‹ La médecine des passions, ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies, les lois et la religionChapitre 71 sur 128 · GG · texte numérisé non relu

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En 24 années 850,339 815,666 1,666,005

Pendant cette période de vingt-quatre ans, la totalité des enfants ncs en France s’est élevée à 11,962,81 1 garçons, et 11,252,522 filles.

Le rapport du premier nombre au second est à peu près celui de 17 à 16, c’est-à-dire que les naissances des garçons ont excédé d’un seizième celles des filles.

Les naissances des enfants naturels des deux sexes paraissent secarter du rapport de 17 à 16. Depuis 1817 jusqu’à 1840, ces naissances, dans toute la France, ont été de 850,339 garçons et 815,666 filles; le rapport du premier nombre au second diffère peu de celui de 24 à 23, ce qui semblerait indiquer que, dans celte classe d’enfants , les naissances des filles se rapprochent plus de celles des garçons que dans le cas de mariage.

Voici d’autres résultats statistiques, extraits des Comptes généraux de la

DU LIBERTINAGE

justice criminelle en France, qui prouveront d’une manière irrécusable 1 influence du libertinage sur la criminalité.

Sur 8,2~6 femmes accusées de crimes depuis 1835 jusques et compris 1841 , on a constaté que 24 sur 100 de ces malheureuses avaient eu des enfants naturels, ou avaient vécu en concubinage avant leur mise en jugement devant les cours d’assises. E,n faisant entrer dans ce calcul les filles qui ont été poussées à l’infanticide par une première faute , on trouve que près du tiers des femmes accusées avaient enfreint les lois de la pudeur antérieurement aux poursuites judiciaires dont elles ont été l’objet.

De 1836-1840 , sur 39,424 accuses, 911 étaient enfants naturels.

En 1841 , sur 7,432 accusés , on a constaté que 176 étaient enfants naturels , et que 376 vivaient dans le concubinage, ou qu’ils étaient d’une immoralité notoire.

Quant aux célibataires , leur nombre proportionnel s’est maintenu pendant l’espace de treize années (1829 à 1841), entre 55 et 60 sur 100 accusés.

Je terminerai ces documents relatifs à l’influence du libertinage sur la criminalité , par quelques recherches statistiques faites récemment à la prison de Sainte-Pélagie. Pendant trois trimestres de suite, il a été constaté que , sur 100 individus enfermés dans cet établissement pour délits correctionnels, 79 vivaient en concubinage. On a aussi trouvé que, sur 100 commis de magasin emprisonnés pour abus de confiance , vol , escroquerie, etc., 75 devaient leur condamnation aux dépenses occasionnées par les femmes avec lesquelles ils vivaient dans le désordre.

Traitement.

Le traitement préservatif du libertinage consisterait presque uniquement dans la soustraction possible des causes physiques et morales que nous avons vues en favoriser le développement.

Pour prévenir l’habitude de la masturbation , qui conduit plus tard aux autres écarts de la débauche, les parenls'et les maîtres doivent exercer de bonne heure sur les enfants une surveillance continuelle , mais inaperçue. Cette surveillance se portera principalement sur ceux qui , pendant les récréations , s’isolent de leurs camarades, et recherchent les lieux solitaires.

Quelques signes caractéristiques ont-ils fait changer les soupçons en certitude, on en préviendra le médecin , qui, examinant les malades avec intérêt, leur fera connaître la cause de l’altération survenue dans leur santé, et frappera leur imagination par la crainte des accidents les plus graves, dune opération douloureuse, de la mort même s’ils ne renoncent à leur penchant funeste. Après ces avcrtisscmcnls donnés d’un ton sévère, l’homme de 1 art prescrira les moyens hygiéniques et thérapeutiques dont l’expérience a constaté l’efficacité. Il défendra, avant tout, l’usage du vin pur , du café

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et des liqueurs, le coucher sur le dos, la lecture des romans ainsi que ia fréquentation des bals et des spectacles. Puis il conseillera des distractions douces et agréables , l’occupation continuelle de l’esprit , une alimentation légère et rafraîchissante, un lit dur , composé seulement d’un sommier ou d’une paillasse de maïs , des émulsions , du petit-lait , des bains de siège froids, matin et soir , des voyages à pied , la natation et d’autres exercices gymnastiques portés jusqu’à la fatigue, surtout avant le coucher. Ces derniers moyens, en développant le système musculaire, contribueront, d’une part, à affaiblir la passion , et , de l’autre, à diminuer l’irritation du système nerveux , siège de la plupart des maladies qu’amènent l’onanisme et les autres formes de libertinage. Il est superflu de dire qu’il faudra alors redoubler de vigilance , et surprendre les enfants au moment où ils s’y attendent le moins, par exemple, quand ils sont au lit, au bain , aux latrines, et surtout lorsqu’au milieu de leur travail, ils restent l'œil hagard , dans une immobilité presque convulsive. Dans les établissements publics, il est indispensable que les dortoirs soient éclairés pendant la nuit , que les lits soient suffisamment écartés, et qu’un veilleur se promène constamment , comme cela se pratique dans quelques collèges et dans la maison modèle de Saint- Nicolas, dirigée par M. de Bervenger.

