CHAPITRE V
DE LA PARESSE
La pauvreté est compagne de la paresse; l’aisance est le fruit de l’activité.
Provcrb. , x, 4.
Définition et synonymie.
On donnait autrefois le nom de parésie à une paralysie légère, dans laquelle la privation du mouvement ne se trouve pas accompagnée de celle du sentiment. Du mol grec n-apuris , relâchement, affaiblissement, nous ayons formé notre substantif paresse , qui correspond à celui de picjritia des Latins.
La paresse peut être définie : un penchant habituel à rester dans 1 inaction et à s’y complaire. Selon Girard, « la paresse est un vice moindre que la fainéantise ; elle semble prendre sa source dans le tempérament, et la fainéantise, dans le caractère de l’àmc. » D’après le même grammairien , « la paresse s’applique à l’action de l’esprit comme à[celle du corps; la fainéantise ne convient qu’à cette dernière sorte d’action. — Le paresseux craint la peine et la fatigue : il est lent dans ses opérations, et fait traîner l’ouvrage Le fainéant aime b cire désœuvré, il hait l’occupation , et fuit le travail. »
La nonchalance , Y indolence et la fainéantise ne sont , selon moi , que trois espèces du genre Paresse , dont l’habitude constitue le paresseux. Par une disposition souvent involontaire, le nonchalant ne se remue qu’avec mollesse et lenteur; Yindolcnt n’agit qu’avec indifférence, tandis que le fainéant montre un éloignement prononcé pour le travail du corps aussi bien que pour celui de l’esprit; on l’a vu se consoler de sa fin prochaine par la seule idée que bientôt il n’aurait plus rien à faire.
On peut dire d’une manière générale qu’on est nonchalant par défaut de forces, indolent par défaut d'énergie, et fainéant par défaut de forces physiques et morales.
Le désœuvrement , état des gens qui n’ont rien à faire; l 'inaction , étal des gens qui ne font rien, et V oisiveté , abus du loisir, état des gens qui consument le temps dans des frivolités : voilà trois fléaux non moins dangereux pour les sociétés que la paresse elle-même , avec laquelle on les a quelquefois confondus.
“US DE LA PARESSE
« De tous nos défauts, dit La Rochefoucauld , celui dont nous demeurons le plus aisément d’accord (1) , c’cst la paresse : nous nous persuadons qu’elle tient à toutes les vertus paisibles, et que, sans détruire entièrement les autres, elle en suspend seulement les fonctions ; mais , ajoute l’auteur des Maximes morales, si nous considérons attentivement son influence, nous verrons qu'en toute occasion elle se rend maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs : c’est le rémora qui arrête les plus gros vaisseaux; c’est une bonacc plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écueils et les tempêtes. »
De toutes les passions, la paresse est peut-être celle que l’on rencontre le plus fréquemment. On ne saurait donc trop se préserver d’un penchant d’autant plus à craindre, que l’incurie, le repos et les douces rêveries qui l'accompagnent, sont l’une des situations les plus agréables que l’homme puisse rencontrer sur la terre. Il appartenait à la morale d’Épicure de prêcher la volupté de la paresse;le christianisme l’a justement frappée de réprobation, comme l’ennemi de la société, la rouille de l’intelligence, et la source de tous les vices.
fnnses.
La paresse est inhérente à l’enfance , dont les premières années sont et doivent être exclusivement consacrées à la nutrition , au sommeil et au jeu. Elle lient à la jouissance intime de se sentir exister doucement et sans efforts. C’est aussi la raison pour laquelle les vieillards y sont plus enclins que les adultes, dont le corps est beaucoup plus agile et l’esprit plus actif.
De toutes les constitutions, celle qui prédispose le plus à la paresse est sans contredit la constitution lymphatique, que nous avons vue caractériser par l’atonie de tous les systèmes et par un manque plus ou moins complet d'energie. Les personnes d’une obésité excessive , ou bien d’une taille trèsélevée avec des membres grêles, sont beaucoup plus apathiques que les individus petits et trapus.
