Précautions hygiéniques
Les grandes indications à remplir, alors qu'il s'agit de guérir les maladies de la peau, sont principalement les suivantes :
i° On doit éviter le contact sur les téguments des corps susceptibles de les altérer, de les léser, de les blesser d'une manière quelconque ;
2° Il faut prévenir les frottements qui pourraient avoir lieu entre la surface malade et les parties qui peuvent la toucher;
3° Il convient d'abriter cette surface contre l'action de l'air;
(1) Traité de médecine pratique, par M. Piorry; t, vu, passim.
4° Il est urgent d'empêcher que des matières malpropres, putrides ou purulentes viennent souiller la portion de peau affectée ;
5° On doit enlever les concrétions, les croûtes qui se forment sur les régions du tégument où le mal a son siège ;
6° Il convient de favoriser la circulation dans ces parties, de manière à empêcher les stases de liquides ;
7° En général, il est bon de maintenir la région . affectée dans une température douce et humide.
Or, c'est presque toujours par des procédés simples auxquels le bon sens conduit, que Ton satisfait aux importantes indications qui viennent d'être établies.
2. Soins de propreté, lavage, lotions, onctions diverses, bains, etc.
Avant tout, une extrême propreté, le lavage, soit avec Feau tiède ou légèrement savonneuse, soit avec Fhuile alors qu'il s'agit de corps gras, soit même avec l'alcool, qui dissout les résines, sont d'une incontestable utilité (et le choix de ces matières doit être en rapport avec la composition des substances qui salissent la peau malade). C'est surtout pour les pauvres gens que ce principe est on ne peut plus applicable. Dans mon service d'hôpital, je recommande aux infirmiers de veiller à ce que toutes les personnes qui y entrent prennent un bain. Si quelques circonstances s'y opposent, le corps de ces malades doit être lavé
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avec une éponge trempée dans l'eau tiède. 11 n'est pas moins utile de détruire les parasites, qui bien souvent sont eux-mêmes susceptibles, comme nous le verrons bientôt, de causer des maladies de la peau et de les entretenir. On combat par des médicaments inutiles des derrnopathies qu'il serait bien facile de faire cesser en faisant périr des acarus de la tête, du corps ou du pubis qui causaient et entretenaient ces affections. En général, pour obtenir ce résultat,, on emploie l'onguent mercuriel, avec lequel on fait une ou deux onctions; pour éviter la salivation parfois causée par les frictions avec cette substance, il suffit de la déposer sur la peau sans exercer de frottements. Cependant Faction du mercure appliqué sur les grandes surfaces est à craindre ; pour éviter cet inconvénient, on peut porter, avec un pinceau, une petite portion d'onguent hydrargyrique sur des points très-limités où se voient des acarus, et ils ne tardent pas à périr. La poudre de Vicat, et peut-être toute autre substance pulvérulente très-fine et très-propre à boucher les trachées des insectes , sont suffisantes pour produire le même effet. Il n'est pas impossible qu'il en soit ainsi pour l'acarus de la gale.
Il faut bien savoir que les acarus de la tête des enfants ne sont jamais un mal utile et que, nés dans la malpropreté, ils sont susceptibles de causer des accidents graves. L'utilité des insecticides est non moins grande pour assainir les lits sur lesquels le
corps du malade repose, et il faut savoir que trop souvent on a pris pour des pétéchies (taches typhoïdes), pour des urticaires (éruptions semblables à celle que cause le toucher des orties), certaines dermopathies dues aux piqûres des insectes.
Je suis persuadé que l'ensemble des précautions hygiéniques dont il vient d'être parlé est d'une si grande importance que, dans mon opinion, le médecin qui les emploierait sans médicament, remédierait mieux à la plupart des maladies de la peau que celui qui les négligerait et aurait recours à des moyens pharmaceutiques variés.
3. Dermopathies (maladies de la peau) causées par des agents extérieurs et que l'on fait cesser en prévenant l'action de ces causes. — Démangeaisons ou prurit , prurigo , etc. — - Inconvénients de la flanelle.
