Ulcérations des narines
Les excoriations, les ulcérations de l'ouverture des narines, celles surtout qui existent dans le petit enfoncement situé au-dessous de la pointe du nez (1), souvent se recouvrent d'une croûte qui empêche l'évacuation du pus qu'elles forment; celui-ci s'altère, et de là résultent des causes organiques très-puissantes : d'érésipèle (pages 18, 33, etc.), d'engorgements des ganglions lymphatiques sous-maxillaires (page 34), et de diverses affections de la peau.
Déjà j'ai parlé de faits du même genre pour diverses affections de la face (page 34, etc.) ; mais la trèsgrande utilité attachée à leur étude fait que je reviens à dessein sur ce sujet. Des lotions, des bains locaux du nez avec l'eau tiède, une propreté exquise, des onctions très-souvent réitérées avec l'huile d'amandes douces, imprégnant une boulette de coton (que Ton peut même laisser dans la petite cavité située derrière la pointe du nez), suffisent, le plus souvent, pour guérir les ulcérations dont il s'agit et pour prévenir leurs conséquences dangereuses. Si tous ces moyens échouent, les attouchements avec l'azotate d'argent réussissent d'une manière presque constante.
70. Croûtes des narines dans diverses affections et surtout dans la fièvre dite typhoïde et dans la variole.
Jamais il ne faut arracher les croiites qui entourent
(1) Lorsque le bout du nez présente très-fréquemment une rougeur vive et inflammatoire, presque toujours cet accident est
ti.
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l'orifice du nez, et cela, soit que du pus les l'orme (pyolithes), soit qu'elles se trouvent constituées par des mucosités ou du sang desséché (blennolithes, hémolithes). On ne doit les enlever qu'après les avoir ramollies soit avec de l'huile, soit avec de l'eau tiède.
C'est principalement lorsqu'à la suite de la petite vérole, les narines sont obstruées par des pyolithes épaissies qui, formant une sorte de bouchon, empêchent ainsi l'air de pénétrer dans le tube aérien, qu'il est urgent de débarrasser le malade de ces dangereuses concrétions. Il est fort difficile d'y parvenir ; mais avec de la persévérance, en employant pendant plusieurs heures de suite et les lotions aqueuses et les onctions huileuses, on finit par enlever ces croûtes et par rétablir le passage de l'air.
Il en est ainsi pour les enduits noirs et épais qui, dans les fièvres dites typhoïdes, viennent à se former à l'ouverture du nez, et qui ont non-seulement l'inconvénient de boucher les narines, mais encore celui de répandre dans l'air et de faire respirer par le malade des émanations putrides, et cela, dans des affections où la septicité joue un rôle extrêmement dangereux.
71. Poils dans les narines, — Danger de les arracher, de les couper, etc.
Jamais on ne doit arracher les poils qui se développent dans les narines et qui ont pour effet de
dû à une ulcération de la membrane muqueuse située au-dessous du point enflammé.
tamiser l'air qui y pénètre et d'empêcher son contact direct, alors qu'il est froid et humide, avec la membrane interne du nez. Lorsque ces poils sont coupés ras, il en résulte que, lors de l'application des parois nasales l'une contre l'autre, il survient de la douleur, et, qui pis est, une inflammation qui s'étend de bas en haut dans les cavités du nez et parfois plus loin. Le meilleur parti à prendre ici est de couper ces poils; mais seulement de niveau avec le rebord des narines, ce qui, en général, n'est pas suivi de rhinite ou rhume de cerveau.
Cette rhinite est souvent déterminée par des circonstances plus légères encore. // suffit, pour la causer, de laisser pénétrer un peu d'eau froide dans les cavités nasales soit en se baignant, soit en se nettoyant la figure, ou, encore, en se faisant la barbe.
72. Rhinite (rhume de cerveau), onctions huileuses dans les narines.
Un moyen de prévenir le rhume du nez et d'en arrêter la marche extensive annoncée par des picotements, de l'éternument, de la difficulté à respirer par les narines, est d'introduire le petit doigt, trempé dans de l'huile d'olive ou d'amandes douces, le plus haut possible dans les cavités nasales (1). Ce n'est pas une seule fois que cette onction doit être pratiquée;
(1) Une bonne précaution hygiénique et qui suffit pour prévenir l'invasion de la rhinite, est d'avoir recours à cette médication, tout aussitôt que la barbe vient d'être faite.
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mais il faut la réitérer à huit ou dix reprises par jour, at chaque fois que Ton a recours à ce petit moyen, il en résulte un soulagement marqué qui, en continuant la même pratique, est, en général, suivi d'une guérison complète.