11 ne me paraît guère possible de dire d’une manière absolue dans quel sexe on rencontre le plus de paresseux : le genre de travail, l’éducation, la position sociale, rendent le résultat variable et l’appréciation par trop difficile. Je suis toutefois porté à croire que chez les pauvres les femmes sont en général plus laborieuses que les hommes, tandis que le contraire a lieu chez les riches. Quant à la classe moyenne de la société , elle m’a semblé présenter sous ce rapport un équilibre parfait.
(1) « Comment! fort, jeune et bien portant comme vous êtes, ne rougissezvous point de ne pas gagner votre vie plus honnêtement, disait un jour Saint- Lambert h un mendiant. — Ah! monsieur, lui répondit naïvement celui-ci, si vous saviez combien je suis paresseux ! »
de la paresse.
Même difficulté se rencontre, s’il s’agit d’apprécier l’influence des professions sur la paresse. Enfin , sans admettre , avec mon spirituel et savant confrère, le docteur Munaret, que le paysan ne connaît et ne commet que six péchés capitaux , j’avouerai que les habitants des villes sont beaucoup plus enclins au septième que les habitants des campagnes, chez lesquels le grand air rend le corps plus robuste , en même temps que l’habitude fait du travail un plaisir.
L’extrême froid et l’extrême chaleur nous plongent également dans un état d’engourdissement et de torpeur, qui peut enrayer les rouages de l'organisation, et finir par amener la mort.
Sans être situées sous l’équateur ou au voisinage des pôles , bien des contrées ont une température qui favorise évidemment la nonchalance, l’indolence ou la fainéantise : la mollesse des Orientaux , l’inactivité des créoles, et le sacrosanlo far niente des Italiens, sont passés en proverbe.
Une autre cause atmosphérique qui produit et entretient la paresse est l'habitation des pays marécageux, surtout quand elle se trouve jointe à une nourriture peu réparatrice.
Si un sommeil trop prolongé nous engourdit, un sommeil trop court nous jette aussi dans un état de nonchalance qui nous rend impropres à toute espèce de travail, jusqu’à ce qu’un repos suffisant soit venu nous redonner notre activité habituelle.
Tout le monde sait qu’un grand nombre de maladies débutent par un malaise général , accompagné de bâillements, de pandiculations, et d’une lassitude qui ne permet pas de se livrer au moindre exercice. Les temps d’orage, la constitution médicale typhoïde, et certaines maladies chroniques, produisent le même effet. A l’époque de la puberté , les jeunes gens des deux sexes montrent aussi , pour la plupart , une tristesse et une apathie qui ne doivent être attribuées qu’au développement qui se fait en eux.
Parmi les causes nombreuses de la paresse, je signalerai encore l’influence des gouvernements despotiques , du fatalisme et de l’esclavage , l’absence de civilisation , l’onanisme, la fréquentation d’individus oisifs , fainéants ou débauchés, et, par-dessus tout, le manque de religion, laquelle, sous peine de mort spirituelle, fait à l’homme une loi du travail , en lui apprenant que la vie n’est point un port , mais un passage , un exil , et qu’il est la seule créature visiblement condamnée à manger son pain à la sueur de son front.
Caractère du Carcsseux. — Effets et terminaison de la Caresse.
Comme les animaux tardigrades (1) qui portent son nom , le paresseux
(1) Les tardigrades, ainsi appelés à cause de la lenteur de leur marche, forment un genre de mammifères désigné pour la même raison sous le nom de paresseux.
DE LA PARESSE
se décèle par son air morne , son regard pesant , sa démarche nonchalante, et la lenteur habituelle de ses moindres mouvements; il sue d’être en repos. Le seul instant de la journée où l’on surprenne en lui quelque agilité, c’est lorsqu’il s’agit de se mettre an lit : alors véritablement il se hâte ; en un clin d’œil il est déshabillé , couché, endormi. Son sommeil , du reste, est long et profond (1 ) , son réveil lent et difficile, sa toilette interminable , et pourtant dans un désordre qu’accompagne presque toujours un certain vernis de malpropreté. De tous les humains , c’est sans contredit celui qui savoure le mieux la perte du temps , et qui possède le moyen le plus certain de ruiner sa famiile ou de la laisser dans la misère. C’est aussi un être énervé de corps et d’esprit , en général gourmand , joueur , débauché , égoïste , irrésolu , sans ordre , sans exactitude , sans parole , et aussi ennuyé qu’ennuyeux. En quelque genre qne ce soit, vous ne le verrez guère qu’un homme nul , ou , tout au plus, médiocre, parce que , peu soucieux du pré sent, et remettant tout au lendemain , il reste constamment avec l’envie de faire quelque chose.
