CHAPITRE XXIIÏ
hydropisie du ventre, ascite ( hydroféritonïe ) ; hydropiste du tissu cellulaire, oedème (hydrethmie).
384. Les hydropisics sont des résultats de lésions et ne sont pas des maladies.
L/hydropisie du péritoine, ou hydropéritonie, colle du tissu cellulaire, ou œdème (hydrethmie), comme la plupart des autres hydrorganies, sont presque toujours, ou plutôt sont toujours, les effets ou symptômes d'altérations du sang (ce qui arrive rarement), ou de lésions des organes solides (ce qui est de beaucoup plus fréquent).
385. Lésions d'organes solides donnant lieu à des hydropisics.
Les lésions des organes solides déterminent des obstacles à la circulation veineuse, obstacles qui rendent difficile l'absorption de la sérosité normalement déposée dans les cavités des membranes ou dans le tissu conjonctif ou cellulaire. Il en arrive ainsi : lo dans les oblitérations de grosses veines par des hémoplasties ou embolies; 2° lors de la compression
DES PETITS MOYENS
que des tumeurs exercent sur ces vaisseaux; 3° dans les rétrécissements des orifices du cœur, ou dans d'excessives dilatations de cet organe; 4° lors de plusieurs affections chroniques du foie, telles que la cyrrhose, dans laquelle la structure des glandules hépatiques est tellement altérée que les capillaires terminaux de la veine porte, ou abdominale, et les radicules initiaux des veines hépatiques ne livrent plus facilement passage au sang ; o^dans certaines splénomégalies (augmentation dans le volume de la rate), et cela sans que Ton puisse dire au juste, dans la plupart de ces cas, comment l'organe splénique gêne le cours du sang dans les veines abdominales (1).
380. Certaines altérations du sang donnent -elles lieu à des hydropisies?
On a dit et répété, mais peu prouvé, que les altérations du sang, ou anomémies, donnent lieu à des hydropisies. L'état couenneux ou fibrineux de la sérosité du sang (hémite, plasthydrémie) étant fréquemment le point de départ de coagulations, c'est-à-dire de la formation d'hémoplasties ou d'embolies dans les veines, lésions qui y gênent la circulation, peut bien être aussi la cause éloignée d'hydrorganies ; mais c'est d'une manière indirecte que, dans ce cas, le sang couenneux, Thémite ou plasthydrémie,
(1) Voyez dans le Traité de médecine pratique, n° 3987, des faits remarquables de guérison, par l'emploi tdu sulfate de quinine, d'hydropisies symptomatiques de spléno-mégalie.
donne lieu à Fhydropisie. On n'observe pas, quoi qu'on en ait dit, d'hydropéritonie dans l'hydrémie sans complications. Lorsque très-rarement j'en ai vu survenir dans celle qui, accompagnée de symptômes névrovariques, a reçu le nom de chlorose ou de chloranémie, j'ai trouvé qu'il existait quelque lésion des solides ayant déterminé des hémostasies phlébiques.
Il est une autre altération du sang ou anomémie dans laquelle il se manifeste des hydrorganies tellement généralisées que l'on pourrait lui donner le nom de panhydrorganie : c'est celle qui se manifeste dans certaines néphrites dites granuleuses. Dans de tels cas, le sang, perdant chaque jour, par les orifices excréteurs des conduits urinaires des reins, une notable proportion d'albumine, finit, en conséquence, par en contenir beaucoup moins qu'à l'ordinaire, ce qui constitue une véritable hypoalbuminémie, ou, pour abréger, hypalbumémie. Tout porte à croire qu'alors le sérum du sang, ayant perdu beaucoup de l'albumine qui lui donnait de la viscosité, s'échappe facilement des conduits excréteurs, et cause ainsi non-seulement des hydrorganies, mais encore une diminution dans la consistance des milieux réfringents de l'œil, des symptômes encéphaliques, etc. — Ce ne serait donc pas, dans cette manière de voir, le rein granuleux qui causerait directement les hydropisies, mais le défaut d'albumine dans le sang qui donnerait lieu aux hydrorganies observées dans l'ensemble de symptômes dits maladie de Rright.
387. Dans le traitement des hydropisies, ce sont leurs causes qu'il faut combattre.
Ce qui précède était inévitable pour prouver qu'il est à peu près impossible de trouver des remèdes propres à combattre Fhydropisie considérée d'une façon générale, ou envisagée dans les divers organes. Ni les purgatifs, ni les médicaments, que Tondit provoquer les sueurs ou l'urine, ne parviennent à eux seuls à faire disparaître les collections séreuses.
C'est tantôt la cause organique et matérielle qui gêne le cours du sang, c'est l'affection qui donne lieu à la perte d'albumine qu'il faut chercher à enlever ou à détruire. Il m'est impossible de traiter ici ce sujet avec détail, et je me bornerai à dire, ainsi que je l'ai établi dans les autres parties de cet ouvrage (p. 275, 277, 279, etc.), que les principaux moyens palliatifs sur lesquels on peut compter, alors qu'il s'agit des hydropisies, sont : 1° l'abstinence aussi complète que possible des boissons et des aliments; 2° les purgatifs propres à faire écouler de la sérosité ; 3° la respiration d'un air sec et chaud; 4° les étuves sèches et la chaleur portée à l'extérieur du corps.