‹ La médecine du bon sensChapitre 112 sur 117 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

OBÉSITÉ OU PANLIPOSIE.

382. Obésité, polysarcie ou plutôt panliposie (augmentation dans les proportions de la graisse).

L'obésité , l'augmentation considérable dans les proportions de la graisse, est la source des plus grandes incommodités, et devient une épouvantable infirmité alors qu'elle est devenue excessive. Le ventre acquiert surtout, dans ce cas, une énorme dimension. Le tissu adipeux de cette cavité prend une extension considérable ; les épiploons, les mésentères, les parois qui entourent les viscères, etc. , deviennent énormes ; la masse intestinale, l'estomac, le foie, la rate, sont refoulés en haut; la respiration en est démesurément gênée, et la matrice, poussée par en bas, est le siège d'un déplacement pénible à supporter et dangereux comme conséquences ; le cœur, à cause de la difficulté à respirer, se dilate, les poumons se congestionnent et les bronches sont très-disposées aux souffrances aiguës ou chroniques; de là une trèsgrande prédisposition aux lésions des organes circulatoires et respiratoires. Sous ces fâcheuses influences la marche ascendante est très- laborieuse,

DES PETITS MOYENS

et la progression sur un plan uni devient même si gênée qu'au moindre exercice l'obèse est hors d'haleine. Il se fatigue au delà de toute expression , parce que son poids est énorme et parce que ses membres sont si gros que leurs mouvements deviennent très-difficiles. Vous le verriez couvert de sueur à la moindre marche ; sa face est rouge et même bleuâtre; démesurément vieux pour son âge, il est forcé de garder le repos et de ne plus se livrer aux exercices ou même aux plaisirs de la jeunesse ou de la virilité, etc. La tendance aux congestions et aux hémorrhagies céphaiiques devient très-marquée, le moral lui-même est modifié par suite de l'ennui que cet état physique cause à l'obèse, et par suite aussi des souffrances de toutes sortes auxquelles il est en butte.

383. Moyens de remédier à l'obésité et au grand volume du ventre.

Que les médecins et le public se prémunissent contre les médicaments, les recettes, etc., que tant de gens ont proposés contre l'obésité et le gros ventre. Il n'est pas besoin d'aller au loin chercher des substances spéciales pour s'opposer au trop de graisse et aux accidents qui en sont les résultats ; quand une drogue, donnée pour y remédier, parait réussir, croyez bien que c'est au régime suivi par le malade que cette amélioration est due. Dans le Traité de médecine pratique, j'ai insisté sur les moyens hygiéniques qui pré-

viennent l'obésité (1) et qui y remédient alors qu'elle n'est pas trop ancienne et trop considérable; ces moyens, qui ont- été si utiles à un grand nombre de personnes auxquelles je les ai conseillés, sont les suivants :

4° De diminuer les proportions de la nourriture;

2° D'éviter surtout de porter à la fois trop d'aliments dans le tube digestif;

3° De ne point se livrer à des excès de table et surtout à l'orgie;

A° De ne prendre de l'eau que dans de faibles proportions ;

5° De se priver, autant que possible, de pain, de fécules, de graines potagères, de graisses, d'huile et de corps gras (Dumas et Liebig);

6° De se nourrir particulièrement, ainsi que le font les animaux qui sont habituellement maigres (les carnassiers), de la substance charnue ou fibrineuse des viandes ;

7° D'y ajouter quelques végétaux verts et herbacés, et cela à l'effet de varier la nourriture ;

8° De prendre journellement beaucoup d'exercice A pied ;

9° De rester peu au lit, et de ne pas dormir outre mesure ;

10° De faire habituellement usage de purgatifs doux, tels que la rhubarbe, la scammonée, des pilules

(1) Articlo épidiaphratapie ou anadiaphragmie , tome I T f , no 4,012.

drastiques, le tout à des doses suffisantes pour produire deux ou trois selles par jour, etc.

Il convient, pour apprécier les effets de ce traitement, de mesurer le ventre et de faire peser le corps avant de commencer l'usage des moyens précédents, et de réitérer ces mensurations un mois après ; on verra presque toujours de telles différences entre les deux mesures, que bientôt l'on n'hésitera pas un moment à continuer l'usage de la curation dont il s'agit. Je pourrais citer des faits bien nombreux où j'ai réussi à arrêter de cette façon les progrès de l'obésité ; mais il suffira de ce qui précède et de quelques semaines d'expérimentation pour être convaincu de l'utilité des préceptes que je viens de tracer.

Page 1