Si la surveillance , les conseils et le régime ne parviennent pas à guérir les masturbateurs, si l’on a affaire à des enfants ou à des aliénés, il faut avoir recours aux ingénieux bandages de Lafont et de \ alérius , qui mettent les individus dans l’impossibilité d’abuser d eux-mêmes. Quand les parents sont hors d’état de se procurer ces moyens de contrainte, malheureusement encore trop dispendieux , j’emploie avec succès une forte camisole de coutil, dont les manches réunies ne laissent pas d’issue aux mains, et sont d'ailleurs retenues à une hauteur convenable par un mouchoir noué derrière le cou. Je conseille en même temps l’application d’une éponge imbibée d oxycrat , et un verre d’émulsion ou d’orgeat, matin et soir.

Souvent la passion , plus forte ou plus rusée , parvient à échapper aux entraves qu’on lui oppose; mais-, contrairement à l’opinion générale , j’ai vu un assez grand nombre d’enfants et d adultes des deux sexes tout a fait corrigés à 1 aide de ce traitement continué pendant une année entière. II faut dire que presque tous étaient en même temps dirigés par d’habiles confesseurs, qui , saisissant les plus petites interruptions pour encourager leurs pénitents , redoublaient de conseils affectueux après choque rechute , et se montraient aussi patients à attendre la guérison que l’habitude est longue à céder.

On ne saurait du reste trop prévenir les jeunes ecclésiastiques que les pensées , les désirs , et meme les actes impudiques , ne dépendent pas toujours de la dépravation de l’esprit ; qu’ils ont souvent lieu malgré les efforts de la volonté , comme cela sc voit dans certaines irritations du cervelet et

DU LJÎIERTINAGE.

de la moelle épinière, ainsi que dans les affections dartreuses ou érysipélateuses des organes sexuels. C’est dans le but de guérir ou de prévenir ces dernières affections, assez communes chez les petites filles, que je conseille aux maîtresses d’ouvroirs de faire travailler debout les enfanis toutes les heures, seulement pendant quatre ou cinq minutes.

Le libertinage est il provoqué par une irritation du cervelet , ce que 1 on reconnaît à la pesanteur et à la chaleur permanentes de la région occipitale , on conseillera de porter les cheveux très-courts, de rester nuit et jour la tète nue, de se servir d’un oreiller de balles d avoine. Si ces moyens sont insuffisants, on pourra prescrire des applications de glace à la nuque et une saignée du pied, bien préférable dans ce cas à celle du bras ou aux sangsues. On évitera surtout chez ces malades de panser les sétons ou les vésicatoires avec de la pommade aux cantharides, qui ne ferait qu augmenter l’éréthisme des organes génitaux.

Des frictions sèches ou narcotiques, pratiquées de chaque côté de la colonne vertébrale, des affusions froides, la saignée générale ou locale, dissiperont aussi les désirs érotiques dépendant d’une irritation de la moelle épinière. Dans les deux cas, il faut, autant que possible, éviter de coucher sur le dos, et dans un lit trop moelleux , attendu que la concentration de la chaleur sur la région dorsale tiendrait les organes sexuels dans un état permanent d’excitation. Cette dernière recommandation s’adresse encore aux personnes qui éprouvent des pollutions nocturnes involontaires , et qui feront bien de ne se mettre au lit que quatre ou cinq heures après leur dernier repas.

On s’attachera à combattre par un traitement antiphlogistique approprié la vaginite érysipélateuse, si commune chez les ouvrières qui sont forcées de rester assises une grande partie de la journée.

Un régime suivi avec exactitude pendant plusieurs mois fera presque toujours disparaître l’infiammation dartreuse qui affecte assez fréquemment les organes sexuels, et qui rend surtout tant de pauvres femmes bien plus malheureuses que coupables. On commencera par appliquer sur chaque bras un vésicatoire ammoniacal qu’on y laissera jusqu’à formation de vésicule, puis on entretiendra la suppuration avec de l’écorce de garou. On donnera en même temps tous les jours un ou deux grands bains frais à l’eau de son ou d'épinards. On prescrira à l’intérieur une tisane de petitlait et de réglisse, dans laquelle on ajoutera parties égales de suc de fumeterre. Des lavements composés de la même manière devront être conseillés de préférence aux injections , qui ne sont pas toujours sans inconvénient, de même que les bains de siège, pour peu qu’ils soient chauds.

Quant au salyriasis et à la nymphomanie, dépendant ou compliqués d'une affection syphilitique , ils exigent l’emploi des antiphlogistiques , associés aux antispasmodiques, et quelquefois aux mcrcuriaux.

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