Gourmandise terminée par une mort subite
Jusqu'à l’âge de cinquante ans , M. de L... avait joui d’une tres-bonne santé, qu'il devait autant à sa tempérance qu’à l’activité qu il mettait dans son commerce. Sa fortune étant devenue tout à coup considérable, il se
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rôtira des affaires, et alla vivre paisiblement clans un petit liôlel , dont il 'enait de faire I acquisition. Rien de plus pernicieux que de rompre brusquement d’anciennes habitudes. M. de L... en fit la triste cl stérile expérience. Le voici donc installé dans son hôtel, d’où il ne sortait presque jamais, n’ayant qu’une seule occupation, celle de songer aux grands repas qu’il avait la manie de donner trois ou quatre fois la semaine , et qu’il finit bientôt par donner tous les jours. Sa table , l’une des mieux servies de la capitale, devint dès lors le rendez-vous de tous ses amis, dont le nombre s’ôtait accru avec sa fortune. Notre nouveau Lucullus faisait parfaitement les honneurs de ses somptueux dîners, mais sans en perdre une bouchée, et se gorgeant de tous les mets qui flattaient le plus sa naissante gourmandise. Cet excès de nourriture , joint à un manque complet d’exercice, ne tarda pas à porter ses fruits : M. de L... engraissa tellement, qu’au bout de quinze mois son ventre était devenu effrayant par sa proéminente rotondité, et que scs jambeslui refusaient leur service.Un violent accès dégoutté nu pied gauche vient inutilement l’avertir que depuis longtemps il réparait beaucoup plus qu’il ne perdait : quarante sangsues enlèvent le gonflement avec la douleur, et notre gourmand de manger de plus belle.
Mais bientôt ce gastrolâtre , sourd aux avis de plusieurs médecins , commença à ne plus pouvoir digérer le poids énorme de comestibles dont il surchargeait son estomac. M. de L... éprouva d’abord de violentes gastralgies, puis survint une indigestion complète ; une deuxième fut bientôt suivie d’une troisième; celle-ci de beaucoup d’autres. Enfin , à partir du mois de mars 1826 jusque vers la fin de juillet, sans presque en excepter un jour, ce malheureux, peu d’heures après son dîner, était oblige de se mettre sur un canapé, où il restait toute la nuit à expier dans de longues angoisses les courts instants de jouissance qu’il avait pu goûter. (Je qu’il y avait de plus caractéristique chez lui , c’est que les souffrances de la veille étaient complètement oubliées à la seule odeur du dîner qu’on lui préparait.
Un jour que notre gourmand avait prolongé son repas fort avant dans la soirée, il éprouva des douleurs plus violentes que de coutume, congédia ses convives , demanda sa tasse de thé, et se jeta sur son canapé , pour se livrer au sommeil. Nous ignorons s’il dormit beaucoup ; ce qu’il y a de certain , c’est qu’il ne se réveilla plus.
Autopsie. — A l’ouverture du corps, on trouva dans la cavité abdominale un assez grand épanchement d’un liquide brunâtre, d’une odeur vineuse et nauséabonde; au milieu sc remarquaient quelques aliments non digérés, auxquels l’estomac , perforé , avait livré passage. Les intestins étaient injectés dans presque toute leur étendue , épaissis dans plusieurs points, et considérablement amincis dans d’autres. La poitrine n’offrait rien de remarquable; quant à la tète , elle n’a pas été ouverte.
DE LA GOURMANDISE