L’obésité, qne nous avons vue prédisposer à la paresse, est aussi l’une de ces conséquences le plus fréquemment observées. Viennent ensuite une gêne excessive de la respiration , l’engorgement des viscères abdominaux , un assoupissement continuel, l’hébétude, l’bydropsie , et l’apoplexie souvent foudroyante. Voilà pour le paresseux , dont la vie est en outre beaucoup plus courte qne celle des hommes actifs et laborieux. Quant à la société , elle n’a non plus rien de bon à attendre de lui : c’est un frelon dans une ruche. Citoyen inutile et souvent à charge,- il mourrait , comme il a vécu, sans qu'on s’aperçût de son passage sur la terre , si ses vices ou l’extrême besoin ne lui donnaient parfois l’énergie et la triste célébrité du crime. Le jeu , le vol , le meurtre , qu’il préfère au travail , ne le conduisent en effet que trop souvent de la prison au bagne, et du bagne à l’échafaud.
Sur 7G. 613 accusés , jugés contradictoirement par les cours d’assises du royaume , dans l’espace de dix années, les Comptes rendus de la justice criminelle signalent 11,367 individus vivant dans l'oisiveté, savoir :
(t) Deux autres traits caractéristiques des paresseux, c’est qu’ils n’aiment ni les horloges , qui leur reprochent le temps perdu , ni le bruit des cloches, qui les éveille. Alibcrl en a connu un dont l’ami le plus intime était parvenu à un rang très-éminent. « J’espère , lui dit ce dernier, que , pendant que je suis en place, vous profiterez de mon crédit , et que vous me ferez connaître vos désirs ; je les seconderai de mon mieux. » Le paresseux demande quelques jours pour réfléchir. Au bout de ce temps, il prit un nouveau délai. Enfin , un soir que son puissant protecteur le pressait de s’expliquer : « Je voudrais, répondit-il, que vous pussiez obtenir «lu roi qu’on supprimât ces cloches importunes qui sont si près de ma demeure, et qui m’empêchent de sommeiller. »
DE LA PARESSE
En 1832
Total
Ainsi , pendant une période de dix années, l’oisiveté a poussé au crime environ le sixième du nombre total des accusés. C’est un résultat qui mérite de fixer toute l’attention des législateurs.
Voici maintenant le relevé officiel des vagabonds (1) et des mendiants arrêtés en France pendant dix-sept années.
TABLEAU des individus arrêtés en France pour vagabondage et
mendicité.
Vagabonds.
Mendiants.
A reporter . .
(I) La loi entend par vagabonds ou gens sans aveu ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier, ni profession. « Le vagabond , selon M. Frégier, est la personnification de toutes les classes de malfaiteurs. Dans son acception la plus restreinte, il représente ces hommes qui , couverts des haillons de la misère , vivent dans une continuelle oisiveté, dépourvus de prévoyance autant que d’énergie, et plongés dans une espèce de torpeur qui leur ôte jusqu’à l’ombre du caractère viril. — Les jeunes vagabonds, c’est-à-dire les enfants de 7 à 16 ans qui mènent une vie errante et paresseuse , forment entre eux une espèce de corps dont les membres doivent se soutenir mutuellement pour échapper aux recherches des parents et des maîtres d’apprentissage. Les moins pervertis ou les plus timides mendient; les autres commettent de petits vols; tous s’adonnent au jeu avcc’passion. Ennemis de tout travail utile et sérieux, ils ne se lassent pas de courir et de jouer ; ils sillonnent Paris dans tous les sens; tout ce qui frappe leur curiosité les attire : le bruit , le tumulte , la sédition. »
DE I.A PARESSE
Report. . .
Vagabonds.
Mendiants.
