NOTIONS PRÉLIMINAIRES. IX
renversé, et les traces des fondations, et l'idée du premier dessin, et les marques de l’architecte. »
Cette pensée de Bossuet m’a servi plus d'une fois de guide dans mes recherches , en m’expliquant toutes les contradictions qui régnent en nous et hors de nous; car je ne me suis pas borné à étudier 1 homme dans sa nature; je l’ai aussi considéré dans son origine, dans ses rapports et dans son avenir.
J’admets d abord en principe qu’il est composé d'un corps et dune âme, unis de telle sorte que de leur réaction réciproque et harmonique dépend le parfait accomplissement de ses destinées. Comment s opère cette union de la matière et de l’esprit? Mystère aussi impénétrable que les grandes lois de la naure : le suprême Architecte s’en est réservé le secret! Toutefois, nous ^ sommes forcés d'avouer que lame est l’agent invisible dont notre corps révèle l'existence, comme Dieu est le créateur invisible dont 1 univers publie la force, l’intelligence et l’amour.
Considéré sous le triple point de vue de l'hygiène , de la morale et de la religion, l'homme a des besoins à satisfaire et des devoirs à remplir; aussi a-t-il reçu en partage la sensibilité, l'intelligence et la liberté, facultés précieuses qui l'avertissent de ses besoins, lui en montrent l'importance, et le font recourir aux moyens qui doivent les contenir ou les satisfaire. Le savant auteur de la Législation primitive me parait beaucoup trop Huiler 1 homme, en le définissant « une intelligence servie par des organes. » Peintre sublime, mais infidèle, il s’est complu à représenter 1 homme tel qu'il devrait être, et non tel qu'il est : 1 histoire de tous les temps ne nous montre, en effet, l’intelligence que comme une reine détrônée, et devenue l'esclave des sens, qu elle était appelée à gouverner en souveraine.
Pour tous les moralistes de bonne foi, l'homme est une intelligence unie à des organes, un animal doué de la raison. Pour le philosophe chrétien, cest une intelligence déchue , luttant contre des organes. Cette lutte presque continuelle entre les besoins et les devoirs, entre les organes et l’intelligence, ou, si on l'aime mieux, entre la chair et l'esprit; cette lutte est toute la vie de 1 homme, que 1 Ecriture appelle avec tant de raison un combat : Mililia est vita hominis super terrain ; magnifique pensée, rendue pai un vers d autant plus heureux, qu'il nous montre en même
x NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
temps la lutte glorieuse de l'homme contre ses passions , et le prix réservé à ses généreux efforts :
La vie est un combat dont la palme est aux cieux.
(C. Delavigne.)
Ce combat, devenu encore plus dangereux par les progrès mêmes de la civilisation, exige une continuelle vigilance, si nous ne voulons pas nous laisser entraîner par les passions, ces perüdes et redoutables ennemies de notre repos. Mais, pour leur résister avec avantage, il ne suffit pas de se bien fortifier sui un point, il faut se fortifier de tous les côtés, il faut être armé de toutes pièces. Cette armure, une éducation complète (et elle ne saurait l'être que par le christianisme) pourra seule la donner à l’humanité par la culture simultanée des facultés physiques, morales et intellectuelles des enfants. En veillant donc avec plus de soin sui l'éducation; en ne permettant pas de développer imprudemment une ou deux des facultés de l’élève au détriment des autres; en s’attachant, au contraire, à développer, à diriger, à satisfaire convenablement tous ses besoins, les gouvernements finiraient par rendre les hommes plus forts et plus intelligents, parce qu’ils seraient meilleurs; et en même temps meilleurs, parce qu ils seraient plus intelligents et plus lorts.
LA