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Influence fâcheuse de certains vêtements sur la peau

Rien ne prédispose plus aux varices et à diverses dermopathies consécutives à celles-ci, que des liens serrés et portés au-dessus des mollets et même des genoux. Ces liens gênent le retour du sang et les veines se dilatent au-dessous d'eux. J'ai remédié fréquemment à des maladies de la peau, déterminées et entretenues par une semblable cause , en remplaçant la jarretière par un ruban qui fixait, ainsi qu'on le fait pour les enfants, le bas à la ceinture.

En général, il est d'une immense utilité que les vêtements exercent, sur les divers points du corps qu'ils recouvrent, une compression égale; aussi voyez ce qui arrive aux femmes dont la taille est serrée par une étroite ceinture : la peau de cette partie rougit, il survient une dermite superficielle et même de petits abcès, des taches rouges d'abord, puis bleuâtres, qui se dissipent seulement alors que l'on a fait cesser la pression circulaire que le lien avait causé. Voici un remarquable exemple de l'influence d'une compression inégale sur la production des maladies de la peau.

Un jeune malade de mon service, à la Pitié, portait habituellement des bretelles très-serrées. Or, il fut atteint d'uné éruption de variole (variosi-dermite)

médiocrement grave à la peau, et, tandis que celle-ci restait presque partout intacte sur la poitrine, les points qui correspondaient aux bretelles étaient le siège de boutons variosiques si confluents, qu'ils y dessinaient exactement la forme de ces liens.

10. Couches graisseuses, emplâtres graisseux appliqués sur la peau.

La plupart des inflammations superficiell'es de la peau, ou érythèmes, engelures, brûlures au premier degré, etc., etc., sont singulièrement calmées, et souvent très-promptement guéries, par l'application des corps gras. Ce n'était pas sans utilité que les Romains et la plupart des peuples de l'antiquité se faisaient pratiquer parfois, matin et soir, et ordinairement après le bain, des onctions avec l'huile d'olive. Cette huile réussit très-bien dans plusieurs dermopathies, ainsi que nous allons bientôt le dire; mais un mélange graisseux très-consistant , et trèsutile dans des cas pareils, est celui-ci :

Graisse de -veau très-dure,, surtout celle qui entoure le rognon y et qu'on a lavée avec soin 8 parties.

Beurre de cacao â w a 2 — ■

Faites fondre à une chaleur modérée et mieux au bain-marie; évitez surtout d'ajouter de l'eau à cette mixture*

Pour s'en servir, on échauffe légèrement le mé-

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lange ou on en gratte la surface, de façon à pouvoir Tétendre en couche épaisse sur les parties de la peau malade. Au-dessous de cet emplâtre graisseux, que Ton renouvelle plusieurs fois par jour, très-ordinairement les érysipèles pâlissent et sont arrêtés dans leur marche, les boutons de la petite vérole ne prennent pas de développement et les légères inflammations de la peau se guérissent.

Ce moyen si simple était celui que j'utilisais presque constamment avant que j'aie eu recours aux applications de diachylum lycopodé, dont il a été parlé (p. 17), et qui le remplace avantageusement. La malpropreté de la graisse qui fuse sur le tégument, la rancidité dont elle est susceptible, sa transparence qui permet Faction de la lumière, la facilité avec laquelle elle s'enlève au moindre frottement, ce qui force à en renouveler souvent les couches déposées, m'avaient depuis longtemps conduit à ajouter de la fécule pour en augmenter la consistance, ou du charbon pour la noircir ; mais le diachylum lycopodé ne présente aucun des inconvénients qu'elle pouvait avoir et réussit infiniment mieux, soit dans l'érysipèle (dermite périasique), soit dans l'éruption "de la petite vérole (variosi-dermite) (p. 16).

L'emploi des moyens précédents est extrêmement utile dans les cas nombreux où l'on est incertain de savoir si une inflammation, une tumeur de la peau, reconnaissent ou non une cause interne ou virulente. Presque toutes les dermites simples, et dans lesquelles

la peau n'est pas désorganisée ou dégénérée, se dissipent promptement sous l'influence de la médication précédente, tandis que celle-ci échoue alors qu'il s'agit d'une cause dite spécifique. Cette considération est de la plus haute importance.

A la suite de la variosi-dermite, il arrive parfois que l'on voit se former des croûtes épaisses, formées par du pus concrété (pyodermolithes), qui, prenant une apparence cornée^ semblent végéter, tombent après un certain temps, et malheureusement se renouvellent.

On trouve au-dessous d'elles une surface tuméfiée, rouge, granuleuse, saignante, une sorte de pustule plate, sécrétant des sucs qui se dessèchent en recouvrant ainsi les granulations végétantes. Il suffit , pour remédier à ce mal, dont l'aspect est on ne peut plus disgracieux, de faire tomber la pyodermolithe avec des cataplasmes, de toucher la surface saignante avec la pierre infernale (azotate d'argent) et de recouvrir la surface malade avec du taffetas enduit d'une couche de diachylum.