Il n'est pas très-facile de comprendre comment il se fait que des causes de lésions aussi légères que révulsion des poils, que Peau froide introduite dans les narines, que le contact de l'air humide, etc., causes qui n'agissent qu'à l'entrée des narines, déterminent bientôt l'inflammation très-profonde de la membrane nasale, et que des onctions huileuses, faites sur les mêmes points, arrêtent promptement l'extension de ce mal. Le fait n'en est pas moins certain et peut, en définitive, s'expliquer par les communications membraneuses, vasculaires et nerveuses qui ont eu lieu entre les téguments et les bulbes des poils des narines et les parties reculées des fosses nasales et des sinus. Bien plus, c'est que la rhinite est très-souvent suivie de l'inflammation du larynx, des bronches et de leurs ramifications, et que c'est par des communications semblables que cette propagation thérapeutique s'explique. Quoi qu'il en soit de cette même explication, il est certain qu'en prévenant l'extension de la rhinite par des onctions huileuses pratiquées fréquemment et profondément dans les narines, on prévient aussi le développement ultérieur de laryngites et de bronchites si souvent suivies elles-mêmes de pneumophymie (phthisie pulmonaire), tant il est vrai que les
plus petites circonstances ont fréquemment, en pathogénie et en thérapeutique, une influence sérieuse.
73. Nécesité de maintenir chez les fébricitants et chez les petits enfants les narines ouvertes. — Large canule en caoutchouc introduite dans ces ouvertures.
Il est un grand nombre de fébricitants qui , ayant les narines rétrécies ou obstruées par des mucosités, ne respirent que par la bouche ; alors surtout se forment des enduits blanchâtres, jaunâtres ou même noirâtres et fétides, soit sur la langue et les dents, soit sur le palais et les lèvres. Bientôt il sera parlé de ces enduits, mais ce n'est encore là que le plus petit inconvénient attaché à l'obstruction des narines.
La peine à respirer, qui résulte de leur défaut d'ouverture , détermine des troubles dans l'oxygénation du sang (oxémisme), qui donnent naissance à des phénomènes fâcheux. Chez les enfants à la mamelle, une rhinite suivie d'oblitération des narines est extrêmement grave, parce que le nourrisson, ne pouvant respirer lorsqu'il tette, se nourrit très-difficilement.
Je ne sais pourquoi, dans tous les cas précédemment cités : croûtes dans le nez (comme on le voit dans la variole), épaisissement inflammatoire de la membrane nasale, etc., on n'introduit pas dans l'un des orifices supérieurs du conduit aérien, ou même dans l'un d'eux seulement, un tube de gomme élastique qui permette au gaz atmosphérique une entrée facile.
Ah ! certes, ce n'est pas sans un but bien utile que
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chez la plupart des mammifères et chez les oiseaux plongeurs, l'orifice du conduit aérien est tenu continuellement béant; c'est que l'air est le principal aliment de l'organisme. Aussi n'est-ce que chez les animaux qui restent longtemps sous Feau (les phoques, par exemple), que les narines ont des muscles qui les ferment et empêchent, de cette façon, ce liquide d'y pénétrer.
74. Influence de la pesanteur sur la respiration par le nez. — Moyens simples d'arrêter les hémorragies nasales. — Grandes inspirations : position, etc.
M. Isidore Bourdon a remarqué que, dans le sommeil, la membrane nasale se congestionne si bien du côté sur lequel le corps est couché, qu'elle se tuméfie assez de ce même côté pour que l'air ne puisse plus passer par la narine correspondante. Si l'on se place, ensuite, en sens inverse, c'est la fosse nasale opposée à celle d'abord oblitérée, qui, à son tour, est fermée, tandis que l'autre redevient spacieuse.
On peut, chez certains malades, et dans quelques cas de rhinite, tirer parti de ce fait.
Mais c'est surtout dans l'écoulement sanguin par les fosses nasales (épistaxis, rhinorrhémie) que, tenant compte de la forme et de l'organisation de celles-ci, il est utile de tirer parti des lois de la pesanteur. Tout en avouant que, chez les individus qui ont beaucoup de sang et qui sont menacés de congestion cérébrale et de maladies inflammatoires, on ne doit pas
arrêter l'hémorrhagie , on peut affirmer sans crainte qu'il faut se donner garde de s'en rapporter aux efforts de la nature, en laissant couler avec excès le liquide sans lequel on ne peut vivre.
Que de fois n'a-t-on pas vu la mort par anémie être la suite d'une confiance excessive inspirée par un vitalisme exagéré !
Naguère encore, un malade entra dans mon service ; ce pauvre homme , d'ailleurs très-robuste , avait été atteint pendant un jour d'une rhinorrhémie trèsabondante. On eut recours au tamponnement des narines et des ouvertures postérieures des fosses nasales, mais on ne réussit pas à faire cesser l'écoulement. Le lendemain, le sang s'échappait encore avec abondance, et une anémie mortelle était à craindre. Alors, appliquant à la membrane du nez (suite de la membrane laryngo -pneumonique) les idées qui m'avaient conduit à favoriser, dans les congestions et les hémorrhagies pulmonaires, l'acte respirateur (hyperpnéisme), je fis pratiquer coup sur coup au patient de très-profonds soupirs, et j'eus le bonheur de voir en une minute l'écoulement si bien arrêté qu'il ne reparut pas, et qu'en peu de jours le malade répara l'énorme perte de sang qu'il avait faite.
