‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 3 sur 128 · SUU LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

SUU LA DEUXIÈME ÉDITION

Deux hommes entre lesquels il existait une grande divergence de principes, Mgr. de Quélen et le docteur Broussais, s'accordaient à penser que la Médecine des Passions deviendrait un jour le complément indispensable des études médicales, législatives et théologiques. Cette prévision favorable, réalisée en moins de deux années, n'a été regardée par moi que comme une marque d'indulgence et un encouragement à mieux faire.

Aussi, pour cette nouvelle édition, le style a été revu avec soin ; et la statistique , dans ses rapports avec les mœurs , mise au courant des documents olficiels publiés jusqu'ici. On trouvera , dans le cours de l'ouvrage, quelques modifications et un assez grand nombre d'additions, jugées nécessaires par de savants critiques, entre autres le chapitre sur la Récidive dans la Maladie, dans le Crime et dans la Passion. J'ai, en outre, reporté à la fin du volume plusieurs notes nouvelles, beaucoup trop étendues pour trouver place au bas des pages; enfin, j'ai fait suivre la seconde partie d'un Résumé qui montre 1 harmonie de la médecine , de la législation et de la religion; et qui, en même temps , aidera le lecteur à mieux saisir l'ensemble et le but de mon travail.

Connais-toi toi-même ( o-txvTov), disaient les sages de la Grèce; et depuis plus de deux mille ans les moralistes et les médecins ont répété la célèbre inscription du temple de Delphes, sans que la plupart des hommes pensent à acquérir celte connaissance, si intéressante et surtout si nécessaire. Serait-ce pareeque cette étude est entourée de difficultés insurmontables? Alors Pascal, ce sévère moraliste, aurait eu raison de s'écrier : « Quelle chimère est-ce donc que l'homme! quelle nouveauté ! quel chaos! quel sujet de contradiction ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, amas d'incertitudes, gloire et rebut de 1 univers : s il se vante, je 1 abaisse; s il s abaisse, je le vante et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu il est un monstre incompréhensible. » Pour moi, découragé par les paroles de ce puissant génie, j ai voulu plus dune lois briser nui plume, et renoncer à un travail dont le terme, semblable à 1 liorison , me paraissait toujours s’éloigner à mesure que je meiïoiçais d’en approcher davantage. En vain j avais demandé a nos grands peintres de mœurs, à nos meilleurs physiologistes, le mol de cette énigme, en apparence introuvable : aucun deux ne répondait d’une manière satisfaisante aux nombreuses questions qui se pressaient dans mon esprit. Relisant alors les cbefs-dœuvie de l’éloquent évêque de Meaux , dont le regard pénétra si avant dans les secrets de la nature humaine, je m’arrêtai sur ces lignes : Qu’est-ce donc que l'homme? Est-ce un prodige? est-ce un assemblage monstrueux de choses incompatibles? est-ce une énigme inexplicable? Ou bien n'est-ce pas plutôt, si je puis parler de la sorte, un reste de lui-mème, une ombre de ce qu il était dans son origine, un édifice ruiné, qui, dans ses masures renversées, conserve encore quelque chose de la beauté et de la giandeui e sa première forme? Il est tombé en ruines par sa volonté dépravée; le comble s’est abattu sur le fondement : mais qu on remue ccs ruines, on trouvera, dans les restes de cc bâtiment

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