Les démangeaisons dont la peau est si fréquemment le siège sont, dans bien des cas, aussi difficiles à guérir et même à pallier, que pénibles à supporter. Elles irritent le malade , lui rendent le travail difficile, et sont souvent portées à un tel degré qu'elles le privent de tout sommeil. Les médecins les plus expérimentés échouent trop souvent dans la curation de cette insupportable souffrance.
Les bains, les applications de substances tantôt acides (l'eau vinaigrée), tantôt aqueuses (les cataplasmes), tantôt narcotiques (le laudanum, l'extrait de belladone, etc.), stimulantes ou astringentes (le tan-
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nin, etc.), spécifiques (le plomb), plus ou moins cautérisantes (l'azotate d'argent, etc., etc.); certains traitements dirigés contre des maladies internes supposées plutôt que prouvées; et même l'arsenic, sont, tour à tour, employés avec plus de patience que de succès, et ne remédient guère à un prurit souvent insupportable.
A la suite de cette souffrance qui porte le malade à se gratter, se déclarent des boutons très-petits et trèspeu saillants qui sont les points de départ de douleurs réelles. Chez les vieillards, on appelle ce mal le prurigo senilis; mais l'éruption dont il s'agit n'a pas moins fréquemment lieu chez des gens de tous les âges , et elle s'y déclare souvent avec une extrême vivacité. Eh bien! si l'on étudie avec soin la peau de ces individus, voici ordinairement ce que l'on observe :
D'abord, chez les vieillards pauvres, chez les gens misérables, on trouve trop souvent les acarus dont il a été parlé, et qui donnent lieu à ce prurit qui se manifeste si fréquemment sur la tête des enfants et sur certaines parties du corps des adultes ; évidemment, ici, en faisant périr les animaux qui causent la démangeaison, on remédie à celîe-ci (1).
Reléguez au nombre des contes de vieilles femmes cette maladie pédiculaire que les auteurs sérieux ont admise, et sachez bien qu'un vêtement malpropre,
(i) Voir pages 8, 18, etc.
EN MÉDECINE ET EN THÉRAPEUTIQUE. il
et non pas la peau elle-même, était, dans la plupart des cas que l'on a cités, le foyer ou le nid des acarus.
Ailleurs, des rougeurs et des boutons, accompagnés aussi de démangeaisons très-pénibles, se déclarent sur diverses parties du corps contre lesquelles frottent constamment des vêtements de laine ou des tissus plus ou moins inégaux, saillants, rudes et pileux. Souvent il en arrive ainsi alors que ces habillements sont sales; mais ces mêmes vêtements, fussent-ils propres, occasionnent parfois, surtout chez les personnes trèsimpressionnables, les mêmes accidents. C'est principalement lorsque le dos fait habituellement une saillie arrondie en arrière, que ces démangeaisons et ces éruptions variées se déclarent. Elles sont dues à la pressionet aux mouvements d'allée et de venue exercés par les vêtements. Les autres parties des téguments qui recouvrent la poitrine sont aussi , à la suite de l'apposition directe de la flanelle sur la peau, atteintes d'accidents semblables, et il arrive même, si l'on ne reconnaît pas la cause du mal, si on le laisse s'invétérer, qu'il se manifeste de petites tumeurs qui s'abcèdent, des ulcérations suivies de taches rouges ou même des cicatrices désagréables à voir*
On a extrêmement abusé de l'application directe de la flanelle et l'on a gratuitement supposé qu'en irritant la peau, elle portait le mal au dehors. C'est là une préoccupation d'esprit qui ne peut être admise
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par la science moderne ; tout au plus cette application peut prévenir un refroidissement rapide du tégument. En ce sens, elle peut avoir de l'avantage, mais cet avantage subsiste en la faisant doubler du côté de la peau par un tissu de toile bien doux et à demi usé.
