Besoins sociaux
Le besoin d’effection , principe de la sociabilité et du mariage, constitue véritablement Y amour quand il est joint au besoin générateur; complètement isolé de lui , c’est l’amitié, qui est toute dans l’âme. Son défaut absolu rend l’homme froid , sauvage et égoïste ; son développement excessif en fait le plus malheureux des êtres , par une susceptibilité trop irritable , qui dégénère en jalousie quand elle se trouve jointe à la méfiance.
La ruse et la circonspection sont , malheureusement, utiles à l’bomine ; par elles il se défend contre ses ennemis, se tire des positions les plus difficiles, et se ménage des ressources pour l’avenir. Leur excès d’activité produit la fourberie , la pusillanimité , et la parcimonie, sœur de l’avarice.
L'amour-propre, ou besoin d' approbation , nous rend sensibles à lcloge et au blâme, nous inspire le désir de nous distinguer, et devient ainsi l’un des principaux mobiles de notre conduite sociale. Renfermé dans de justes bornes, il donne naissance à l’émulation , aiguillon des belles âmes, source des grandes choses et des grandes vertus. Son défaut engendre 1 insouciance, la malpropreté et la paresse; son développement excessif produit la vanité et Yambilion avec toutes leurs nuances , depuis la passion de la parure et du luxe, jusqu’à la soif immodérée de la célébrité, des honneurs et des conquêtes.
L’estime de soi est un besoin différent de l’amour-propre, avec lequel on l’a Tort longtemps confondue. Trop grande, elle exagère le sentiment de notre valeur personnelle, et nous rend suffisants, présomptueux, hautains, orgueilleux, toujours prêts à nous admirer et b nous croire capables de tout. Trop faible, elle nous laisse tomber dans la défiance de nous-mêmes, dans le découragement, et ne nous permet pas de nous relever de nos chûtes. On reconnaît son développement normal et harmonique à une conduite habi-
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tucllement remplie de convenance et de dignité : le vrai mérite sait se respecter sans orgueil.
L’homme a besoin de fermeté, et le degré de sa fermeté indique la trempe de son caractère. L’irrésolu, qui ne sait pas ce qu’il veut, l’tnconstant, qui ne veut plus aujourd’hui ce qu’il voulait hier, oui été comparés à la girouette, qui tourne à tout vent. D’un autre côté, la persévérance dans une résolution doit avoir des bornes; dès que l’on s’aperçoit qu’on fait fausse route, il faut savoir revenir sur ses pas : Y opiniâtreté n’est que l’énergie de la sottise (1).
Justice. — C’est à ce besoin conservateur de l'ordre social que se rattache plus particulièrement la conscience, sorte de sens moral, juge intérieur qui nous fait connaître si nos actions sont bonnes ou mauvaises, comme le plaisir et la douleur nous signalent ce qui nous convient ou ce qui nous nuit.
L'esprit de justice, poussé à l’excès, nous rend timorés ou par trop sévères; son absence fait mettre au même niveau le bien et le mal, et contribue surtout à augmenter le nombre des criminels qui portent atteinte aux personnes et aux propriétés, depuis le braconnier jusqu’au conquérant, depuis les simples filous jusqu’aux usurpateurs, ces grands voleurs de couronnes et d’empires.
Bonté. — Il est un sentiment qui nous fait compatir aux malheurs d'autrui, et qui nous porte aussitôt à les soulager : c’est la bonté, puissant auxiliaire de la charité chrétienne , et de la philanthropie ou bienfaisance administrative. Poussée trop loin, elle dégénère en bonhomie , en faiblesse même, et peut nous faire manquer au devoir sacré de la justice. Son absence constitue la sécheresse de cœur, Yégdisme , et la méchanceté, u Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l’homme , dit Bossuet , il y mit premièrement la bonté, comme le propre caractère de la nature divine. »