Moyens simples de traitement dans l'épilepsie
Quoi qu'il en soit, on ne peut guère arrêter dans sa marche un accès de ce genre, alors qu'il a dépassé la période d'éblouissement; presque toutes les tentatives qui ont été faites dans cette intention ont échoué ; mais, en tenant compte des causes qui provoquent le retour des attaques, on peut encore espérer prévenir celles-ci.
Les plus graves de ces attaques sont celles dont les auras commencent par des symptômes en rapport avec la vue (éblouissements, regard fixe, etc.), et Ton remarque que, dans de tels cas, très-souvent le travail soutenu et laborieux de l'œil, l'excitation de la sensibilité optique par une lumière vive, provoquent l'invasion de l'accès. Tenant compte de ce fait, j'ai prévenu quelquefois le retour du mal en faisant porter aux malades des lunettes qui rendaient la vision plus
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facile, et en évitant l'action d;une lumière éclatante. L'un de ces malades, ainsi guéri, avait éprouvé la première attaque de son mal au siège d'Anvers, au moment où il avait été ébloui par le feu d'une mine qui venait d'éclater.
Dans d'autres observations, et notamment chez un fermier du marquis de C..., il est arrivé que le mal survenait à une heure fixe de la nuit; j'ai fait réveiller le malade une demi-heure avant l'époque de l'accès, et j'ai fait administrer tous les quatre ou cinq jours, et d'un seul coup, un gramme de quinine dissous dans l'alcool étendu. Les attaques qui avaient lieu plusieurs fois n'ont pas reparu. Ma pratique, souvent suivie de succès 9 est de chercher à troubler l'oscillation nerveuse initiale ou Y aura à son début, surtout au moment où il est probable qu'elle va se déclarer. Le moyen intérieur que j'emploie le plus souvent dans cette intention est une potion ainsi composée :
Deux grammes de quinine, une proportion suffisante d'alcool pour bien dissoudre la quinine et assez d'eau pour étendre la dissolution sans précipiter la première, et, enfin, 5 grammes de teinture de cannelle. On fait prendre une cuillerée à bouche de cette potion aussitôt que Y aura initiale survient.
Dans un cas récemment observé dans ma clinique et sur un malade atteint d'affection de la rate, d'accès fébrile, d'angine de poitrine et consécutivement de troubles de la vue et d'attaques d'épilepsie, l'extrait quinoïde, à la dose de deux cuillerées,
a produit les plus heureux résultats. La rate reprit très-promptement, à la suite de l'emploi de ce médicament, ses dimensions normales. Les accès de fièvre et d'angine de poitrine, ainsi que les attaques d'épilepsie, qui, d'abord, avaient lieu un grand nombre de fois dans vingt-quatre heures , s'éloignèrent de quarante-huit heures, puis de plusieurs jours, et finirent par ne plus se reproduire pendant la dernière quinzaine du séjour du malade à l'hôpital.
Ailleurs il a suffi de comprimer fortement par une ligature ou autrement un nerf par lequel se propageait vers la tête et l'œil le frémissement oscillatoire de Y aura, pour brusquement arrêter une attaque qui aurait été inévitable sans cette précaution.
