand nombre d’individus adonnés à l’abus des boissons alcooliques ou de l’opium, j’ai presque constamment observé l’influence de la n'ériodicilé sur leur funeste penchant : les uns ne s’enivraient que le dimanche, d’autres le lundi, plusieurs toutes les quinzaines pendant trois jours de suite; quelques autres enfin tous les mois : cette dernière remarque m a etc fournie par des femmes dont la plupart avaient passé l’âge de retour.

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