En 17 années
Dans un Mémoire , couronné en 1822 par l’Academie de Châlons sur- Marne, sur Y Emploi des loisirs du soldat en temps de paix , un de nos grands chirurgiens militaires reconnaît que la faiblesse et l’amollissement produits par l’oisiveté et un trop long repos rendent presque toujours les troupes turbulentes et séditieuses. « En temps de paix , dit M. Bégin, l’oisiveté est le fléau le plus destructeur des armées. Le corps des soldats s’énerve trop souvent au sein des garnisons; leur courage s’amollit; ils deviennent moins capables de supporter les fatigues de la guerre. C’est dans l’oisiveté que les soldats contractent les habitudes les plus funestes ; abandonnés à la licence, leur santé se détruit ; ne pouvant se livrer ensuite à des travaux qui leur sont devenus étrangers, s’étant créé une foule de besoins nouveaux , on les voit trop souvent méconnaître et braver les lois de la discipline, et, pour satisfaire leurs fantaisies, ne respecter ni les propriétés, ni les personnes. Telles étaient ces troupes mercenaires avides d’argent et de pillage, qui ravagèrent l'Italie du treizième au seizième siècle , et vendirent tour à tour, aux princes de celle malheureuse contrée, des secours toujours onéreux, et souvent inutiles. Telles étaient aussi ces bandes que les guerres intestines avaient fait naître dans notre belle France , et que Duguesclin se chargea de conduire en Espagne. L’oisiveté, que les plus grands capitaines ont, dans tous les temps, considérée avec effroi , est d’autant plus dangereuse qu’elle s’empare de réunions d’hommes plus considérables. Il est d’observation que les militaires dont la vie, passée dans les camps, a toujours été occupée, sont, en général , lorsqu’ils rentrent dans leurs foyers, de meilleurs citoyens, des ouvriers plus actifs, plus laborieux , que ceux qui , constamment aux dépôts, se sont longtemps livrés aux désordres presque inséparables de l’oisiveté. Le travail est donc indispensable aux militaires; lui seul est profitable à eux-mêmes, à l’armée et à l’Etat, »
DE LA PAItESSE.
L’instruclion religieuse , l’instruclion élémentaire (1) , la gymnastique , le chant , enfin quelques travaux d’utilité publique, tels sont les moyens que M. Bégin proclame avec raison , comme les plus propres à rendre les loisirs du soldai utiles à lui-même et au pays , dont il serait à la fois l’ornement et la gloire.
Traitement.
Le traitement de la paresse doit nécessairement varier avec les causes nombreuses qui la produisent ou qui 1 entretiennent.
La paresse consiste-t-elle en une simple nonchalance due à un étal morbide accidentel , elle ne tardera pas à disparaître avec le retour des forces , que l'on pourra même augmenter par un régime convenable.
Dépend-elle d’une constitution lymphatique très-prononcée, on s'efforcera de modifier l’organisme par tous les stimulants propres a amener une constitution diamétralement opposée. Ainsi , on veillerg a ce que le sommeil soit de courte durée ; on défendra 1 usage habituel des légumes , des fruits et du laitage. L’on prescrira, au contraire, une alimentation légèrement aromatique , composée principalement de viandes rôties , auxquelles on joindra un peu de vin généreux. Des tisanes amères , le café ainsi que l’usage de la pipe, pourront aussi être conseillés avec avantage. L habitation d’un pays sec et montagneux , des exercices champêtres augmentés progressivement, et faits en compagnie d’hommes actifs , des voyages à pied , la chasse (2) , la musique militaire , la danse , la natation, les bains de mer, la gymnastique, des frictions , telle est la série des moyens hygiéniques les plus propres à procurer ou corps , et , par suite, à l’esprit, le degréd énergie nécessaire pour se livrer au travail.
À la privation de nourriture, aux coups et aux autres punitions que l'on inflige indistinctement aux écoliers ou aux jeunes ouvriers paresseux , je voudrais voir substituer des moyens plus rationnels, plus doux, et souvent plus efficaces. Par exemple, avant de sévir contre un enfant qui montre du dégoût pour le travail, assurez-vous au moins si ce que vous exigez de lui n'est pas au-dessus de son intelligence ou de ses forces. Attachez vous ensuite à lui rendre le travail attrayant : pour cela , stimulez adroitement sa cuti) En 1841 , le nombre des militaires français qui ont profité de l’enseignement régimentaire était de 74,006, dont 50,510 ont suivi les cours du premier degré, et 17,496 ceux du second. Il n’est pas question ici de l’enseignement religieux , les régiments, depuis 1850, étant privés , faute d’aumôniers, de toute instruction morale et chrétienne.