Depuis cette époque; j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'employer ce moyen, avec le même succès. Bientôt, à l'occasion des affections du larynx , des bronches et des poumons, je reviendrai sur cet important sujet»
Il est encore d'autres procédés très-simples pour
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arrêter l'écoulement du sang par les fosses nasales et pa ries narines.
Le premier est de faire tenir élevée la tête du malade en même temps qu'il est assis et que les bras et les jambes, serrés au-dessus des coudes et au-dessous des genoux par des ligatures, sont tenus sans point d'appui et durant quelques minutes plongés dans l'eau chaude. Nous verrons plus tard que ce moyen est utile dans d'autres affections congestives ou hémorrhagiques.
On a cité des faits dans lesquels l'élévation prolongée des bras au-dessus de la tète a brusquement remédié à une rhinorrhémie. Ce fait parait invraisemblable; je ne nie pas sa réalité, mais je ne l'ai pas observé.
Ce que je sais mieux, c'est qu'avant d'avoir recours au tamponnement nasal pratiqué au moyen de deux morceaux de ouate de coton ou de charpie fixés, l'un à l'orifice antérieur, l'autre à l'ouverture postérieure des fosses nasales, au moyen d'un lien introduit dans le nez à l'aide d'une sonde (1), on doit essayer de faire coaguler le sang dans la cavité du nez qui lui donne issue (2). Il suffit pour cela de boucher exactement la narine et de faire longtemps pencher la tête de telle façon que cette ouverture soit placée plus bas que tous les autres points des fosses nasales. Aussitôt que
(1) Ce moyen exige de la dextérité et de l'habitude.
(-2) Presque toujours l'hémorrhagle du nez n'a lieu que d'un
le caillot est formé, le sang cesse de couler ; mais pour que ce moyen réussisse, il faut que son emploi soit longtemps continué (1).
Il est indispensable encore d'attendre le plus possible après la disparition de l'écoulement sanguin avant de permettre au malade de se moucher et de permettre à l'air de passer à travers la fosse nasale, siège de Thémorrhagie ; autrement, les caillots oblitérants se détachent et il y a récidive.
La compression de l'artère carotide au cou peut aussi avoir dans la rhinorrhémie la plus grande utilité. D'autres petits moyens connus du public, tels que les aspersions d'eau froide sur la face, le froid sur la peau du corps, etc., peuvent aussi n'être pas toujours sans avantage.
75. Oblitération momentanée d'une narine dans la rhinite, cas d'exhalaisons, d'odeurs fétides par le nez.
Si le maintien de l'ouverture des narines est, dans plusieurs affections, bien souvent nécessaire, il est bon de se rappeler que, dans quelques autres cas, il est utile d'oblitérer momentanément l'une d'elles; il en est ainsi pour le côté malade alors qu'existe une rhinite intense ; c'est encore ce qui serait indiqué lorsqu'une odeur infecte, et surtout exhalée par des
(I) On ne doit pas oublier, en effet, que le sang suinte souvent d'une partie très-reculée des fosses nasales, et que l'afflux hémorrhagique cesse seulement alors que les cavités dont il s'agît sont remplies par des caillots.
escarrhes gangréneuses, viendrait soumettre le malade ou les assistants à des exhalaisons dangereuses et insupportables. Il est même bon de savoir que le goût de beaucoup de mets et d'un grand nombre de boissons ne se fait pas sentir alors que les narines sont fermées. Il en est ainsi, par exemple, de l'arôme des vins, de l'odeur de moisi et de divers médicaments, ce qu'en pratique il est bon de ne pas oublier.
L'odeur infecte émanée des fosses nasales atteintes d'ulcérations profondes (rhinelcosies) et le pus accumulé dans les caries ayant pour siège les os des fosses nasales est un désespoir pour ceux qui sont atteints de cet horrible mal et une cause de dégoût pour les assistants.
Les odeurs que l'on fait respirer au malade y dans l'intention de remédier à la fétidité, ne ser vent à rien ; tout au plus, on peut injecter de l'eau tiède dans le nez pour évacuer le pus et les liquides qui s'y trouvent. Dans aucun cas, on ne doit y porter de l'eau froide, car elle aurait, comme nous l'avons vu, l'inconvénient de donner lieu à la rhinite, qui souvent aggraverait le mal. Des onctions avec l'huile d'amandes douces, pratiquées très-profondément, sont encore ici très-utiles. On peut tenter, dans l'ozène, les inspirations de vapeurs de teinture d'iode échauffée dans un appareil convenable, et qui, employées conjointement avec un traitement mercuriel, m'ont merveilleusement réussi. Mais ce qui, dans un tel cas, est plus certain, et rend l'approche du malade
moins insupportable aux assistants, c'est de faire boucher, momentanément, les narines avec du coton.