On doit rémédier le plus tôt possible aux hémorrhoïdes
On doit remédier le plus tôt possible aux hémorrhoïdes, et cela, soit pour les empêcher de prendre du développement, et de finir par être le siège d'altérations graves dans leur tissu ; soit pour prévenir la formation d'abcès, de fistules à l'anus et, à la longue, de cancers intestinaux ; soit encore pour arrêter les pertes habituelles de sang qui ont lieu par le rectum.
DES PETITS MOYENS
179. Les petits moyens précédents ne sont en rien d'un emploi dangereux ; à la rigueur, les opérations chirurgicales seraient préférables à une expectation ridicule et funeste.
Les petits moyens qui viennent d'être proposés contre les hémorrhoïdes n'ont aucune espèce de danger, et les accidents que causent de tels états pathologiques sont graves à ce point que, si ces moyens échouaient, il vaudrait mieux encore exposer les malades à la douleur et aux suites d'opérations périlleuses que de conserver des lésions que le préjugé le plus stupide a fait considérer comme utiles.
180, Fissures hémorrhagiques et névralgiques de l'anus.
Les précautions et les soins applicables aux hémorrhoïdes le sont encore à une affection très-douloureuse et très-dangereuse; je veux dire aux fissures à l'anus, c'est-à-dire à des éraillures profondes, existant entre les plis du fondement, et qui, résultant du déchirement de la peau, déterminent des souffrances trèsvives, soit pendant les évacuations, soit à leur suite ; c'est à mon ancien maître Boyer que la description d'une telle lésion est due. D'après les faits que j'ai observés, non-seulement ces fissures donnent fréquemment lieu aux excessives douleurs dont parlait le grand praticien de la Charité ; mais encore, dans un assez grand nombre de cas, elles sont les sources d'hémorrhagies, tantôt légères et habituelles, et tantôt beaucoup plus fortes. C'est quand des veines ou même
des artérioles sont situées au fond de la fissure, que ces écoulements sanguins surviennent, et cela principalement à la suite des efforts pour la défécation ou consécutivement au passage des matières.
On reconnaît ce mal , que les bonnes gens nomment un flux hérnorrkoïdal, en faisant exécuter quelques efforts pour l'excrétion des scories et en examinant alors l'anus, qui se déploie, en quelque sorte, et permet de découvrir les plis et les enfoncements qui le circonscrivent. Alors on voit sourdre des gouttelettes sanguinolentes ou même s'échapper des jets de sang, parfois lancés au loin et qui sortent de petites écorchures linéaires. Qu'il me soit permis de citer, à cette occasion, parmi un très-grand nombre d'autres, deux faits remarquables.
181. Faits remarquables d'accidents d'hypémie et de symptômes graves du côté du cœur, dus à des fissures hémorrhagiques.
Le neveu du maréchal Gérard, officier de cavalerie, me fut adressé comme étant atteint de maladie du cœur; c'était à l'époque où les idées généralement reçues sur l'irritation et l'inflammation conduisaient à abuser des saignées et des sangsues, et certes, on ne les avait pas ménagées au pauvre malade ; il était, lorsque je le vis, d'une pâleur excessive; le pouls se faisait très-faiblement sentir, et l'on entendait sur la région cardiaque un bruit de souffle extrêmement fort ; les évanouissements se déclaraient fréquem-
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ment, la dyspnée était extrême, et les digestions ne s'opéraient qu'avec une grande lenteur. Le cœur me parut alors être d'un volume normal, et il me sembla que, dans ce cas, il s'agissait plutôt d'une diminution très-grande dans les proportions du sang, que d'une cardiopathie.
J'appris bientôt, par une interrogation attentive, que tous les jours, au moment de l'évacuation des scories, le malade rendait plusieurs cuillerées de sang. J'examinai l'anus, je fis exécuter des efforts de défécation, et je vis tout d'abord un jet de sang rouge qui , sortant d'une fissure linéaire située trèshaut dans le fondement, était projeté à un demimètre. C'était ce qui avait lieu une, deux ou trois fois chaque jour. Dès lors la cause de l'état du malade fut expliquée ; je cautérisai la fissure avec V azotate d'argent, opération qui fut accompagnée et suivie d'une extrême douleur; je recommençai le lendemain; Vhémorrhagie fut complètement et subitement arrêtée; un régime réparateur fut donné au jeune militaire, chez lequel les bruits de souffle cessèrent bientôt, et qui, deux mois après, jouissait de la plus brillante santé.
Une dame de quarante ans présentait les mêmes symptômes; on la traitait pour une chlorose; je reconnus la même lésion et le traitement précédent réussit avec autant de promptitude.
182. En se servant de l'introduction de la graisse, on peut souvent se dispenser de la cautérisation des fissures.
Depuis lors, j'ai vu un grand nombre de cas semblables; mais, le plus souvent, je n'ai plus besoin d'avoir recours à la cautérisation avec l'azotate d'argent, dont le très-grand inconvénient est l'extrême douleur qu'elle cause presque toujours. J'obtiens peu à peu la guérison des fissures hémorrhagiques et de celles dont la douleur est le phénomène dominant, par les moyens bien simples dont il a été parlé à l'occasion des hémorrhoïdes. Ces moyens consistent , comme on l'a vu (page 238) : 1° dans l'introduction, en abondance au-dessus du sphincter interne, d'une mixture graisseuse et consistante, introduction que l'on réitère plusieurs fois par jour; 2° dans la précaution d'éviter les efforts de défécation, etc.