Bains de mer
La plupart des réflexions qui précèdent sont applicables aux bains de mer, dont Futilité est souvent incontestable, mais qui ont aussi leur danger. Le malade, avant de les prendre, doit consulter un médecin habile, et ce médecin doit étudier consciencieusement le malade avant de les prescrire.
372. Dérivatifs, vésieatoires, cautères, moxas, sétons, eau dite sédative (1), pommades et emplâtres stibiés, frictions avec l'huile de croton, etc.
Il est une opinion systématique d'ancienne date, et qui a été pour l'homme la cause de bien des douleurs, qui a mis des agonisants à la torture, et qui, faisant interpréter certains faits par le caprice et la prévention, a fait, en définitive, beaucoup de mal; je veux parler de la théorie à laquelle on a donné le nom de dérivation (2). Cette doctrine repose sur des spéculations fantastiques relatives aux humeurs (doctrine ancienne, pathologie humorale), aux forces, aux propriétés, à la vitalité (doctrines anciennes et modernes), toutes choses mal définies, mal comprises, et quiy n'étant que des bases mal établies, n'ont pu per-
(1) Qui, au lieu d'être sédative et de calmer, irrite et enflamme la peau.
(2) Voyez le mémoire que j'ai lu à l'Académie, et qui a été publié dans ses Bulletins, décembre 1855 : Delà dérivation et de la révulsion .
mettre d'édifier que des opinions sans solidité. Interprétant faussement l'aphorisme d'Hippocrate : duohus doloribus simul obortis, vehementior obscurat alterum, ce qui signifie, par le mot à mot, un fait positif, c'est-à-dire qu'une forte douleur rend obscure ou moins appréciable une douleur moins vive, on en a déduit qu'en causant, sur des points limités du corps, une souffrance, un afflux d'humeur, de sang, de vitalité, de force, de douleur, on va, par sympathie, par dérivation, déterminer une diminution dans l'afflux d'humeur, de sang, de forces, de douleur qui, pathologiquement, a lieu dans une autre partie. Quand un médecin, doué de quelque raison, placera un vésicatoire sur la jambe droite pour guérir une brûlure faite à la jambe gauche, et qu'il aura réussi à activer ainsi la curation des résultats de l'action du calorique, on pourra croire à l'hypothèse de la dérivation; mais, avant d'obtenir des effets salutaires d'un moyen aussi excentrique, il y a tout lieu de penser que l'on attendra longtemps.
On ne déplace pas ainsi à sa guise les humeurs, qui ne circulent pas et qui ne sont autre chose que des produits du sang, ou que des liquides bientôt versés dans ce même sang; on n'attire pas de cette façon, vers un lieu ou un autre, les forces (qui ne sont que des résultats), la vitalité, que l'on ne comprend pas divisible et mobile; ces forces, qui sont les résultats de la manière dont l'organisme fonctionne; l'irritation, qui n'est qu'un mythe auquel on a donné un
DES PETITS MOYENS
nom. L'hypothèse de la dérivation n'est en rien utile pour l'explication des faits thérapeutiques, et ce n'est pas sur elle qu'il faut se fonder pour appliquer ces innombrables exutoires dont on salit le corps des malades, et qui laissent, après eux, des cicatrices difformes que des médecins soigneux doivent éviter de faire sur la poitrine, sur les bras, sur le cou ou les épaules de jeunes femmes, tout aussi bien qu'il est de leur devoir d'éviter aux malades des douleurs inutiles et la formation d'un pus qui se pourrit^ devient infect, et dont la résorption est souvent si dangereuse. — Que l'on applique un vésicatoire, des épispastiques faisant écouler de la sérosité (hydrorrhéiques), sur la poitrine, sur la région du péricarde ou d'une articulation^ à Teffet d'obtenir, aux dépens des épanchements intérieurs, un écoulement séreux, rien de mieux; qu'on dénude la peau d'épiderme avec l'ammoniaque ou les cantharides, à l'effet de mettre à nu le tissu sensible et vasculaire pour y appliquer des médicaments que l'on veut faire absorber, pour y faire affluer le sang, et non pas pour obtenir une dérivation, cela est trèsproposable; mais qu'on n'ait pas recours à des exutoires ou à des pertes de liquides pour faire voyager à plaisir la douleur ou l'inflammation, car on ferait souffrir le malade, sans obtenir le résultat que l'on veut produire.
373, Additions relatives aux lésions dites goitres exophthalmiques.
J'ai constaté, depuis longtemps, que les frictions avec la teinture d'iode étendu de neuf parties d'eau, faites matin et soir sur la glande thyroïde mégalisée, c'est-à-dire augmentée de volume, et surtout que les inspirations d'iode en vapeur, auxquelles on peut ajouter quelques grammes d'iodurede potassium pris chaque jour à l'intérieur, ont une telle influence sur le goitre, qu'en très-peu de temps l'emploi de ces moyens a été suivi d'une diminution considérable dans le volume de la partie malade. C'est ce que j'ai établi à l'occasion de la grave discussion qui a eu lieu à l'Académie impériale de médecine, sur le goitre dit exophtkalmique, que très-à tort on a voulu considérer comme une unité morbide, et qui rtest qu'une augmentation de la glande thyroïde (surtout du côté de la poitrine); portée à tel point qu'il en résulte : 1° la compression des veines jugulaires internes, et une stase veineuse étendue jusqu'aux vaisseaux de l'orbite; — 2° une saillie du globe de l'œil en avant (1).
Or, voici que M. le docteur Cross, jeune médecin du plus grand mérite, a trouvé très - récemment que, par un moyen bien plus simple encore, on
(1) Bulletin de l'Académie, 1863.
peut diminuer le corps thyroïde chroniquement tuméfié, je veux dire par Fabstinence des boissons, et ce fait est expérimental ; car, suivant M. le docteur Cross, si Ton donne de Teau en grandes proportions, ce corps grossit, tandis qu'il diminue rapidement si Ton en prive le malade.