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CHAPITRE XVII

ANNOTATIONS GÉNÉRALES SUR DIVERS MÉDICAMENTS ET SUR DES MÉDICATIONS VARIÉES.

Je ne puis éviter de parler dans cet ouvrage de quelques médications qui ont dans la pratique des avantages marqués, etdefairequelques réflexions relatives à Fusage de l'eau, des boissons ou tisanes, des bains simples ou de mer, et des eaux minérales. Si ces mêmes réflexions peuvent détruire quelques préjugés dangereux et quelques opinions fausses, j'aurai rempli la tâche que je me suis proposée en terminant par cette addition l'ouvrage que je publie, addition à laquelle j'ajouterai quelques mois sur une méthode de pansement des plaies d'armes à feu, qui présente d'incontestables avantages sur les procédés curatifs que., dans de tels cas, on emploie d'ordinaire.

362. Médicaments, formules, potions, remèdes dont les malades et les médecins ne doivent pas se servir.

Une foule de médicaments, d'onguents, d'emplâtres , d'eaux portant des noms de plantes ou de personnes qui sont plus ou moins intéressées à vulgariser les drogues et les recettes qu'elles proposent,

sont beaucoup plus utiles pour les gens qui les prônent qu'ils ne le sont pour les malades qui en font usage. Ce sont en général des remèdes connus de tous, des purgatifs donnés sous un petit volume, des préparations alcooliques que l'on a rendues odorantes par quelque huile essentielle, des graisses, des résines, auxquelles on ajoute diverses substances, parfois actives, tantôt de nul effet, et qui sont données contre, toutes les maladies possibles. Que le public se laisse prendre à de telles excentricités mises en vogue parla réclame, cela se conçoit facilement; ce bon public ne sait en rien ce qu'il faut entendre par les mots : fièvre, rhumatisme, goutte, catarrhe (i), etc., etc., et, dans son ignorance, il donne une confiance banale au charlatan audacieux qui lui promet de tout guérir; il croit à l'efficacité de la revalescière du Barry, comme aux granules homœopathiques, comme aux fioles contenant de l'eau colorée en bleu, en rose, en vert, et dont la forme étrange le flatte.

On lui proposerait la quintessence de la lune en dissolution dans un verre d'eau , qu'il verrait dans celle-ci un remède à tous maux ; il suffirait pour cela d'un prospectus impudent ou d'une annonce de cures merveilleuses. Mais que des médecins emploient et prescrivent de tels remèdes, qu'ils les fassent entrer dans la pratique civile, en les recommandant par leur nom, c'est, en vérité, compromettre leur dignité et leur conscience. C'est à eux, au contraire, à s'élever

(1) Et les médecins ne le comprennent pas beaucoup plus.

DES PETITS MOYENS

contre de hideux trafics; c'est à eux à ne pas indiquer l'eau, l'élixir, la potion, etc., dite de Monsieur tel ou tel; mais de formuler des substances connues et dont l'efficacité ne soit pas douteuse; à en déterminer rigoureusement les doses, à associer convenablement les remèdes, et surtout à ne rien prescrire qui n'ait la raison organique, pathologique et thérapeutique de son emploi ! C'est à eux à savoir combiner les médicaments, sans courir les risques de les décomposer, et autant que possible ils doivent les donner isolés, pour mieux en constater les effets! Que s'ils ne sont pas assez instruits pour associer convenablement dans des formules les substances actives, qu'ils consultent quelque bon livre, et surtout celui que l'honorable docteur Réveil, agrégé à la Faculté de médecine de Paris, vient de publier ; ouvrage dicté par le savoir profond et le bon esprit de son auteur (1).

363. On ne doit se servir qu'avec une extrême circonspection des médicaments -poisons et, le plus souvent, il est prudent de s'en abstenir.

Que les praticiens soient surtout on ne peut plus réservés sur l'emploi et les doses des médicaments toxiques dont on a tant abusé ! Que le souvenir de ces accidents terribles, dans lesquels plusieurs malheureux ont succombé dans un hospice à la suite d'erreurs sur les doses et la préparation de l'acide cyanhydrique, les

(1) Formulaire raisonné des médicaments nouveaux et des médications nouvelles f 1864.

engage à être très-circonspects relativement à l'administration de ce terrible poison !

Qu'ils se rappellent ces lugubres drames des tribunaux, dans lesquels l'acétate de morphine, la digitaline, l'acide arsénieux, etc., ont causé la mort, et où il a été si difficile de distinguer l'innocent du coupable ! Qu'ils se ressouviennent encore que les plus puissants narcotiques peuvent bien quelquefois pallier ou momentanément dissiper les douleurs, tandis que, ne remédiant presque jamais aux causes de ces souffrances, de tels agents ne font pas cesser le mal,, et ils penseront comme moi que les médicaments toxiques, tels que l'arsenic, le plomb, le cuivre, les acides minéraux concentrés, l'opium (1) et la morphine, la belladone et l'atropine, la digitale et la digitaline, lajusquiame, la datura, lavératrine, la strychnine, la brucine, le chloroforme même, etc., etc., ne doivent être employés que le moins possible et avec une extrême circonspection.

2G4. Utilité des applications locales et générales de l'eau à l'extérieur.

En général, ce qui calme infiniment mieux que les narcotiques, et ce qui, très-souvent, remédie au fond des choses, alors qu'il s'agit de douleurs, ce sont : 1° le repos de la partie souffrante; 2° Téloignement des causes physiques, organiques ou physiologiques

(1) L'opium à petites doses, s'il procure du sommeil, présente souvent de l'utilité.

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qui entretiennent le mal; 3° les cataplasmes, les fomentations , les bains locaux et surtout les bains généraux prolongés. Ces derniers, continués pendant deux ou trois heures de suite, à une température fraîche ou tiède, sont, à coup sûr, les antispasmodiques par excellence; — les bains prolongés combattent le plus avantageusement l'état dit nerveux des femmes. Rien n'est plus difficile, en effet, que de remédier à ces souffrances névropalliques (page 410), dont l'angiove est si souvent le point de départ, et qui viennent se reproduire vers les diverses parties du névrosystème, en y produisant des malaises, des inquiétudes, une sensibilité exagérée, des douleurs, des mouvements spasmodiques, des modifications dans l'intelligence, etc., etc. Les préparations opiacées ne font souvent qu'exaspérer ces malaises, qui sont le supplice des femmes et parfois le tourment de ceux qui les entourent. On donne souvent, dans ces cas, de l'eau de laitue, de l'infusion de tilleul et la potion inévitable, éduicorées l'une et l'autre avec le sirop de fleurs d'oranger ; autant valent les granules dits homœopatiques : c'est là de cette thérapeutique que certaines gens emploient pour calmer des imaginations malades ou pour faire quelque chose. J'aime à croire qu'ils ne le font pas dans de plus mauvaises intentions ; mais que l'on sache bien qu'en agissant ainsi, on ne fait ni bien ni mal. Or, il y a des moyens actifs dont on ne pourrait pas en dire autant et qui ne produisent guère de bien, tandis

qu'ils peuvent faire beaucoup de mal, tels sont : la belladone, la jusquiame, la datura, le chloroforme, l'alcool aromatisé par des huiles essentielles, actives, etc.; le médecin sage n'emploie ces médicaments qu'avec prudence, et le public ne doit jamais y avoir recours sans consulter des gens instruits.

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