Petits corps étrangers entre les paupières et l'œil
Et d'abord, il arrive souvent que de petits corps étrangers, difficiles à apercevoir et que l'on extrait encore avec plus de peine, s'introduisent entre les paupières, blessent la conjonctive, et deviennent une
source de douleurs et d'accidents plus ou moins graves. On a proposé pour enlever ou au moins pour déplacer ces corps, qui remontent quelquefois trèshaut sous la paupière supérieure, diverses petites manœuvres qui ne sont pas sans utilité. Le procédé suivant m'a réussi le plus souvent: on s'assure bien, par une douce pression, du point où la souffrance est la plus vive ; puis oh porte tout à fait en dedans la paupière douloureuse, qui d'ailleurs est très-mobile; on appuie alors sur l'œil à travers ce voile musculomembraneux. On le fait de façon à ce qu'aucun corps de quelque volume ne puisse passer sur le point comprimé entre l'œil et le repli qui le recouvre. Alors on tire peu à peu en dehors la paupière , et presque toujours, soit du premier coup, soit à une seconde ou à une troisième reprise, le corps étranger déplacé est reporté vers le grand angle de l'œil , et cesse complètement de causer des douleurs ou une congestiou inflammatoire.
39. Inflammations légères de l'œil. — Ophthalmies ou ommites légères. — Utilité du sulfate de zinc.
Les ommites ou ophthalmies légères, surtout celles auxquelles donnent lieu les excès d'études et les veilles, ommites qui déterminent une pénible démangeaison vers cette partie de l'angle interne de l'œil que l'on appelle caroncule lacrymale, se dissipent très-promptement et souvent en vingt-quatre heures, par l'introduction entre les paupières d'un fragment
très-petit de pommade dite de Lyon, ou mieux encore d'une goutte d'un mélange composé de 5 centigrammes de sulfate de zinc, de 25 grammes d'eau très-pure (ou mieux d'eau distillée), et d'une trèspetite proportion d'eau de roses (dont on peut se passer). Pour introduire cette eau, la tête du malade est renversée en arrière, les paupières sont écartées par un aide, et on laisse tomber une goutte du liquide, s'écoulant d'un cure-dents ou d'une plume qui y a été trempée.
40. Compression et injections dans l'ophthalmie grave avec œdème inflammatoire des paupières.
Dans la très-grave épidémie d'ommite ou d'ophthalmie qui, à la suite du choléra, a régné en 1832, parmi les orphelins de la maison de refuge, et dont fat publié r histoire dans ma clinique de la Pitié, il se déclarait une tuméfaction considérable, inflammatoire et œdémateuse des paupières. Entre celles-ci et le globe de l'œil avait lieu un écoulement puriforme abondant que sécrétait la membrane conjonctive couverte de granulations; les paupières restaient closes, et au-dessous d'elles, des ulcérations de la cornée transparente se déclaraient, se perforaient et même souvent l'œil se perdait. Le mal était contagieux, et le pus qui s'en écoulait communiqua cette terrible affection à l'une des sœurs du service. Les faits conduisirent à admettre que cette affreuse ommite avait été causée par des miasmes produits
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et dégagés à la suite de Fencombrement d'un grand nombre d'enfants dans un espace étroit. Or, tous les moyens généraux et locaux : sangsues , purgatifs , lotions, azotate d'argent, sulfate de zinc, etc., échouèrent, et les seules médications qui furent vraiment utiles se bornèrent aux plus simples et en même temps aux plus rationnelles, je veux dire : à des soins de propreté, à l'aération, à des injections fréquentes d'eau pure entre l'œil et les paupières, et à la compression de la tumeur formée par celles-ci, au moyen de ouate placée sur l'œil, et maintenue par un bandage roulé.
41 . QEdème ou hydrethmie des paupières causé par une lunette dite pince-nez.
L'œdème non inflammatoire des paupières (hydrethmie blépharique) est assez rarement observé. Dans un cas particulier, c'est par une simple précaution hygiénique que j'y ai remédié, tandis que les médicaments actifs les plus variés n'avaient en rien réussi. La raison de ces résultats si différents était que, dans cette dernière médication, la cause anatomique du mal demeurait inconnue et que l'on avait pu la constater dans la première. Voici l'abrégé de ce fait :
Un créole, âgé de cinquante ans, fut atteint d'un gonflement considérable des deux paupières; de chaque côté, le pourtour des orbites ainsi que la partie supérieure du nez participaient à la tuméfac-
tion, due évidemment à une collection séreuse et non inflammatoire, survenue dans le tissu cellulaire de ces parties. On avait eu recours avant moi à des purgatifs, à des diurétiques, à divers médicaments qui n'avaient produit aucune amélioration dans les symptômes observés.
J'examinai successivement les reins et Farine, le cœur, le foie, la rate : nulle part je ne pus constater de lésions susceptibles de donner lieu à Fœdème ou hydropisie générale (je laisse,, bien entendu, à des médecins fantaisistes l'admission d'une cachexie œdémateuse ou hydropique) ; faisant grand cas des travaux de Ribes, de Magendie, de Bouillaud, et ayant souvenir de plusieurs faits remarquables observés par moi, dans lesquels des hydropisies consécutives avaient été les suites d'oblitérations veineuses. J'appelai Fanatomie à mon aide; je me rappelai que les veines de la région dorsale du nez (veines nasales) rapportent le sang et la sérosité des paupières et de la peau de la région rhinique dans la circulation générale, et je remarquai en même temps que le malade portait une lunette pince-nez dont le ressort était très-serré. Au-dessus du lieu sur lequel portait cette lunette, les veines nasales étaient distendues; au-dessous, elles étaient vides. îl était naturel de penser que la compression de ces vaisseaux déterminait le mal.
Je fis ôter les lunettes; le soir il n'y avait plus d'oedème. On les remit le lendemain, tout d'abord
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l'enflure reparut ; et, à quatre reprises, l'hydropisie cessa ou se manifesta, suivant que le pince-nez n'était plus en place ou y était remis. La relation de la cause à l'effet étant évidente, la guérison radicale suivit le conseil que je ne manquai pas de donner d'éviter toute compression ultérieure des veines nasales par le pince-nez.