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Tumeur lacrymale, compression préventive

La tumeur qui se forme quelquefois au-dessous de l'angle interne de Fœil, près du nez, et qui est due à la rétention et à l'accumulation des larmes dans leur réservoir (appelé sac lacrymal), tumeur à laquelle j'ai donné le nom de cystodycrasie, est presque toujours suivie de l'inflammation, du ramollissement et de la perforation de la cystodycre (sac des larmes), perforation qui constitue la fistule lacrymale. Cette lésion est difficile à guérir, et on peut, dans quelques cas, ainsi que cela m'est arrivé trois fois, la prévenir par le procédé suivant :

Un doigt est porté sur les canaux et les points lacrymaux situés à la face interne du rebord libre des paupières, près de l'angle interne de l'œil, de manière à empêcher tout reflux des larmes de ce côté ; en même temps, on presse sur la tumeur, de haut en bas et dans la direction du canal nasal situé près du nez. Par cette manœuvre, on cherche à surmonter l'obstacle qui s'oppose à la sortjp facile des larmes dans son conduit d'excrétion, Ejû corfi*viqnt pendant quelque

temps cette manœuvre, en pressant avec un certain degré de force, en renouvelant ce moyen tous les jours pendant plusieurs semaines, et en le faisant surtout lorsque la tumeur est très-pleine de liquides, on obtient des succès inespérés. Éviter une opération au moyen de médications simples, doit être le but de tout médecin consciencieux, et les faits m'ont prouvé que le mode de curation précédent peut quelquefois suffire pour remédier à la tumeur lacrymale.

43. Rapprochement et occlusion des paupières par des bandelettes agglutinatives ; avantages de ce procédé. Résultats remarquables (1).

Il est un appareil on ne peut plus simple, mais d'une extrême utilité, qui, dans plusieurs affections des yeux, m'a donné des résultats très-avantageux. Je veux parler des bandelettes de taffetas ichtyocollé, dit d'Angleterre, ou, encore, de taffetas enduit d'une couche mince de diachylum extrêmement agglutinatif, appliquées sur les paupières, de façon à les empêcher de s'écarter et à maintenir l'occlusion de l'œil.

Voici comment on emploie ce moyen : on découpe trois de ces bandelettes de façon à leur donner quatre à cinq centimètres de long sur un demi-centimètre de large; on recommande au malade de fermer très-exactement l'œil par le rapprochement des paupières, et alors on applique les bandelettes à un demi-centi-

(1) Traité de Médecine pratique, t. vm, nos 11, 415.

mètre l'une de l'autre, de façon à ce que la moitié de ces petits appareils soit fixée sur la paupièresupérieure, tandis que l'autre est adhérente à l'inférieure. S'il s'agit de taffetas ichtyocollé, on humecte parfaitement celui-ci avant de l'appliquer, et on le laisse se dessécher complètement pour éviter que les paupières ne s'écartent.

Si l'on emploie le taffetas recouvert de diachylum, on le place de la même manière et l'occlusion a lieu de suite.

Par l'un ou par l'autre de ces procédés, on obtient les avantages suivants :

1° On évite à la surface de l'œil le contact de l'air;

2° On prévient celui de la lumière;

3° On empêche le clignotement, c'est-à-dire le mouvement instinctif des paupières, qui fait que les surfaces de la conjonctive ou de la cornée, divisées ou enflammées, sont lésées par un frôlement continuel ou réitéré ;

4° On prévient les alternatives de température et surtout l'influence des courants d'air froid, si redouté par les malades;

5° On force l'œil à ne pas agir, à se reposer, et chacun sait que, dans un grand nombre de cas, suspendre l'action d'un organe est un moyen puissant pour guérir ses maladies ;

6° On retient les larmes entre les paupières et l'œil, de manière à ce que l'air ne dessèche pas la surface oculaire, et à maintenir celle-ci dans une humidité

tiède propre à remplacer avantageusement les cataplasmes ;

7° On ne se trouve plus dans la nécessité d'appliquer sur les paupières, alors que l'on veut en maintenir l'occlusion, des appareils pesants qui, loin de remédier aux ophthalmies, ne font qu'en augmenter l'intensité.

