Moyens de prévenir la putréfaction des escarrhes
Quant aux escarrhes, c'est-à-dire aux parties mortifiées qui succèdent aux différentes lésions dont il vient d'être parlé, si Ton veut empêcher que les produits putrides qui s'en écoulent n'empoisonnent le sang par pénétration dans les vaisseaux, il est évident qu'il faut les conserver, et il y a bien longtemps (et antérieurement à toutes les recherches que Ton a faites avec le coaltar) que je me suis servi pour arriver à ce résultat des moyens les plus vulgaires et qui ont produit le même effet que ce même coaltar. La phrase suivante, consignée dans mon Traité de médecine pratique, suffira pour indiquer quels sont ces moyens, ail faut dessécher, saler, « alcooliser, tanner, créosoter, momifier les tissus « frappés de mort, empêcher enfin leur décomposi- « tion, » et cela pour faire qu'ils n'empoisonnent pas le malade et que la nécrose ne s'étende pas.
30. On doit éviter de faire saigner les parties vivantes et adhérentes aux escarrhes.
J'ai cité des cas nombreux de mon service dans lesquels d'épouvantables gangrènes, ayant envahi des parties considérables de la peau et, par exemple, les
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téguments qui recouvrent le sacrum, le coccyx, les fesses, les organes génitaux externes de la femme, le haut des cuisses, etc., avaient été arrêtées dans leur marche progressive par l'emploi des moyens précédents. Ces terrihles nécrosies, grâce à la momification des parties mortifiées , n'avaient pas été suivies de septicémie et de la mort. (Traité de diagnostic, Traité de médecine pratique.)
Pour obtenir des résultats aussi heureux, il faut beaucoup de soins, d'attention, de persévérance, et, surtout, on ne doit exercer aucun tiraillement sur les tissus frappés de mort. Ces tiraillements produisent la déchirure des vaisseaux encore adhérents et causent ainsi la pénétration des sucs putréfiés dans le sang veineux et par suite dans la circulation générale.
31. Gangrène sénile. Traitement très-simple, mais très-utile» Cas remarquables.
Il est une affection non moins grave que les précédentes, et pour laquelle on emploie, sans beaucoup de chance de succès, les médicaments les plus nombreux, tels que l'opium, le quinquina, etc. ; or, la position du corps et des parties malades , secondée par l'action d'une chaleur modérée et par des frictions, est, dans ce cas, au contraire, d'une immense utilité. Je veux parler de la gangrène, dite sénile, qui attaque] d'abord la peau et les autres parties constituantes des orteils et s'étend successivement de proche
en proche aux autres régions des membres inférieurs. Cette nécrosie, précédée d'une dermite stasique et de douleurs souvent atroces, reconnaît en général pour cause la gêne du cours du sang dans les artères, due à des concrétions calcaires dans les parois de ces vaisseaux (artériolithies), et parfois aussi à des obstacles au cours du sang dans les veines. Dans le cas d'artériolithies causant ces nécrosies , le sang arrive encore avec un certain degré d'énergie aux tissus qui menacent de se mortifier; mais Fimpulsion qu'il reçoit n'est plus assez forte pour parvenir, à travers les capillaires^ jusqu'aux veines; de là des stases phlébiques suivies de mortification. Ces considérations, appuyées sur des faits recueillis à la Salpêtrière et à la Pitié, m'ont conduit, dans un cas recueilli chez M. Y...., près Châteaudun,, à un résultat admirable : les orteils étaient le siège d'une phlegmasie violacée et de refroidissement; les artères des membres inférieurs battaient très- faiblement, et d'affreuses douleurs se faisaient sentir sur la partie malade et dans les nerfs sciatiques. Je fis élever les extrémités inférieures sur des coussins, et la rougeur violacée ainsi que la douleur diminuèrent tout d'abord ; on maintint les parties dans cette position et à une douce chaleur. Quelques doses assez fortes de sulfate de quinine furent données à cause d'une tuméfaction remarquable de la rate et d'une périodicité marquée dans le paroxysme des douleurs ; tout d'abord les accidents se dissipèrent , et le malade, qui
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était fort âgé, guérit si bien de son mal qu'il vécut encore plusieurs années.