Beaucoup de malades qui m'ont consulté pour des dermopathies semblables, existant à la poitrine ou au dos, ont vu la démangeaison et les éruptions dont il s'agit cesser, alors que, d'après mes conseils, ils ont pris cette dernière précaution.
4. Procédés applicables à la curatiori des petites blessures de la peau.
Les moindres blessures de la peau ont leur danger, et par négligence, par de mauvais soins, elles peuvent donner lieu à des accidents graves et même mortels. Les grandes indications dans ce cas sont :
1 0 De laver très-exactement la petite plaie ; 2° d'extraire les corps étrangers qui y auraient pénétré; 3° de tenir élevées, le plus haut possible, par rapport aux autres parties du corps, celles dont le sang coule; 4° d'établir, au besoin, une légère compression sur le point où l'hémorrhagie se manifeste, et, quand elle a cessé d'avoir lieu, de rapprocher les bords de la blessure, d'abriter celle-ci contre le contact de l'air et des corps étrangers.
Lorsque Von parvient à obtenir ces résultats* presque
jamais la petite plaie ne s'enflamme ou ne cause de douleur.
Le taffetas ichtyocollé ou d'Angleterre est utilement employé dans les intentions précédentes; mais il réussit seulement lorsqu'étant parfaitement humecté, il est devenu bien souple ; lorsqu'il est convenablement appliqué et qu'on le laisse sécher sur la partie lésée. S'il est placé sur la peau humide,, il ne s'agglutine pas et alors son emploi est tout à fait sans résultat.
Un petit moyen encore plus simple et plus convenable est de se procurer un morceau de baudruche gommée, de mouiller fortement le pourtour de la petite blessure, d'appliquer la baudruche du côté où existe la couche mince de gomme; celle-ci, en se fondant sur les entourages de la plaie, s'accole, recouvre la partie divisée et, se solidifiant bientôt après, maintient en contact de la manière la plus parfaite les bords de la solution de continuité.
Cette baudruche est transparente , paraît à peine et laisse voir au-dessous d'elle l'état de la partie malade ; elle n'exige aucun appareil de pansement.
Évidemment, c'est ici l'organisme lui-même qui se guérit ; l'art ne s'occupe que de maintenir les lèvres de la plaie en contact.
Toutes les eaux, toutes les pommades, tous les pansements du monde ne valent pas ici le taffetas ichtyocollé et surtout la baudruche gommée et appliquée de la façon dont il vient d'être parlé.
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L'inconvénient de ces deux substances est de se dessécher; car alors leur contact devient très-incommode et elles tiraillent le tégument sur lequel elles ont été placées.
Par la même cause, une couche de collodium étendue sur un tissu ou appliquée sur la petite blessure ne réussit que médiocrement. Aussi arrive-t-il que Ton préfère en général à ces médications le diachylum étendu sur du linge et auquel on donne le nom de sparadrap ; malheureusement, cet emplâtre est presque toujours si mal préparé, qu'il ne colle pas et par conséquent ne remplit en rien l'office que Ton en attend. Desséché dans les pharmacies, il n'adhère à la peau en aucune façon, et s'il arrive qu'on l'échauffé au feu et qu'alors on l'applique, il se détache lors du refroidissement. Ailleurs il est étendu sur un tissu de fil ou de coton neuf et si peu flexible qu'il ne se prête en rien aux formes et aux mouvements des parties. Tout médecin qui cherche à guérir par adhésion une plaie petite ou même grande, doit préparer lui-même l'emplâtre de diachylum, et cela au moment ou il veut s'en servir.
