CHAPITRE XI
Des Passions et de la Folie dans leurs rapports entre elles et avec la Culpabilité.
Tournez les yeux sur vous-même, et gardez-vous de juger les actions des antres. En jugeant les autres , l’homme se fatigue vainement ; il se trompe le plus souvent, et commet beaucoup de fautes; mais en s’examinant et se jugeant lui-même, il travaille toujours avec fruit.
L’ Imitation.
La science psychologique ne saurait parvenir à donner une définition exacte de la folie. Dans celte impuissance, des esprits supérieurs ont du moins cherché à classer les nombreuses formes quelle revêt, mais ils n’ont guère été plus heureux dans leurs efforts. Le caractère triste ou gai , doux ou violent de celle affection ; sa marche, tantôt aiguë, tantôt chronique; sa durée instantanée, longue ou persistante; ses retours périodiques ou irréguliers; les dégradations instinctives, affectives et intellectuelles quelle présente, depuis la simple distraction jusqu’à Y abrutissement complet, où il n’y a plus signe de perception , tout s’oppose à l’étreinte d’un cadre nosologique et à la déconverte d’une mesure , d’un critérium précisant le point où finit la raison , et où la folie commence.
Les anciens distinguaient la folie en manie et en mélancolie ; ils entendaient par manie un délire général, et par mélancolie un délire partiel.
Substituant l’expression générique d'aliénation mentale à celle de folie, Pinel admit quatre espèces d’aberrations essentielles de l’entendement, savoir : 1° la manie, qu’il définit un délire général, avec agitation, irascibilité, penchant à la fureur; 2“ la mélancolie, délire exclusif , avec abattement, morosité, penchant au désespoir; 3" la démence, débilité particulière des actes de l’entendement cl de la volonté ; 4° 1 idiotisme , sorte de stupidité plus ou moins prononcée.
Spurzheim reconnaissait aussi quatre formes de folie : Yidiotismc , la démente, Y aliénation et 1 irrésistibilité.
Esquirol admettait encore quatre grandes divisions : la manie, délire
DES PASSIONS ET DE LA FOLIE
général, et la monomanie (1), délire partiel; il réservait le nom d 'idiotie k l’oblitération congéniale de l’intelligence, et celui de démence à son oblitération accidentelle.
HofTbauer ne divisa l’aliénation mentale qu’en deux grandes classes:' l’une, sous l’expression générale d 'imbécilité, consiste, selon lui , en un défaut de développement des facultés ; l’autre, qu’il appelle folie, aurait pour cause une lésion survenue après leur entier développement. À cette division, qui n’est pas rigoureusement juste , Marc préfère les distinctions établies par Pinel et son digne successeur Esquirol , comme s’accordant mieux avec la réalité , et étant le plus généralement adoptées en France.
On doit à M. Scipion Pinel le tableau suivant , qui forme une échelle ascendante de la folie aussi bien qu’une échelle descendante de la raison.
(U S’appuyant sur l’analyse môme des observations des monomanies rapportées par les auteurs et sur l’examen attentif des malades dits monomanes, M- Falrel prétend qu’il n’existe pas de monomanie proprement dite, c’est-à-dire de délire sur un seul sujet ou borné à une seule série d’idées. Quoi qu’il en soit de celte opinion, qui, si elle était juste, ne serait pas sans influence sur la médecine légale, Marc reconnaît l’existence, généralement admise, de la monomanie , et en distingue plusieurs variétés : 1» la monomanie d’orgueil , d’ambition et des richesses ; 2» la monomanie hvpocbondriaque ; 5» la monomanie homicide ; 4» la monomanie suicide; 5" l 'érotomanie ou monomanie érotique, et Vaidoiomauic ou fureur génitale ; G° la monomanie religieuse et la démonomanie ; 7° la kleptomanie ou monomanie du vol; 8° la pyromanie on monomanie incendiaire: 9« enfin , la monomanie transmise par imitation. --Dès 1770, les monomaniaques trouvaient grâce devant les tribunaux allemands, tandis que beaucoup plus tard ils étaient condamnés parles tribunaux français. 11 règne encore chez quelquesunsdenos vieux magistrats un esprit religieux mal entendu, qui a singulièrement milite contre la réalité de la monomanie et des propensions irrésistibles qui accompagnent. L’un d’eux allait jusqu'à dire à Marc : « Si la monomanie est une maladie , il faut, lorsqu’elle porte à des crimes capitaux, la guérir en place de Grève. » *
L auteur de V Essai sur la Théologie morale, le docteur Debreyne, pense que u 1 opinion d’un délire subit, d’une éclipse soudaine de la raison au moment de acte, est plus morale que l’hypothèse des médecins légistes, qui prétendent que la monomanie homicide, suicide, incendiaire, etc., peut conduire à la consommation de l’acte sans délire ou trouble intellectuel. « Le P. Debrevne croit aussi que le trouble subit et momentané de la raison est l’eflet d’un penchant malheureux qu on n’a pas suffisamment combattu, ou de la négligence qu’on a ‘S ,evlte.r les occasions propres à le développer. Je partagerais l’opinion du savant trappiste, si, au beu de nier d’une manière absolue l’irrésistibilité du pen-
Hnniefnnn^^°lnT0n,-queS’ i! se fùt borné à dire <luc la Impart des monoman es pourraient être victorieusement combattues, si on les attaquait d’une manière convenable dès leur apparition. q 1
DES PASSIONS ET DE LA POLIE
TABLEAU analytique des infirmités intellectuelles.