32. Durillons de la plante du pied causés par des saillies de la semelle ; cors aux pieds. — Traitement.
La moindre circonstance physique ou mécanique, venant à agir d'une manière constante sur l'organisation, peut donner lieu à des résultats fâcheux et même très- graves. J'ai été consulté par des personnes qui éprouvaient la plus grande difficulté à marcher, parce que toutes les fois qu'elles appuyaient le pied sur le sol, elles ressentaient une vive douleur sur l'un des points de la surface plantaire. C'était principalement au milieu de l'éminence qui correspond à l'extrémité postérieure de la première phalange du gros orteil, ou au-dessous du talon que cette souffrance avait lieu. Une fois même, le siège du mal était au milieu de la face inférieure de la dernière phalange de ce même orteil. Or, l'examen attentif du point où la douleur se déclarait me fit voir un épaississement considérable de l'épiderme endurci, qui faisait une saillie prononcée au dehors, et qui proéminait bien autrement encore en dedans. Je recherchai quelle pouvait être la cause d'une lésion circonscrite à un point si rétréci , et j'examinai la chaussure. Je trouvai bientôt la raison physique du mal dans la semelle sur laquelle le pied portait; le cordonnier avait laissé dans cette semelle un clou, un fragment de bois, ou une saillie considérable de cuir
très-dur, sur lesquels la surface plantaire s'appuyait alors que la marche avait lieu ; de là Fépaississement de Tépiderme qui s'était produit, ainsi qu'il en arrive : pour la pulpe du doigt de l'artiste qui appuie sur la corde du violon ou de la basse; pour le talon serré par un soulier étroit ; pour les orteils emprisonnés dans une botte rétrécie, etc.
De telles lésions, si peu importantes en apparence, sont bien autrement graves qu'on ne le pense, et s'il est vrai, comme chacun le sait, que des cors aux pieds mal soignés ont été suivis d'ulcérations, d'abcès, de carie ayant nécessité plus tard l'amputation d'orteils, etc., tout me porte à croire que Fépaississement de l'épiderme à la plante du pied, non-seulement gêne la marche et fait souffrir, mais, encore, est susceptible de produire la dangereuse affection à laquelle on a donné le nom d'ulcère perforant du pied.
Les moyens de prévenir et de guérir les lésions précédentes sont presque complètement hygiéniques ; ils peuvent se résumer ainsi :
1° Faire rentrer dans le cuir les clous, les chevilles, les saillies des semelles qui correspondent aux points du pied où existe le mal, et faire pratiquer dans la chaussure, à la place qu'ils occupaient, une légère dépression où puisse se loger l'épiderme épaissi.
2° Faire confectionner des formes pour la chaussure qui représentent d'une manière outrée les saillies que le pied présente au niveau des orteils, de façon
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à ce qu'en mouillant le cuir de la botte ou du soulier sur ces formes, le cuir, en se desséchant, conserve la disposition du bois et offre une dépression dans laquelle le cor, les durillons, les tumeurs dites oignons puissent être logés à Taise.
3° Éviter, surtout, les chaussures très-étroites ou encore celles qui sont trop larges, dans lesquelles le pied vacille, et vient frapper à chaque instant sur la surface du cuir.
4° Placer autour de la saillie épidermique (cors, durillons , oignons , etc.) une rondelle composée de plusieurs couches de taffetas enduit de diachylum, placées autour les unes des autres et percées au centre d'un trou circulaire dans lequel se trouve engagée la production épidermique, et cela d'une manière assez profonde pour que la pression de la chaussure s'exerce sur la rondelle et non pas sur le point malade.