53. Strabisme ou action de loucher ; moyens simples d'y remédier. Occlusion de l'œil sain par des bandelettes.
Lorsque l'axe de chaque œil n'est pas dirigé dans le même sens et ne se porte pas vers le même objet, il en résulte le strabisme, infirmité ou au moins difformité très-désagréable à voir , et qui rend la vision moins certaine et moins fixe. Le stéréoscopisme conduit même à faire supposer que les personnes qui louchent ne doivent pas aussi bien que d'autres apprécier les distances et juger de la perspective. — Quoi qu'il en soit, on a essayé beaucoup de moyens pour ramener l'œil ou les yeux déviés à leur direction naturelle. On sait que Buffon faisait porter une lunette noire dont chaque lentille était percée d'un trou
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central. Il voulait forcer ainsi les yeux à se porter vers les mêmes points de l'espace. Roux, qui louchait extrêmement, comprit très-bien la cause de son infirmité, il vit qu'en général c'était parce que l'un des yeux voyait moins bien que l'autre, parce qu'il était faible qu'involontairement et à son insu le malade détournait cet œil de l'axe naturel de la vision et de la direction de l'autre œil. Il imagina de faire voiler l'œil fort et de faire travailler le faible à l'effet d'augmenter son action et de rendre ce dernier plus fort , et cela en même temps que le repos diminuait l'énergie du premier. 11 espérait, en procédant ainsi, équilibrer la force des deux yeux, et, par suite, les ramener tous les deux à la même direction. Les appareils qu'il fit placer sur l'œil fort pour le voiler étaient très-embarrassants et réussissaient fort peu, ce qui fit oublier, en très-grande partie du moins, la méthode de Roux. Le fait est qu'après l'avoir utilisée sur lui-même, il se proclamait guéri et qu'il était seul de son avis.
Ce fut beaucoup plus tard que l'on pensa à pratiquer la section du muscle qui entraînait l'œil faible dans une direction différente de celle de l'œil fort. On coupait le muscle droit interne si l'œil était porté en dedans, le droit externe, s'il était dirigé en dehors, etc., et par un abus de mots singulier, on appelle ténotomie (section d'un tendon) et non pas myotomisme (méthode de diviser un muscle) une opération dans laquelle on coupait non pas un tendon, mais bien un muscle.
J'ai réfléchi depuis sur l'explication de Roux et sur sa méthode, et depuis que les bandelettes agglutinatives m'ont permis de rendre facile et sans inconvénients l'occlusion des paupières, je l'ai utilisée pour la curation du strabisme. Ainsi que Roux, je fais fermer Y œil fort; mais c'est au moyen de mon appareil que le rapprochement des paupières est obtenu. L'œil faible est forcé d'agir et de se porter directement sur les objets et bientôt (c'est-à-dire après sept ou huit jours) il revient à sa direction naturelle.
54. Action volontaire pour ramener l'œil dévié à sa rectitude et clans l'axe de la vision.
Il est vrai qu'à ce procédé si simple j'ajoute un exercice des yeux qui n'est pas moins utile. Les bandelettes agglutinatives qui fixent les paupières sont enlevées trois ou quatre fois par jour, et alors, pendant un quart d'heure ou plus, la personne atteinte de strabisme tient près du nez un corps allongé, tel que le doigt ou un crayon. Tout aussitôt qu'elle cherche à le fixer, il arrive , tant que l'action de loucher continue, que le corps dont il s'agit paraît double. Je prescris alors de faire tous les efforts possibles pour n'en voir qu'un seul, et lorsque ces efforts ont été continués pendant un certain temps, je parviens à obtenir ce résultat. Quand je suis assez heureux pour qu'il en soit ainsi, les deux yeux peuvent se porter sur le même objet, et par conséquent le strabisme a disparu.
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Dans quatre cas, et dans quelques autres depuis, j'ai complètement réussi par ce procédé à guérir le strabisme, et ce sont les seuls dans lesquels je les ai employés. L'un d'eux a été publié dans la Gazette des Hôpitaux (3 juillet 1860), par M. Adolphe Ramond, mon secrétaire particulier, et voici l'observation dont il s'agit :
Mlle T..., âgée de onze ans, d'une constitution plutôt faible que forte, et n'ayant éprouvé aucune affection cérébrale, était atteinte depuis sa première enfance d'un strabisme en dedans de l'œil gauche tellement prononcé que, lorsqu'elle fixait un objet, la cornée se portait tout à fait vers le front et vers la racine du nez. Elle voyait cependant des deux yeux; car, si l'on fermait l'œil droit, elle distinguait nettement soit les corps, soit les couleurs^ soit les distances; seulement, l'œil gauche était très-faible et la vue moins parfaite de ce côté que de l'autre. L'expression générale du faciès était tout à fait désagréable ; plus la jeune malade regardait fixement et plus la difformité était marquée.
