Administration de l'eau par l'estomac
L'administration de l'eau à l'intérieur est, à coup sûr, l'un des principaux moyens thérapeutiques, et
Ton ne peut qu'approuver les travaux et les tentatives des chimistes, des hygiénistes et des magistrats de nos cités pour que des eaux pures et saluhres soient abondamment fournies aux populations; celles qui sont à la fois claires, aérées, fraîches , qui ne contiennent que dans de faibles proportions des sels calcaires carbonatés ou sulfatés, et qui ne renferment pas de matières organiques susceptibles de décomposition ou déjà décomposées; celles qui ne donnent pas au goût de désagréables sensations, sont, en général, les meilleures. C'est dans les ouvrages consacrés à l'étude de l'hygiène qu'il faut renvoyer pour les détails plus étendus que cet important sujet comporte (i).
L'eau pure et salubre, à doses suffisantes et non pas exagérées, portées dans l'estomac le matin, à midi et le soir, est, à coup sûr, dans une infinité de cas, l'un des moyens les plus utiles que l'on puisse employer. Un grand nombre de succès, dont on fait honneur à certaines eaux minérales, sont dus, au moins en trèsgrande partie, à ce que les malades prennent toutes les demi-heures, toutes les heures, et pendant la matinée ou la soirée, une verrée d'eau fraîche. Sans doute, comme je le dirai bientôt, le bicarbonate de soude, le fer, le soufre que cette eau contient, peuvent avoir une action réelle, mais il ne faut pas se dissimuler que l'eau elle-même est pour beaucoup dans les ré-
(1) Annuaire de thérapeutique, Mémoire sur les eaux potables, 1862 ou 1864, par M. le professeur Bouchardat.
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sultats heureux obtenus. Je vais bientôt revenir sur ce sujet.
368. La plupart des tisanes n'ont d'autre action que celle de l'eau elle-même.
Il faut remonter à Hippocrate pour voir quelle importance on attachait au choix de telle ou telle espèce de ptisanc, et l'on sait combien était grande sa confiance dans la décoction d'orge. Il est vrai qu'il la prescrivait fréquemment comme un aliment léger, et c'est au même titre que, dans les maladies aiguës, on administre avec avantage les bouillons de poulet et de veau, la dissolution d'albumine, l'eau de riz, etc. Il arrive aussi que certaines substances actives, certains sels qui se trouvent dans la composition des boissons que Ton donne aux malades, telles que les infusions de coquelicot (qui contient un peu d'opium), de camomille (qui renferme un principe amer) , de pariétaire (où se trouve de l'azotate de potasse ou sel de nitre), peuvent avoir une efficacité spéciale; mais la plupart des tisanes proprement dites : décoction de chiendent, de réglisse, de guimauve, de graine de lin ; infusion de fleurs de tilleul, de sureau, des quatre fleurs, etc., etc., n'ont d'autre action que celle de l'eau, et ne valent pas mieux, comme remède, que les boissons agréables à prendre, et par lesquelles, à la très-grande satisfaction des malades, on peut les remplacer ; de ce nombre sont : l'eau sucrée légèrement acidifiée par les sucs de groseille, d'orange, de fram-
boise, ou aromatisée par le suc exprimé de l'écorce d'oranges, par la vanille, la décoction de cerises, de pommes, de pêches,, etc., etc., convenablement sucrées. Encore une fois, la plupart de ces boissons ne sont des médicaments que par l'eau qu'elles contiennent, et ont plus d'action par leur température et leur humidité que par les quelques principes plus ou moins inoffensifs qu'elles renferment. Laissons aux simples leur confiance dans les simples ; et par cela même que la science reconnaît l'immense utilité de certains végétaux et des substances qu'ils contiennent, elle établit que la plupart des boissons dites tisanes n'ont d'autre efficacité que celle de l'eau qui entre dans leur composition. Lorsqu'un médecin vient critiquer le traitement prescrit par un autre médecin, et qu'il propose seulement une tisane différente de celle qui avait été proposée par celui-ci, soyez assuré que ce n'est pas dans l'intérêt du malade qu'il agit ainsi, mais dans ce qu'il croit être son intérêt personnel.
369. Considérations générales sur l'efficacité des eaux minérales. On a exagéré leur utilité.
Des considérations analogues aux précédentes peuvent être établies sur les eaux minérales. La mode, les chemins de fer, l'entraînement routinier, la facilité qu'elles donnent de se livrer au plaisir, les succès parfois dus à tout autre chose qu'à l'action des eaux en elles-mêmes, ont fini par vulgariser si bien les eaux thermales comme remède que le public, pour
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peu qu'il ait quelque bien-être, ne voit plus, en été et contre les maladies chroniques, qu'une seule médication : les eaux minérales, qui ont remplacé avec avantage, dans l'esprit d'une foule de personnes de la haute société, le travers homœopathique. Les médecins eux-mêmes, oubliant d'étudier avec soin les états organopathiques, ne tenant compte souvent que de l'apparence extérieure des malades, trouvant plus commode de se servir des mots diathèses, cachexies,, constitution, force, débilité, etc., que de spécifier, de déterminer les causes anatomiques et physiologiques des effets organiques observés , etc., envoient au hasard, dans les établissements thermaux, des gens qui pourraient fréquemment s'en passer, et qui, parfois, s'en trouvent fort mal.