5° Il faut couper (avec un instrument bien affilé et propre) en couches très-minces la masse d'épiderme endurcie, et en enlever davantage au centre que vers la circonférence, de façon, encore, à ce que les points les plus douloureux du mal étant plus évidés que les alentours, ces points cessent de pouvoir être comprimés.
Ces moyens si simples suffisent presque toujours pour remédier aux cors, aux oignons, etc., et sont bien préférables à toutes les méthodes dangereuses qu'emploient d'ordinaire, dans des cas pareils, tant ' de gens qui s'intitulent pédicures.
33. Maladies de la peau et des jointures du gros orteil causées par des plis de la chaussure et simulant la goutte aux pieds.
Les accidents symptomatiques, initiaux ou même caractéristiques de l'affection désignée sous le nom de goutte (oxurémie), consistent, comme on le sait généralement, en une inflammation aiguë de la peau et du tissu cellulaire qui recouvre et entoure l'articulation de la première phalange du gros orteil avec le premier os métatarsien. C'est dans cette jointure que, lors de la marche, se passent les grands mouvements du pied, et il en résulte que l'empeigne des chaussures, sur le point qui correspond au centre de ces mouvements, est sans cesse fléchie et redressée, de façon à former un pli dont la saillie est en dedans et la dépression en dehors. C'est précisément sur l'endroit où l'articulation se trouve que cette saillie vient presser, et si le cuir de l'empeigne est très-dur, il arrive que la peau et même la jointure sont blessées et s'enflamment. Un homme, robuste et sobre, jouissant d'une bonne santé, qui n'avait jamais eu d'attaque de goutte, et dont le père et la mère n'a^mient jamais été atteints de cette affection ni de gravelle, me consulta, fort inquiet qu'il était, alors qu'il fut pris d'une douleur avec rougeur vive, chaleur brûlante et tuméfaction considérable de la partie du pied dont je viens de parler. Constatant l'absence des circonstances générales sous l'influence desquelles se manifeste ordinairement l'oxurémie
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(excès d'acide urique dans le sang, diathèse goutteuse) (1), je cherchai avant tout, suivant mon habitude, si quelque cause matérielle n'avait pas donné lieu à ce phénomène local, et j'examinai avec soin la botte du patient. Le cuir en était très-épais et trèsconsistant, et précisément sur la partie qui correspondait au point le plus douloureux, je vis que le pli que j'ai signalé était trè^-profond et que sa saillie interne se trouvait très-prononcée. Lorsque M. X... était chaussé et qu'il marchait, le pli se dessinait plus fortement encore, la saillie intérieure devenait considérable, et, alors, la douleur était on ne peut plus vive; la pression extérieure occasionnait une souffrance beaucoup plus aiguë au niveau du pli du cuir que partout ailleurs. Depuis huit jours, le mal augmentait sans cesse. Ma diagnose fut qu'il ne s'agissait pas d'une attaque de goutte, mais bien d'une simple lésion de cause extérieure. Je fis couper la botte sur ce point; à la place du cuir un morceau de taffetas noir fut placé ; le lendemain le mal fut calmé; le second jour il n'existait plus. M. X... porta ensuite et pendant quelque temps des bottes en chevreau. Le mal récidiva trois ans après, et alors encore la mêfne cause avait déterminé le même effet, et, tout d'abord, la même précaution hygiénique remédia aux accidents. Depuis cinq ans, M. X... ne porte plus que des bottines trèsmolles et très -flexibles, et le mal n'a pas reparu.
(; ) Traité de Médecine pratique par M. Piorry^ article Agréinie, t. III. — Traité de la goutte, par M. le docteur Galtier-Boissière.
Cette observation doit démontrer aux diathésimanes qu'avant d'admettre Faction de causes internes présumées, il faut d'abord bien constater qu'il n'existe pas certaines circonstances locales qui causent et entretiennent les lésions.