‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 22 sur 128 · ET TERMINAISON DES PASSIONS · texte numérisé non relu

ET TERMINAISON DES PASSIONS

blesse , ne sont qu'un composé de crainte , de haine et de douleur ; l’avarice , enfin, si mal comprise par La Bruyère et Rousseau (1), est-elle autre chose qu’un assemblage de froid égoïsme et de circonspection poussée à l’excès chez des êtres ordinairement affaiblis par l’âge ou les infirmités? Du reste, ces diverses complications, étudiées dans les deux sexes , présentent des différences notables sur lesquelles j’insisterai lorsque je traiterai de chaque passion en particulier.

Si f orgueil et la vanité accompagnent l’homme depuis le berceau jusqu’à la tombe, il est des passions qui cessent généralement à certaines époques de la vie, et font place à d’autres qui surgissent non moins tyranniques. Ainsi , la gourmandise et la paresse , si naturelles à l’enfance, sont d’ordinaire remplacées, chez le jeune homme, par la prodigalité et les transports de 1 amour. Quelques années plus tard , l’amour lui-même cède son règne à l’ambition ; l’ambition , à son tour, disparaît chez le vieillard; puis arrive 1 avarice , qui ne finit qu’avec lui. Telles sont les terminaisons , ou plutôt les transformations successives que subissent les principales passions observées dans le cercle de la vie humaine.

Nos passions, abandonnées à elles-mêmes , se terminent donc rarement par une véritable guérison : l’homme n’en est presque jamais exempt; il ne lait qu en changer ; le plus souvent même il ne quitte un excès que pour tomber dans l’excès opposé, et laisse de côté la vertu, qui les sépare : le poltron devient téméraire, les prodigues deviennent avares, les amants finissent par se détester ; tant il est vrai que les extrêmes se touchent !

Quant au pronostic que 1 on peut porter sur la terminaison plus ou moins funeste des passions, une expérience de tous les jours nous démontre que les maladies, la folie, une mort prématurée, l’opprobre, la misère, les crimes , les châtiments des hommes , précurseurs ordinaires de la justice divine , sont la triste perspective des imprudents qui ne s’attachent pas de

bonne heure à restreindre leurs besoins et à modérer la violence de leurs désirs.

Cet effrayant pronostic, que l’on peut porter sur les individus livres à la fougue de leurs passions, s’applique aussi aux nations, ces grandes familles ayant chacune, à leur origine, les mêmes croyances , les mêmes intérêts , les memes mœurs. Dès que les liens qui faisaient leur force sont brisés, dès que chaque individu , érigeant en loi ses propres doctrines, se fait une religion de l’égoïsme , de l’intempérance, du luxe et de la cupidité, on peut infailliblement annoncer leur dissolution prochaine ou leur retour à la 'barbarie; à moins que la Providence, toujours bonne, lors même qu’elle châtie, envoie quelque fléau destructeur qui les force à se retremper dans des sentiments purs et généreux.

(1) Voyez ci-après, l'article Avarice.

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