(2) On a remarqué que les chasseurs étaient en général des individus courageux et actifs, tandis que les amateurs de pêche à la ligne comptaient dans leurs rangs un grand nombre d’hommes mous cl paresseux. Voyez, it la fin du volume, la note L , sur la Chasse et la Pêche.
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riositc, son amour-propre, son inlérêl, son affection pour ses parents; présentez-lui chaque nouvel objet d’étude moins comme un devoir que comme une récompense. Que le travail surtout soit d’autant plus varié que les enfants sont plus jeunes; qu’il soit suffisamment coupé par les heures de repas et de récréation. Ce n’est qu’après avoir essayé infructueusement tous ces remèdes, que vous serez en droit de recourir à des voies de rigueur proportionnées au mauvais vouloir de vos élèves.
Lorsque la paresse ne tient chez les jeunes gens qu’à l’habitude de l’inaction ou à l’influence du mauvais exemple, on arrive à la guérir en leur faisant fréquenter des individus vifs et laborieux, en leur montrant des fainéants réduits à la misère , et, par opposition , de bons travailleurs parvenus à se créer une position honorable. Si tout cela ne suffit pas , on devra réduire le paresseux à ne trouver de moyens d’existence que dans son labeur. Du reste , on voit tous les jours des jeunes gens inactifs ou désœuvrés, devant qui les parents avaient imprudemment fait l’énumération de leurs richesses , embrasser avec courage une profession aussitôt que des revers de fortune sont venus frapper leur famille. J’ai vu une ruine adroitement simulée inspirer l’amour du travail à un excellent jeune homme qui, pendant longtemps, n’avait rien voulu faire, trop convaincu qu’il était del’opulence de ses parents. Enfin, de même que la nécessité , cette mère de l'industrie, la passion de l’amour, venant à éveiller l’ambition , a plus d’une fois donné de l’activité à des êtres nonchalants qui croupissaient dans la plus honteuse inaction.
Quant à la classe nombreuse des fainéants , des vagabonds et des mendiants valides, les gouvernements ne sauraient prendre des mesures répressives trop promptes pour en débarrasser la société , dont elle est l’une des plus grandes plaies. « Du moment, dit M. Frégier, que le pauvre livré à de mauvaises passions cesse de travailler , il se pose comme ennemi de la société, parce qu’il en méconnaît la loi suprême , qui est le travail. »
Il y a longtemps que l’ordre social réclame tout à la fois une assistance plus efficace et mieux administrée de l’indigence, ainsi que l’extinction des abus de la mendicité. Jusqu’à présent celle importante question, celte question vitale pour les gouvernements, ne paraît pas avoir été sérieusement méditée. On s’est contenté de quelques essais mesquins , on a pris des mesures partielles, faibles, souvent inhumaines : qu’en est-il résulté? Les nombreuses charités, les vœux des honnêtes gens sont restés stériles , et les lois répressives du vagabondage et de la fainéantise ne peuvent être exécutées que d’une manière incomplète.
Pour ce qui regarde la France , tant que les communes seront dépourvues de ressources financières suffisantes pour subvenir aux charges que leur impose l’article relatif au domicile de secours , tant qu’elles ne pourront pas ouvrir d’ateliers de charité, qui empêchent l’indigent de tomber dans
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la dégradation du mendiant; enfin, tant que nous n'aurons pas de vastes maisons de refuge, et une colonie spéciale pour y envoyer les mendiants valides en récidive (1) , le décret encore en vigueur du 24 vendémiaire an II ne pourra recevoir qu’une très-faible partie de son exécution.
En attendant, les particuliers charitables et les administrations de bienfaisance doivent rivaliser de zèle et d'efforts pour soulager les vrais pauvres: je dis les vrais pauvres; car, si la religion chrétienne nous prescrit d'aider nos frères malheureux, elle exige aussi que nos aumônes soient faites avec discernement , afin que les secours dus à l’indigence n’aillent pas entretenir la paresse et favoriser le vagabondage (2).
Exemples et observations.