5. Préparation de l'emplâtre de diachylum. — Taffetas recouvert de cet emplâtre.
De tous les tissus que l'on peut employer pour former la trame de l'emplâtre de diachylum, celui qui réussit le mieux est à coup sûr le taffetas assez usé pour être flexible et assez résistant pour ne pas se
déchirer facilement. On étend ce taffetas sur une table; prenant alors une lame de couteau échauffée soit au feu, soit à la flamme d'une bougie, soit dans l'eau bouillante, on enlève avec cette lame la surface desséchée d'un magdaléon (ou bâton) de diachylum ; la partie centrale de ce magdaléon, qui n'est pas altérée par l'air et par l'évaporation, est alors facilement coupée en tranches minces. On étend celles-ci sur le taffetas avec la même lame échauffée, de manière à former une couche épaisse, et Ton obtient ainsi un emplâtre tellement agglutinatif, qu'il adhère tout d'abord et par la plus légère application au doigt qui vient le toucher. Si l'on en découpe des bandelettes, elles collent si bien aux lèvres des plaies qu'elles les maintiennent parfaitement fixées.
L'utilité de cet emplâtre est très-grande;, il réussit parfaitement alors qu'il s'agit de petites écorchures; mais c'est surtout pour les grandes plaies qu'il est extrêmement utile. Tenant de la manière la plus parfaite leurs lèvres rapprochées, il ne vacille pas, et prévient par sa parfaite adhésion le contact avec la peau de l'air et des substances putrides; il ne se dessèche que difficilement; il entretient le tégument dans une humidité salutaire, tandis que le collodium, , la gomme, la gélatine, s'indurent par dessiccation et laissent évaporer les sucs cicatrisateurs exhalés de la plaie; il protège enfin contre les corps extérieurs les tissus dilacérés et dénudés.
Le plus souvent alors, au-dessous de cet emplâtre,
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la cicatrisation s'opère d'une manière très-prompte, et il ne s£ manifeste pas (Térysipèle autour de la plaie qu'il recouvre.
Pour bien comprendre les immenses services que peut rendre cette préparation, il faut se rappeler que l'opération la plus habilement pratiquée, si le pansement est mal fait, réussit fort mal ; tandis que Von a vu des chirurgiens assez inhabiles comme dextérité, mais qui mettaient dans leurs pansements un soin extrême, réussir au delà de toute espérance.
Le taffetas recouvert de diachylum se plie, se moule sur la forme des parties qu'il recouvre ; les liquides déposés entre cette substance et la peau ne se pourrissent pas, car l'air n'y parvient point, et par conséquent les sucs qui découlent des plaies ne se putréfient pas. S'ils pénètrent dans la circulation, ils déterminent les graves accidents qui surviennent alors que les matières septiques parviennent dans les vaisseaux.
6, Emplâtre de diachylum appliqué sans taffetas sur les parties malades et recouvert de poudre de lycopode ; cas où il est utile.— Dermitespëriasiques ou érysipèle; variole, varices, etc.
Il est un moyen tout à fait simple et d'une application pratique immensément utile dans la curation septique des dermopathies (maladies de la peau), et auquel j'ai été naturellement conduit par mes recherchse cliniques sur l'action que des couches graisseuses solides et des emplâtres agglutinatifs peuvent avoir
sur la peau, et ce moyen, le voici : on prend un magdaléon d'emplâtre dediachylum très-récemment préparé et très-agglutinatif ; on échauffe son extrémité à la flamme d'une bougie, assez légèrement pour ne pas brûler le tégument, puis on en dépose à chaud une couche très-mince sur la partie du derme que l'on veut protéger contre les agents extérieurs, et au moment où il est encore collant, on projette abondamment sur lui de la poudre de lycopode ou toute autre poudre réduite à un état impalpable, à laquelle on peut donner la couleur qui paraît au malade la plus convenable.
Il résulte de cette pratique une sorte d'épiderme solide, et qui conserve assez d'onctuosité pour ne pas se dessécher, s'écailler et causer des tiraillements désagréables. Cette enveloppe, dont des poudres et non des trames forment le tissu, ne se laisse pénétrer ni par l'air, ni par la lumière, ni par l'humidité ; elle prévient la dessiccation, retient au-dessous d'elle l'humeur de la perspiration et se conserve appliquée pendant des jours, des semaines et des mois; je l'ai vue se polir à sa surface par l'allée et venue des vêtements sans se détacher encore. Son épaisseur, sa consistance, empêchent dans beaucoup de cas le contact douloureux des corps étrangers ; alors que l'on veut l'enlever, il suffit, pour y parvenir, de la dissoudre dans l'huile d'olive ou d'amande douce.
