DE I.'aMBITION
roule difficile de la vie pour arriver à la mort avec plus de bruit, mais avec de plus grandes infortunes que les autres hommes.
Avez-vous à combattre l’ambition chez un individu placé pendant longtemps sur un grand théâtre : mineur adroit, attaquez la place avec les plus glandes précautions. Portez d abord 1 activité de votre malade sur d'autres points, et tâchez de l’y fixer; créez lui insensiblement une habitude d’émotions qui different de scs anciennes. Quand vous aurez opéré cette heureuse diversion , alors , seulement alors , vous pourrez commencer l’attaque avec succès. Si vous vouliez rétrécir trop vile le cercle de ses idées ordinaires , vous compromettriez infailliblement son existence : lainbitieux est comme un coureur de profession , que vous tueriez bientôt si vous le condamniez tout à coup à un repos absolu.
\ ous pouvez enfin être appelé à donner des soins à un homme d’Etat dévoré d ambition , et tout à coup disgracié, sans aucun titre honorifique, sans aucune récompense qui le dédommage de ses services, et qui puisse encore nourrir sa vanité. Ce cas , que le vulgaire appelle une ambition rentrée, est l’un des plus graves que vous puissiez rencontrer : il se termine souvent par une mort subite; d’autres fois, une fièvre consomptive s’empare de ces malheureuses victimes , et les conduit au tombeau par une marche lente, mais douloureuse. Dans cette seconde terminaison , il ne reste guère au médecin moraliste que le rôle de consolateur. Heureux alors celui qui peut se dire: Je suis parvenu à adoucir les derniers jours d’un infortuné ! La religion est un puissant remède que j’ai vu plus d’une fois employer avec succès contre de pareilles blessures.
« Dans le beau climat de la Grèce, dit l’éloquent Alibert, lorsque, autrefois , un infortuné se trouvait en proie à cette passion dévorante, les prêtres d’Esculape lui prescrivaient d'aller visiter les ruines du mont Ossa. Son ardeur se calmait en contemplant les gouffres épouvantables où furent précipités les Titans. 11 écoutait le vain bruit des vagues du Pénée, qui s’élancent avec fracas dans les airs , et viennent mourir au pied des rochers. Il ne tardait pas à se convaincre qu’il faut remplir avec calme sa destinée, et que les jouissances inquiètes de la gloire sont loin de valoir le pur bonheur que goûte le sage dans une parfaite sécurité. »
Je ne puis terminer ce chapitre d’une manière plus instructive qu’en présentant une liste chronologique des principales victimes de l’ambition. Il me semble également qu’à une époque aussi tourmentée que la nôtre par une fièvre continuelle de révolte, et par une soif immodérée du pouvoir, des honneurs cl des richesses , on ne saurait trop rappeler celle maxime d’un sage : « Pour vivre heureux , faisons le bien , mais vivons cachés. »