Les parents vinrent me consulter à l'effet de savoir s'il convenait de pratiquer l'opération du strabisme, c'est-à-dire la section sous-conjonctivale du muscle droit interne de l'œil gauche. Avant de conseiller cette opération, je pensai qu'il convenait d'essayer une médication plus douce, et j'étudiai organiquement et physiologiquement comment le strabisme se manifestait. Je demandai à l'enfant si un
doigt que je plaçais à vingt centimètres des yeux et vis-à-vis la ligne médiane lui paraissait simple ou double, et Tentant répondit qu'elle en voyait deux. Je m'assurai que jusqu'à une distance assez grande il en était ainsi. Quand la jeune fille voulait regarder le doigt et lorsqu'elle cherchait à le voir simple, la prunelle de l'œil gauche venait tout d'abord se placer en dedans sous la paupière.
Il était donc évident que c'était pour mieux fixer les objets, pour mieux voir une seule image qu'instinctivement l'enfant portait l'œil gauche en dedans de Taxe de la vision.
Réfléchissant à ce qui se passe dans l'action de regarder au stéréoscope, je me rappelai que, voyant d'abord deux objets avec les deux yeux, on finissait, en continuant à fixer, à n'en voir plus qu'un seul ; qu'il fallait bien, dans ce cas, que, par l'habitude et la volonté, on ramenât ces organes à une direction convenable pour bien voir. Il me sembla que dans le strabisme on pourrait obtenir un résultat analogue.
Dans cette idée, je plaçai l'indicateur de la main droite à 20 centimètres du nez de l'enfant, qui déclara voir deux doigts; puis j'engageai cette jeune fille, fort intelligente d'ailleurs, à regarder de telle sorte qu'elle n'en vit qu'un seul (1). Elle y parvint et, chose remarquable, l'œil gauche revint tout d'abord à sa di-
(î) Si l'on veut que la guérison soit radicale, 11 faut continuer pendant plusieurs semaines l'occlusion des paupières et l'exercice nécessaire pour la vision d'un seul objet.
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rection naturelle ; cette pratique fut réitérée avec le même succès, et une dame, fort intelligente aussi, se chargea de tous les détails de ce traitement, qui fut exclusivement employé.
L'œil fort (l'œil droit), ainsi que Favait conseillé Roux, fut tenu fermé, mais non pas avec l'appareil très-incommode proposé par le chirurgien de rilôtcl- Dieu ; je me servis de celui que j'ai proposé (p. 66) et employé dans un très-grand nomhre de cas avec tant de succès : j'abaissai la paupière supérieure sur l'inférieure avec trois bandelettes de taffetas ichthyocollé, et dans le jour on ôta ces bandelettes toutes les fois que l'on voulut exercer l'œil à fixer les objets; l'œil faible (l'œil gauche) fut ainsi forcé de fonctionner, et se fortifia.
Actuellement, et depuis un mois et demi après le commencement de cette curation, les deux yeux se dirigent si bien dans le même axe qu'il est impossible de s'apercevoir que l'enfant louche ; elle est devenue capable de se livrer à des' études qu'auparavant elle ne pouvait pas faire.
Le second a trait à la jeune fille d'un horloger de la rue Joubert. Cette enfant était atteinte d'un strabisme convergent de l'œil droit si marqué que l'on ne voyait, entre les paupières, que le blanc de cet œil (1).
Le troisième fait se rapporte à une jeune personne de province qui louchait excessivement ; le quatrième
(1) Je viens de revoir cette jeune fille que j'avais soignée ainsi il y a deux ans; sa guérison du strabisme est complète.
enfin a eu pour sujet un jeune docteur de mes élèves qui avait appartenu à la marine impériale et chez lequel, en très-peu de jours, le strabisme se dissipa presque complètement. Depuis, j'ai perdu de vue ce jeune homme, qui devait continuer ce traitement et me revoir dans le cas où la guérison ne serait pas complète.
J'aurais à parler de quelques autres moyens de remédier aux ommopathies; mais ils seraient trop compliqués pour rentrer dans le cadre de ces leçons, et je me hâte de parler de la curation, par des moyens simples, de certaines affections des organes de l'audition.