Cas remarquable de guérison de Talbuminurrhée
Une dame de Monluçon était amaurotique par suite d'une albuminurrhée en rapport avec une hypertro-
phie de l'un des rein?, et avec une atrophie de l'autre. La privation habituelle des boissons et quelques purgatifs rendirent moins considérable la perte de l'albumine. La néphromégalie (augmentation de volume du rein) diminua à la longue ; la maladie dite de Bright se dissipa; la vue resta longtemps un peu faible. Depuis plus de dix ans, la santé de cette dame s'est conservée ; mais l'atrophie de l'un des reins a persisté. Sous l'influence des mêmes moyens, j'ai fréquemment vu s'améliorer ou se résorber les épanche» ments séreux et consécutifs à ralbuminurrhée.
Il résulte de ce qui précède et aussi d'autres faits observés par moi, faits qu'il serait trop long de reproduire ici, que, dans l'album inurrhée, la privation simple des boissons aqueuses, portée aussi loin qu'il est possible de le prescrire sans trop faire souffrir les malades, est un des meilleurs moyens (si ce n'est le principal) de remédier à cette grave affection et à la souffrance des reins qui en est la cause démesurément la plus fréquente (1).
210. Abstinence de boissons dans l'hyperurrhée (augmentation simple dans la quantité d'urine sécrétée).— Fait curieux.
Les mêmes considérations sont applicables à l'hyperurrhée (diabète non sucré). Un homme avait reçu un coup violent dans la région du foie ; bientôt il
(1) Dans tous les cas où j'ai rencontré dans l'urine une notable proportion d'albumine, et cela dès le début du mal, les reins étaient augmentés de volume et souvent douloureux.
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fut pris d'un tel écoulement d'urine qu'il en rendait par jour jusqu'à 30 ou 40 litiges. Ce liquide était limpide et non sucré; la soif était excessive, et le malade buvait autant de liquide qu'il en évacuait; le rein droit était considérablement augmenté de volume. En trois jours, cet homme, qui, malgré son indocilité , s'était soumis à l'abstinence absolue des boissons, ne rendait plus que 3 litres d'une urine devenue plus colorée. Les dimensions du rein diminuèrent considérablement. Cet état d'amélioration, avec quelques variantes, persista pendant plusieurs semaines; mais le malade, dont le caractère et la violence étaient insupportables, ne voulut jamais consentir à ne faire usage que de très-peu de boisson; tout au contraire, il se livra à des excès, devint impertinent, et bientôt il fallut le renvoyer de l'hôpital.
211. Administration du sucre; abstinence des boissons dans la glucosurrhée (diabète sucré).
Me fondant sur les annotations précédentes, relatives à la glucosurrhée (page 276), j'ai été conduit, il y a quelques années, à traiter aussi, par l'abstinence des boissons, les malades atteints de diabète sucré.
Lorsque l'on a longtemps privé des malades diabétiques, soit de sucre, soit de fécules, et que l'on a donné du gluten, prescrit un régime azoté, etc., et qu'il y a toujours une grande proportion de glucose
dans l'urine qui continue à être abondamment excrétée, il est, dans mon opinion, tout à fait conforme à la raison et à l'expérience de rendre, autant que possible, à l'organisme le sucre qui se perd encore, quelque chose que Ton fasse. ïl parait donc convenable d'en administrer par jour une proportion plus que double de celle que contient l'urine diabétique, et de constater, par l'analyse, si la glucosurrhée augmente, reste stationnaire ou diminue.
On tiendra surtout compte de la quantité du sucre observée proportionnément à la masse totale de l'urine; s'il arrive, en. effet, que, ce liquide ayant été seulement d'un litre en vingt-quatre heures, il s'y trouve à peine un peu plus de glucose qu'il n'y en avait en un jour dans chacun des deux, trois, quatre ou cinq litres qui étaient auparavant évacués3il en faut déduire que la proportion totale du sucre contenu dans le liquide urinaire a sensiblement décru. Une autre conclusion de ce fait sera que, si de la glucose a été en même temps largement ingérée, il faut bien qu'il en soit resté une proportion notable dans l'organisme. Remarquez enfin que le sucre, étant très— soluble, est, par conséquent, susceptible d'absorption, et que, dans le cas même où il ne serait pas en totalité reporté dans le sang, au moins ses éléments y seraient-ils utilement parvenus. Personne ne peut douter, en effet, que celte substance ne soit, au point de vue de la nutrition ou de la respiration, un aliment essentiellement utile; presque tous les animaux la
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recherchent, la chimie a constaté qu'elle sert à la respiration ; et certes, si l'organisme en perd par l'urine, sans qu'on puisse empêcher qu'il n'en soit ainsi, il faut chercher à lui en rendre par les voies digestives. Ce n'est pas parce qu'il y a du sucre dans l'urine que surviennent des accidents , mais bien parce que les organes en perdent sans cesse et en contiennent moins.
