Guration et palliation des hémorrhoïdes ou tumeurs
phlébostasiques de l'anus. #
Les tumeurs, dites hémorrhoïdes, qui se forment à l'anus, et qui ne sont autre chose que des dilatations
de vésicules réunies et communiquant entre elles, sont des infirmités d'autant plus cruelles qu'en général on les calme difficilement, et qu'on ne les guérit que par des opérations dangereuses et très-pénibles ; de ce nombre sont l'excision, plusieurs sortes de cautérisations et l'écrasement linéaire.
17o. Étude des causes et de la pathogénie des hémorrhoïdes.
En étudiant avec soin la manière dont les hémorrhoïdes se forment, le mécanisme et les causes anatomiques de leur production, on voit qu'il est possible d'éviter par des moyens très-simples, non-seulement les opérations douloureuses et parfois terribles dont il vient d'être parlé ; mais encore des méthodes de traitement qui ont aussi leurs inconvénients. De ce nombre sont : 1° les applications de cataplasmes qui favorisent, les dilatations veineuses, ou de sangsues qui donnent parfois lieu à des hémorrhagies dangereuses ; 2° la belladone administrée en suppositoire ou en injection ; ce médicament toxique est ici complètement inutile, et, si on le donne sous forme de pommade, il n'a d'autre vertu que celle qui est propre à la graisse dans laquelle il est incorporé ; 3° la ratanhia,qui souvent exaspère les douleurs et ne guérit pas, etc., etc.
Pour bien comprendre comment il faut traiter les hémorrhoïdes, il est indispensable de savoir :
1° Que les matières volumineuses et endurcies, quand elles sont contenues dans le dernier intestin, gê-
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nent le retour du sang qui revient par les veines de Fanus ;
2° Que les anneaux ou sphincters, alors quils se res-. serrent , compriment les veines dont il s'agit, et y mettent obstacle au retour du sang ;
3° Que, dans les cas où la membrane anale est blessées, ou rendue douloureuse, ces mêmes sphincters se resserrent ;
4° Que, par conséquent, il en arrive ainsi lors du passage par le fondement de scories indurées et inégales ;
5° Que, si une ou plusieurs tumeurs hémorrhoïdales ou polypiformes sortent de Fanus lors de la défécation, les sphincters en se contractant étranglent la base de ces tumeurs, y retiennent le sang, exaspèrent la congestion, produisent ainsi de la phlegmasie ou de la douleur, et le mal devient d'autant plus grave que Fanus est plus sec et plus resserré. Ajoutez à ceci que ces mêmes tumeurs, très-hyperémiées et dont le tégument est aminci, peuvent être déchirées, ulcérées par des scories ou par d'autres causes matérielles (attouchements, pressions, frottements), et que des hémorrhagies, des écoulements de liquides sanieux et fétides, mélangés ou non de matière, peuvent en être les résultats. En tenant compte de tout ceci , on comprendra la gravité, ou du moins Fimmense incommodité, qui sont les conséquences des circonstances organiques précédentes*
176. Moyens simples et hygiéniques de calmer, de réduire et même de guérir les hémorrhoïdes.
Il suffit, pour calmer les graves accidents dont il s'agit, et pour les prévenir : la'de tenir les hémorrhoïdes parfaitement propres, et cela au moyen de lotions avec Feau tiède ; — 2° d'introduire dans le fondement, au moyen de l'indicateur ou, s'il est trop volumineux, du petit doigt, une couche très-épaisse de la mixture graisseuse indiquée page 238 ; cette substance doit recouvrir ces mêmes doigts jusqu'à leur base : sans cette précaution, leur introduction serait difficile et fort douloureuse. C'est au-dessus du sphincter ou anneau interne, à trois ou quatre centimètres de profondeur, que l'intestin doit être enduit du corps graisseux qui doit complètement recouvrir toute la surface hémorroïdaire. — 3° De réduire alors par de douces pressions les hémorrhoïdes sorties, et l'on y parvient facilement en faisant exécuter au malade, pendant que l'on comprime ces tumeurs, de grands mouvements d'inspiration qui sont généralement accompagnés du relâchement des sphincters. 4° D'insister sur des manœuvres de ce genre alors que s'accomplit la défécation. — 5° D'avoir recours à des purgatifs doux ou à des lavements mucilagineux et purgatifs, et cela dans l'intention de bien vider l'intestin des matières qu'il pourrait contenir. — 6° De continuer plusieurs jours de suite les applications locales de graisse. — 7° De soutenir avec un petit
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bandage en T les hémorrhoïdes alors qu'elles ont de la tendance à s'échapper par l'anus. — 8° On peut éviter d'introduire le doigt dans cet orifice, en y injectant, avant et après les selles, une proportion notable de la graisse précédente liquéfiée par la chaleur. Ce dernier moyen est même le seul qu'il soit possible d'employer alors que le pourtour du conduit est enflammé, étroit et très-douloureux.
C'est en suivant ponctuellement le traitement qui vient d'être indiqué que maintes fois j'ai été assez heureux pour voir les douleurs hémorrhoïdaires les plus vives se calmer et se dissiper, les tumeurs qui les causaient se flétrir et se réduire facilement, les accidents cesser, les ulcérations se cicatriser, des indurations se ramollir et des écoulements de sang se tarir.
177. Les pertes de sang et de divers liquides par l'anus, le flux hémoiThoïdal, etc., ne sont pas des efforts médicateurs de la nature.
Les flux sanguins ou autres ayant lieu par les hémorrhoïdes ne sont point en général utiles. Le public, se fondant, comme toujours, sur d'anciennes hypothèses médicales dont la science et le temps ont fait justice, croit que les écoulements sanguins par le rectum, par l'anus, par les hémorrhoïdes, etc., sont des bénéfices de nature. Il admet que ces flux préviennent et guérissent des maladies ; qu'ils les jugent, que, si on les arrête, il en résulte de terribles acci-
dents. Ce sont là de monstrueuses et de déplorables erreurs. (Voyez ma thèse latine d'agrégation en 1823, Anomnes morbi sanabiles sanandi? (Faut-il guérir toutes les maladies curables ?)
On sait maintenant que presque toutes les hémorrhagies sont produites par l'ouverture, la rupture, Téraillement de vaisseaux, dus eux-mêmes à des dilacérations d'organes, à des éraillements, à des ulcérations, etc. On sait encore que ces lésions anatomiques ne sont pas produites par une nature bienveillante et médicatrice y mais qu'elles résultent de circonstances physiques variées.
Il faut laisser aux médecins des temps passés ces vieilles et dangereuses erreurs, et se rappeler que les pertes abondantes de sang ou que les hémorrhagies faibles , mais continues, épuisent ceux qui en sont atteints et altèrent plus ou ou moins l'organisme. (Voyez p. 247 des observations à l'appui de cette proposition. )