Les cas dans lesquels l'application du diachylum lycopodé a réussi au delà de toute espérance sont,
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bien que Finvention que j'en ai faite date à peine de quelques mois, on ne peut plus nombreux, et, parmi eux, je citerai les suivants :
1° Le prurit (démangeaison) :.soit qu'il s'agisse de celui qui (p. 11) a pour siège principal les téguments du dos, sur lesquels les vêtements, les bretelles, par les frottements qu'ils causent, blessent la surface cutanée ; soit que Ton veuille combattre la démangeaison insupportable que provoque quelquefois , lors de la marche, le contact des pantalons sur la peau des mollets, alors qu'ils font en arrière une saillie prononcée; soit enfin que Ton veuille remédier au prurit existant à la surface des lèvres vulvaires ou du tégument du pourtour de l'anus, ainsi que cela a lieu par suite de la présence des hémorroïdes, etc.
2° Les inflammations superficielles de la peau, dites érythèmes, tels que l'intertrigo (rougeur des téguments entre deux parties qui se frottent), les brûlures, les souffrances des téguments à la suite de l'application des vésicatoires, la rougeur douloureuse, suite de l'insolation, etc.
3° De petites ulcérations très-superficielles, quelle qu'en soit la cause (p. 12).
4° Des dermites extensives (érysipèle, devrait es périasiques) les plus légères comme les plus graves, et cette année j'ai eu dans ma clinique des cas de ce genre aussi heureux que remarquables. Que de fois nos élèves n'ont-ils pas vu de pauvres gens, ayant été atteints d'érysipèle de la face, menaçant la vie,
chez lesquels le mal avait été subitement arrêté par l'application sur la surface enflammée du diachylum lycopodé ! Sur un banquier de mes amis, âgé de soixante-dix ans, un semblable succès a été obtenu ; la paupière gauche seule a été très-malade, parce que l'enveloppe protectrice n'avait pu y être appliquée.
5° Des varioles très-graves, et j'ai encore présent à Fesprit le fait de cet homme couché âu n° 6 de la salle Saint-Charles, qui, entré au troisième jour de l'éruption d'une vario-dermite assez grave, eut la moitié de la figure et du nez couverts de diachylum lycopodé ; ces parties ne se tuméfièrent pas, il n'y eut pas de cicatrices, tandis que la joue opposée augmenta considérablement de volume et fut le siège de dépressions cicatricielles.
Je me souviens surtout d'un malheureux, couché au n° 24 de la même salle , atteint • d'une petite vérole continente et dont les jambes et les cuisses se couvrirent d'ulcérations répandant une odeur infecte. Il dut la vie aux applications de diachylum lycopodé faites pendant plusieurs jours avec un soin extrême par Henri Devolx, infirmier intelligent, qui, tenant peu de compte du péril qu'il courait , ne songea qu'à conserver le malade.
Les applications pratiques du moyen si simple dont il vient d'être parlé, sont innombrables et ne peuvent être toutes prévues; mais tout porte à croire que, dans les diverses lésions du tégument des jambes qui surviennent consécutivement aux varices, le
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diachylum lycopodé sera d'une extrême utilité. Il n'est même pas impossible qu'en appliquant sur la peau relâchée qui recouvre les varices, ou même certaines hernies (les petites hernies ombilicales, par exemple), une couche très-épaisse de diachylum recouvert de poudre de lycopode ou de toute autre poudre porphyrisée, on puisse former ainsi un tégument artificiel, capable de maintenir les varices ou veines dilatées (phlébectasies) ou les intestins s'échappant de leur cavité naturelle. Je reviendrai plus tard sur ce sujet.