Ces nombreux avantages expliquent du reste Futilité extrême que, dans des cas variés de maladies des yeux, présente l'occlusion des paupières par le procédé dont il vient d'être parlé.

44. Ce n'est pas en Angleterre, mais à Paris., que l'on a imaginé et employé d'abord l'occlusion des paupières.

On m'excusera, j 'espère, si je rappelle ici que j'ai le premier mis en usage la méthode dont il s'agit. C'est vers 4838, dans un temps où l'émeute régnait à Paris, que, dirigé par des idées physiologiques sur les mouvements des paupières, sur les effets du frottement des deux lames de la conjonctive entre elles et sur les fonctions de l'œil ; c'est vers 1838, dis-je, que dans un cas d'ommite qui avait résisté à divers traitements, j'appliquai pour la première fois des bandelettes de taffetas ichtyocollé. Le succès de l'occlusion fut tel, ici, qu'en vingt-quatre heures le mal était guéri. Ce fait doit avoir été consigné dans la Gazette des Hôpitaux d'alors, et, depuis, j'ai employé très- fréquemment et presque toujours avec avantage, dans les maladies de l'œil, l'occlusion des paupières.

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io. Cas principaux dans lesquels l'occlusion des paupières est utile : plaies de la conjonctive, corps étrangers ; plaies de la cornée; opération de la cataracte; inflammation de l'iris et des parties profondes de l'œil.

On a dit que cette méthode avait été d'abord pratiquée en Angleterre. Il y a peu de temps, j'ai revendiqué, devant F Académie, la priorité de cette médication, et je crois que cette priorité nepeut plus m'être contestée. Voici les principaux cas dans lesquels j'ai eu recours au traitement par Focelusion des paupières :

1° Dans des plaies superficielles de la conjonctive oculaire et même de la cornée.

Un maçon, qui travaillait à une maison où je faisais faire des réparations, reçut, en martelant, un éclat de pierre qui divisa superficiellement et le kérate (cornée transparente) etla partie voisine de la conjonctive; la petite blessure, ou, si Ton veut, l'éraillure, avait huit ou neuf millimètres d'étendue ; la douleur, la photophobie, le larmoiement, étaient extrêmes. J'appliquai sur-le-champ les bandelettes ichtyocollées; Focelusion fut très-exacte et la guérison eut lieu d'une manière si rapide, que le surlendemain le blessé put reprendre ses travaux.

2° Dans les cas où de petits corps étrangers s'engagent entre l'œil et les paupières et lorsqu'on n'est pas parvenu à les enlever par les moyens ordinaires Lors de l'occlusion palpébrale, ces petits corps se fixent sur le point où ils se trouvent; ils ne se déplacent plus et

dès lors, cessant de blesser l'œil, ils ne causent plus de douleur. Le lendemain, ils sont éliminés sans que l'on s'en aperçoive.

3° Dans la plaie de la cornée que nécessite l'opération de la cataracte par extraction, dans les piqûres faites pour rabaissement ou le broiement du cristallin, l'appareil occlusif avec les bandelettes agglutinatives est infiniment préférable aux tampons de charpie ou de coton, et aux bandeaux dont on couvre l'œil des opérés.

4° Dans un très-grand nombre decasd'ophthalmies légères, surtout alors que la cornée s'altère et qu'il y a photophobie, les bandelettes noires recouvrant l'œil et prévenant l'action de la lumière, etc., ont, sous ce rapport, une très-grande utilité.

5° Il en a été ainsi dans des inflammations de l'iris ou irisites, et j'ai été assez heureux, dans un grand nombre de cas, pour avoir vu une affection aussi sérieuse que celle-là, et qui résiste parfois si obstinément aux applications de sangsues, aux vésicatoires, aux onctions mercurielles, etc., se dissiper complètement sous la simple influence de l'occlusion des paupières. J'ai encore sous les yeux le jeune enfant d'un de mes anciens élèves et amis, M. le docteur Paréja, de Xérès, qui vient d'être débarrassé de cette façon et en trois jours d'une irisite fort grave.

Nous verrons bientôt que ce ne sont pas là les seules maladies des yeux qui se trouvent améliorées ou guéries par l'emploi de l'appareil occlusif des paupières.

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