II. Suicide d’une avare. (21 février
Au n° 281 de la rue Saint-Jacques vivait , depuis plus de cinquante ans , dans une mansarde au cinquième étage , une vieille femme du nom de Tillard. Tout chez elle annonçait une profonde misère ; elle se nourrissait mal , et était encore plus mal vêtue. Pour éviter les dépenses que, disait-elle , sa position ne lui permettait pas de faire , elle allait se chauffer chez ses voisins, qui, par un sentiment de commisération , 1 accueillaient a leur foyer, surmontant, par égard pour ses quatre-vingt-huit ans , le dégoût que leur inspiraient les haillons dont elle était couverte.
La femme Tillard était très-méfiante : jamais elle ne recevait personne chez elle ; elle donnait ses audiences aux visiteurs sur le carré de son logement, après les avoir fait longtemps attendre ; car elle ne pouvait sortir de son réduit avant d’avoir ouvert trois serrures, et tiré les deux verroux qui garnissaient sa porte à l’intérieur.
Depuis dix jours, cette femme n’ayant pas été vue dans la maison comme à l’ordinaire, les voisins en informèrent M. Gourlet, commissaire de police du quartier de l’Observatoire , qui aussitôt se transporta avec moi sur les lieux. La porte à peine ouverte, nous aperçûmes le cadavre de cette malheureuse, qui s’était asphyxiée volontairement. Déjà Ion avait jeté dans un coin de la chambre les vêtements infects qui la couvraient , et 1 un de ces haillons était livré aux flammes , quand une femme donna le conseil de visiter les autres, soupçonnant qu’il pouvait y avoir quelques papiers secrets , soit dans les poches , soit entre l’étoffe et la doublure.
Ce conseil fut très-profitable aux héritiers de la défunte; car on trouva renfermés dans une boite de carton seize billets de banque de mille francs , et dix autres mille francs de valeurs sur la banque de France.