7. Moyens simples à employer contre les brûlures légères et superficielles.
La plupart des moyens généralement employés contre les brûlures sont d'une faible utilité pratique. Avant tout, ce qu'il convient de faire dans de tels cas, c'est, au moment même où le mal vient d'être produit, de soustraire le calorique qui l'a causé en plongeant pendant quelques minutes la partie brûlée dans l'eau froide, et surtout dans celle qui contiendrait quelques fragments de glace. L'indication est ensuite d'empêcher le contact de l'air et des corps étrangers, et cela comme s'il s'agissait d'une lésion de toute autre nature.
Dans ce cas donc, ainsi qu'il a été dit pour les petites blessures (p. 6), ce qu'il y a de mieux à faire est d'appliquer sur la partie lésée,, et au moment où elle vient de sortir de l'eau, une couche de taffetas enduit
de diachylum très-agglutinatif et de le maintenir avec un linge qui, pour s'accommoder à la tuméfaction qui ne manquera pas d'avoir ultérieurement lieu, n'exercera qu'une compression légère. S'il arrive, comme il en advient alors que la brûlure est forte, étendue ou profonde, que les parties qui en sont le siège deviennent rouges, chaudes et enflées, on tiendra la partie lésée le plus élevée possible et on la recouvrira d'un cataplasme de farine de graine de lin et d'eau de guimauve. Lorsque la congestion sanguine et la douleur se seront dissipées, on reviendra aux applications de taffetas enduit de diachylum.
Ce traitement si simple est applicable à tous les degrés de la brûlure et convient tout aussi bien dans le cas où se manifeste une simple hyperémie (augmentation de circulation sanguine) que dans les circonstances où il s'est formé une collection de sérosité sous l'épiderme (ampoules, phlyctènes, etc.), ou encore dans celles où les tissus détruits par l'accumulation du calorique ne sont plus que des nécrosies ( escarrhes gangréneuses ) qui doivent se séparer plus ou moins tard des parties sous-jacçntes encore vivantes, mais rendues malades par la cautérisation.
Ce n'est pas ici l'emplâtre qui, par des propriétés médicamenteuses, guérit la brûlure, c'est l'organisme qui remédie aux lésions causées par le feu. Le diachylum sert à la curation en s'opposant à l'action des corps extérieurs qui blessent les parties dont l'épiderme est altéré ou détruit. Cet emplâtre empêche la
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putréfaction du pus qui se forme sur la surface dénudée et rend ainsi inoffensive la résorption de ses éléments constituants. Au-dessous de la couche emplastique, une cicatrice convenable se forme.
Des considérations analogues aux précédentes sont aussi relatives à Y application directe du diachylum (rendu liquide par une douce chaleur) sur de légères brûlures dans lesquelles Tépiderme n'est pas soulevé (p. 17).
8. Traitement des brûlures étendues à une grande surface de la peau; combustion des vêtements suivie de la cautérisation du tégument.
C'est une affreuse chose que de voir des femmes, des jeunes filles, parées pour les fêtes, passer auprès d'une bougie ou d'un brasier et trouver dans une fraîche parure un horrible appareil de torture et de mort.
Je ne rappellerai pas les catastrophes déplorables dont le triste tableau est présent à la mémoire de tous. Il est préférable d'indiquer les moyens de prévenir de tels malheurs et de dire ce que l'on peut faire pour y remédier autant que possible, que de placer ici des phrases inutiles.
Les vêtements de coton, surtout ceux dont le tissu est mince et léger, s'enflamment avec une prodigieuse facilité; les gazes, les tulles, les mousselines claires, brûlent avec une promptitude telle, qu'avant qu'il soit possible de venir au secours de celles qui les portent,
la peau est déjà torréfiée ou même convertie en escarrhes.
Cette incandescence rapide ne peut surprendre ceux qui se rappellent que le coton est la matière qui entre surtout dans la composition d'une poudre fulminante propre à remplacer celle qui est formée de salpêtre , de charbon et de soufre. Les fils de lin et de chanvre sont aussi très-facilement inflammables.