La preuve de la légèreté avec laquelle on les conseille, c'est que presque jamais on ne pose d'une manière précise, dans une consultation motivée, les raisons pathologiques sur lesquelles on se fonde pour en conseiller l'emploi. C'est là faire de cette médecine banale qui exige peu d'instruction de la part de celui qui l'exerce, et qui coûte peu de peine au médecin qui y a recours. Avant de se rendre dans un établissement thermal quelconque, que tous ceux qui veulent y aller consultent des médecins habiles , exercés dans l'art du diagnostic, aptes à reconnaître par le plessimétrisme, par le dessin sur la peau, par l'auscultation, le spéculum, etc., quel est l'état matériel des organes profonds; et qu'ils demandent,
après examen attentif, à ces hommes expérimentés, d'établir leur opinion motivée et de leur dire à quelles eaux ils doivent se rendre. Alors on ne verra pas commettre, à chaque instant, de ces honteuses méprises dans lesquelles on envoie : à Vichy, comme atteints d'affections du foie, des gens qui portent des tubercules dans les poumons; à Contrexéville, des individus dont la rate seule est malade ; à Bagnères, à Bourbonne, des malheureux qui sont agonisants par suite d'un rétrécissement des orifices du cœur; à Kissengeim, à Ems, à Bade et surtout à Hombourg, des personnes qui, ne sachant que faire, prenant parfois la passion du jeu pour moyen de traitement de l'ennui qu'ils portent partout, demandent au médecin de leur donner un prétexte pour faire un voyage en Allemagne.
Les eaux minérales peuvent être d'une grande utilité. A Dieu ne plaise que je nie le moins du monde l'efficacité de certaines eaux dont les effets utiles ne peuvent, dans des cas nombreux, être révoqués en doute; il m'arrive fréquemment aussi d'en prescrire; mais je ne le fais pas d'une manière banale. C'est après avoir soigneusement étudié l'organisation, c'est après avoir nettement établi les indications à l'aide des signes physiques et fonctionnels des lésions, que je conseille aux malades, alors que je les crois utiles, telles ou telles eaux minérales ; et quand ces personnes me paraissent pouvoir guérir à Paris ou chez elles, je leur explique, par écrit et avec détail, quel est
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leur état, ce qu'il convient de faire, et je leur évite ainsi des dépenses excessives et des déplacements qui leur sont souvent très-préjudiciables.
370. Circonstances hygiéniques utiles qui, en général, se rencontrent dans les établissements d'eaux minérales.
Dans Faction des eaux minérales, il y a deux ordres de choses dont il faut tenir un grand compte.
Le premier est l'ensemble des moyens hygiéniques que Ton rencontre aux thermes, c'est-à-dire la pureté de l'air, une nourriture abondante et réparatrice, le lait d'excellente qualité, Fexercice, le changement d'habitation, Faltitude, la distraction ; Féloignement des affaires, des fatigues, des ennuis, et parfois des plaisirs bruyants auxquels on est exposé. Or, la plupart de ces circonstances peuvent être réunies tout aussi bien dans la première campagne venue que dans des pays renommés pour les eaux ; et celles d'un ruisseau limpide, aéré, serpentant dans un site pittoresque et salubre, et dans une localité agréable à habiter, réussiront fréquemment à rétablir la santé de gens qu'une hygiène mal entendue a profondément compromise. L'eau pure, prise le matin par large verrée et à doses réitérées, est, à coup sûr, pourvu qu'elle soit d'excellente qualité, un des agents thérapeutiques les plus puissants et les plus utiles (J).
(1) Lorsque l'un de mes élèves lut à l'Académie un mémoire, résultat de mes travaux et d'un voyage que j'avais fait à Forges (Seine-et-Oise), travaux qui constatent l'utilité des eaux prises
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Lorsque les circonstances précédentes viennent à manquer,, lorsque Ton vient chercher dans un établissement thermal les bals, les plaisirs, les entraînements du jeu, on ne prend plus des eaux utiles, mais on cherche à s'y amuser, et quelquefois on n'y trouve que des causes de maladies.
371. Utilité des substances variés que les eaux minérales contiennent.
Les substances minéralisatrices qui sont dissoutes ou suspendues dans les eaux minérales, et qui souvent peuvent être artificiellement administrées à toutes les doses possibles dans l'eau ordinaire, et par exemple : le bicarbonate de soude, les oxydes et les sels de fer, les hydro-sulfures, etc., constituent un second ordre d'agents souvent fort utiles. Je ne puis entrer ici dans des détails qui me feraient sortir du cadre où, dans cet ouvrage, je veux me renfermer.
dans ce pays; on prétendit qu'elles ne pouvaient être de quelque efficacité parce qu'elles ne contenaient pas d'agent chimique. Or, le temps m'a donné raison, et l'habitation à Forges, comme mes recherches cliniques l'avaient prouvé, a été si utile aux enfants d'une faible constitution et atteints d'affections chroniques des ganglions, des os et des jointures que, maintenant, l'administration des hôpitaux envoie à Forges un grand nombre déjeunes malades dits scrofuleux. Mon opinion était fondée sur la comparaison établie, sur un registre, entre l'état déplorable de vingt enfants que, dans cette localité, j'avais constaté au printemps, et l'immense amélioration que je trouvai au mois de septembre dans la santé de ces petits malheureux.
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