L'abstinence des boissons portée aussi loin que possible est le second moyen hygiénique qui, dans la glucosurrhée (presque toujours compliquée de la formation trop abondante d'urine), est évidemment indiqué. En effet, puisque l'urine contient du sucre dans une proportion donnée, plus on évacue de ce liquide, plus on perd de substance sucrée; or, le meilleur moyen pour éviter cette perte est d'uriner peu, et par conséquent de peu boire.
C'est donc par l'usage du sucre, et par l'abstinence des boissons que je combats la glucosurrhée, et je ne le fais guère que dans des cas où le traitement généraelment suivi a échoué, et malheureusement il faut dire que c'est sur le plus grand nombre des diabétiques.
212. Traitement de la soif dans le diabète et dans d'autres affections.
J'ai remarqué que les malades dont il vient d'être parlé, ont fréquemment le pharynx et la membrane de la bouche rouge et brûlante. Cet état morbide est
peut -être pour quelque chose dans la soif inextinguible qui coexiste avec la perte du sucre» Je me suis même demandé si cette soif excessive n'était pas une des causes principales de l'hyperurrhée et de la glucosurrhée, et si les circonstances anatomiques et physiologiques qui modifient le pharynx et la soif ne pourraient pas jouer un rôle important dans le diabète. Il n'est même pas impossible que les lésions de certains points de Taxe nerveux agissent de cette façon pour rendre l'urine sucrée. Quoi qu'il en soit, la soif et l'état du pharynx et de la bouche sont, dans la glucosurrhée, des circonstances auxquelles il est bon de songer. Des gargarismes avec l'eau acidulée de la façon la plus agréable possible, Y aspiration continuée de l'air à travers l'eau fraîche que Ton retient longtemps clans les parties les plus profondes de la bouche et près du pharynx (1) ; de la glace ; des tranches d'orange, sont d'excellentes précautions à prendre pour faire que les malades supportent même la soif.
213. Le traitement du diabète par l'abstinence des boissons et par le sucre a été adopté par des praticiens distingués de Londres.
L'abstinence des boissons et l'usage du sucre, dans la glucosurrhée rebelle , ont été employés dans mon service avec des demi-succès.
Les malades qui en avaient fait usage sont sortis
(!) Ce petit moyen, que j'ai été récemment conduit à employer, sur des malades auxquels il était contre-indiqué de donner des boissons, est d'une extrême utilité pour apaiser la soif.
dans un état cFamélioratin sensible. En ville, j'ai encore mieux réussi par ce traitement , ce qui s'explique par les soins convenables que reçoivent chez eux les malades. Depuis longtemps , de petites manœuvres que je ne veux pas signaler détournent les diabétiques de la clinique et'de mon observation particulière, de sorte que je n'ai pas réuni assez de faits personnels pour faire apprécier aux praticiens la valeur du traitement que j'ai proposé; mais les résultats que j'ai obtenus sur une petite échelle concordent pleinement avec les faits qu'en Angleterre ont re« cueilli des praticiens de premier ordre.
214. Calculs des reins engagés dans Turétère (urolithes endo-urétériques) .
Le seul traitement rationnel et pratique que l'on puisse utiliser, alors qu'un calcul, ayant pénétré du bassinet rénal dans l'urétère , y cause des douleurs vives, est de faire parvenir d'une manière très-rapide une grande proportion de liquide dans les conduits excréteurs des reins. Les boissons aqueuses à doses réitérées, des lavements coup sur coup, des bains tièdes prolongés , la respiration de la vapeur d'eau , tous les moyens , enfin , propres à augmenter brusquement la sécrétion urinaire, constituent, en effet, la médication la plus propre à favoriser la progression du calcul dans le conduit de l'urine. Cette proposition est si évidente que je ne crois pas utile de la développer.