La laine, au contraire, et même la soie, ainsi que toutes les autres substances animales, ne brûlent qu'en se boursouflant. Il faut beaucoup plus de temps pour les consumer et la propagation de leur flamme est beaucoup plus lente que celle des tissus formés avec des végétaux. La conséquence forcée de ceci est que tous les vêtements qui sont plus exposés à Faction du feu doivent autant que possible être formés de laine ou de soie.
Il paraît que certains apprêts des étoffes les rendent très-difficiles à s'enflammer. Tous les vêtements dont il vient d'être parlé devraient être ainsi apprêtés (1).
Il est de toute évidence que la crinoline est la cause la plus ordinaire des accidents terribles dont
(1) L'amidon dit incombustible (rue Saint-Vincent-de-Paul, no 5) ne se brûle que lentement et est difficilement inflammable. Les quelques expériences que j'ai faites à ce sujet, sur diverses étoffes pénétrées de cette substance, qui devrait partout remplacer l'amidon ordinaire, ne me laissent pas de doutes à cet égard»
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il est ici question. Pour peu qu'une femme se baisse alors qu'elle porte cet immense panier renouvelé de modes surannées, il se relève en arrière et d'une telle façon qu'un brasier situé quelquefois à près d'un mètre de la femme alors qu'elle se tient droite, enflamme cet attirail de coquetterie qui devient un instrument de mort. Mais comment la raison parviendrait-elle à maintenir dans ses écarts le caprice de la mode? comment persuader^ à nos dames que cette exagération ridicule des vêtements est moins gracieuse que les formes admirables de la nature ? Ah ! certes, la crainte même de périr brûlées n'arrêtera jamais la fantaisie des femmes et ne leur fera écouter les conseils sévères de l'hygiène ; mais au moins qu'elles évitent ces excès de dimensions qu'elles donnent à leur crinoline ; car le danger de celle-ci augmente à mesure que sa circonférence devient plus grande ; qu'elles la choisissent à ressorts très-flexibles, car ceux qui sont très-fermes ne cèdent pas à la pression exercée sur eux et il en résulte que les malheureuses qui en portent de semblables ne peuvent être secourues, alors que la flamme les entoure, et que sous cette grande cage toujours béante où l'air pénètre, le feu se propage et brûle les vêtements appliqués sur la peau alors même que des bras énergiques pressent sur l'acier élastique qui ne cède pas ! Que les crinolines soient donc faites en tissus de laine et jamais en coton et que le caprice cède un instant à la voix de la prudence !
Faisons ici une remarque qu'il serait bien utile de vulgariser. C'est que, pour parvenir à éteindre la flamme qui consume une crinoline, il ne faut pas chercher à presser sur celle-ci : les ressorts qui en forment la charpente s'opposeraient à son aplatissement, et l'air n'en continuerait pas moins à alimenter le feu. C'est à cause de cela que la flamme ne s'éteindrait même pas si, dans l'intention de l'étouffer, la malheureuse femme se roulait à terre. Une des principales ressources serait ici de saisir le bord de la crinoline et de détacher ou d'arracher ce vêtement si dangereux. On ferait en même temps des tentatives pour se rendre maître du feu par la projection de l'eau . Il serai t encore très-utile, si l'on en avait le temps et la possibilité, de recouvrir la tête avec un drap mouillé. Pour se rendre maître du feu, l'immobilité de la victime est indispensable.
Lorsque le feu, quels que soient son siège et son étendue, a envahi les téguments, que convient-il de faire? Eh bien! c'est toujours de remplir les indications dont j'ai parlé à l'occasion des cas de légères brûlures (p. 20); c'est donc de soustraire le calorique en excès par l'eau très-froide ; c'est d'abriter les surfaces comburées contre le contact de l'air; c'est, plus tard, d'empêcher la putréfaction du pus qui rend l'absorption de ce liquide si dangereuse.
Pour obtenir des résultats si désirables, le meilleur des moyens, à coup sûr, est le diachylum étendu sur le taffetas ou appliqué directement sur la peau et
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recouvert de poudre de lycopode, ainsi qu'il a été dit précédemment (p. 44 et 17).