I. La paresse et l’échafaud
Parmi les exemples des tristes résultats que peut entraîner la paresse, il en Cet un qui mérite plus particulièrement de fixer l’attention , je veux parler de celui que nous a légué le trop fameux Lacunaire.
Cet homme, qu’on s’est plu à représenter comme un inflexible logicien , qui, se croyant malheureux par la faute de ses semblables , se fit voleur et assassin par système et non par dégradation; cet homme , qui se posa sur le banc des accusés comme sur un piédestal, et qui eut le talent d’exciter les plus étranges sympathies par son charlatanisme, fut bien moins conduit au crime par les raisons qu’il allégua que par son excessive paresse. Chez lui, en effet, ce vice fut porté si loin, qu’il étouffa les plus heureuses dispositions, et qu’il devint la source d'où découlèrent tous ses forfaits. On a dit à tort
(1) On devrait aussi songera établir en France des colonies d’indigents : l’on pourvoirait amplement à leur subsistance par le défrichement de terres incultes, qui deviendraient bientôt d’un rapport considérable. Voyez la Note sur les colonies d’indigents publiée par M. Léopold de Bellaing; voyez aussi le rapport de M. Cochin sur l'extinction de lu mendicité ; Paris , 1820.
(2) Parmi les travaux récents propres à éclairer l’importante queslion du paupérisme, dont le gouvernement s’occupe en ce moment, nous citerons l’excellent ouwage de JI.de Gerando , intitulé : Lie la bienfaisance publique; celui de Al. l'regier : Des Liasses dangereuses de la population dans les grandes villes ; celui que vient de publier M. Bazelaire sous le titre suivant : Des Institutions de bien/ aisance publique et d’instruction primaire à Home; Paris, 1841 , in- 8° (traduit de l’italien). Voyez encore Itiohe ou pauvre , par A. Cherbuliez ; De ta Misere des classes laborieuses en Angleterre et en France , par Eugène Burel; Du Paupérisme anglais, par Madame Mary Meynieu ; De la Misère, de ses causes 7 au ses c/fats ; e/e ses remèdes 7 par (i’Eslerno; Paris, 1842, in-8°: les Comptes •moraux et administratifs du bureau de bienfaisance du XIIe arrondissement , pour les exercices 1853 et 1850, publiés par M. l’administrateur Ralaud, et la , o'fculatre de M. de Kémusal aux préfets du royainc, sur le Paupérisme cl ta Chante legale.
DP. LA PARESSE.
qu’il sc montra des sa jeunesse vif, ardent, hautain et frondeur. Ln homme digne de fui, et plus que personne à portée de le connaître , puisqu’il fut son professeur, tn a assuré, au contraire, qu il avait un naturel assez doux, et que la paresse était le seul trait saillant de son caractère, a 11 la poussait, m’a-t-il dit, jusqu’à ne pas vouloir sc lever la nuit pour satisfaire ses besoins naturels; il dormait complaisamment au milieu de ses ordures, et ce n était qu’à grand’peine, et après plusieurs avertissements, qu’il se décidait, longtemps après la cloche du réveil, à sortir de son lit ou plutôt de son lumier. Les punitions qu’on lui infligeait, le mépris que lui témoignaient ses camarades, rien ne parvint à le corriger, loute espece de soins ou du travail était pour lui un supplice; et c’est uniquement à cette funeste disposition qu’il faut imputer les crimes dont il a eu 1 effronterie de se taiguer devant scs juges. »
Venu à Paris sans moyens d’existence , et trop paresseux pour en chercher dans un travail honnête, Lacenaire se mêla parmi cette tourbe d’ètres sans aveu qui inondent les lieux publics, et qui 1 associèrent à leur coupable industrie. Novice encore , il paya de la prison ses premiers essais ; et , dans ce lieu, qui n’est trop souvent qu’une école de perversité, il trouva des maîtres habiles qui achevèrent de l’initier au crime. Il avait débute par le métier de voleur, il finit par celui d'assassin; puis, quand sa tête, qu il disait avoir livrée comme un enjeu, dut payer tous ses forfaits, le masque dont il s’était orgueilleusement paré tomba tout à coup, et ne laissa voir qu’un lâche qui ne sut pas mourir.