11. Rudesse de la peau causée par la desquammation de l'épidémie; ichtyose des auteurs; pierre judéenne.

Il est un état particulier des couches extérieures de la peau, dans lequel 1'épiderme est extrêmement rude, se fendille sous forme d'écaillés, et qui a reçu le nom d'ichtyose, à cause de sa ressemblance avec le tégument de certains poissons,

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Cette affection est ordinairement congénitale et tient à une organisation native à laquelle on ne peut remédier par des moyens hygiéniques ou pharmaceutiques. La rudesse de la surface cutanée, les productions furfuracées qui s'en détachent, sont, pour les personnes qui en sont atteintes^ les sources d'inconvénients qui les désespèrent. Or, il est un moyen bien simple, non pas de faire dissiper l'ichtyose, mais bien de rendre très-douce la peau de ceux qui en sont affectés.

Appelé en consultation par mon chef de clinique pour un jeune Grec dont la surface tégumentaire présentait au plus haut degré la disposition ichtyosique, je pensai à faire sur les téguments, qui étaient très-inégaux et très-âpres au toucher, des frictions réitérées avec la pierre judéenne (1), sorte de composition qui use la barbe par une sorte de râpure, et qui rend la peau extrêmement polie. Sous l'influence de cette pratique, une très-grande proportion de lamelles épidermiques se détachèrent sous la forme de farine, et la surface cutanée devint très-promptement aussi douce qu'elle peut l'être chez un homme bien portant.

Sans doute que peu de jours après , l'inégalité, la rudesse du tégument a dû reparaître ; mais il n'y avait plus qu'à réitérer les frictions avec la pierre dont il s'agit pour ramener la peau à une

{{) On trouve cette pierre rue Croix-des-Pctits- Champs, 7, et au n° ]4 de la galerie Delorme.

condition telle que son contact n'eût rien de pénible. En ayant donc pour le tégument frappé d'ichtyose les soins journaliers dont il vient d'être parlé, on fera dissiper la plupart des. inconvénients attachés à cette insupportable circonstance d'organisation.

12. Position élevée , compression de la peau congestionnée, enflammée ou saignante.

Dans un grand nombre de congestions, d'inflammation de la peau (dermémies , dermites), dans les hémorrhagies qui ont lieu par sa surface divisée ou ulcérée (dermorrhémies), dans des souffrances chroniques du tégument, suite de troubles dans la circulation veineuse, les moyens qui sont très-ordinairement utiles sont d'une part la position élevée, par rapport au reste du corps, des parties malades (1) ou de celles dont le sang coule, et de l'autre la compression circulaire pratiquée avec quelques petites pièces de linge et une bande roulée; c'est surtout pour les morsures de sangsues, pour les petites plaies superficielles, pour les varices ouvertes, que ces pratiques réussissent ; mais elles sont encore très-utiles : lors de l'ouverture de petites artères sous-cutanées, dans les érysipèles et dans beaucoup d'autres dermopathies.

(1) Voyez mon mémoire sur l'influence de la pesanteur sur le cours du sang dans le procédé opératoire de la percussion médiate.

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13. Maladies de la peau ( dermopathies } considérées en particulier.

Pour remédier aux diverses affections de la peau, considérées en particulier, il est un grand nombre de moyens en apparence très-secondaires, et cependant d'une utilité extrême, dont je vais faire l'énumération, en suivant ici Tordre topographique et en commençant par le cuir chevelu.

14. Maladies du cuir chevelu. — Parasites, ulcérations, scrofules, écrouelles du cou.

Il est extrêmement utile de remédier aux excoriations de la peau qui recouvre le crâne, les oreilles, la face, etc., et de faire cesser Faction des causes qui peuvent y donner lieu. C'est précisément pour cela qu'il faut absolument détruire les acarus dont il a été déjà parlé (page 8). Ces parasites portent les enfants à se gratter, et, par suite, à se déchirer la peau ; de petites ulcérations en sont souvent les suites; elles se couvrent de croûtes formées par du pus qui se dessèche. Toute excoriation du cuir chevelu sécrétant des liquides qui s'altèrent, quelque peu étendue qu'elle soit, peut devenir une voie d'introduction dans les vaisseaux lymphatiques pour des sucs altérés. De là résulte la tuméfaction des ganglions du cou, si improprement appelés glandes, et dont les engorgements ont été désignés ridiculement sous le nom de scrofules.

Quand, chroniquement, ces ganglions s'indurent , ils forment une sorte de chapelet au-dessous de la mâchoire, et deviennent souvent le siège d'inflammations latentes et d'abcès à marche plus lente encore. Une fois ces premiers accidents produits, il s'en déclare une foule d'autres, et ce n'est pas une cause inconnue, ce ne sont pas des scrofules voyageant fantastiquement dans le corps de l'homme , qui président à la manifestation des écrouelles. Laissons le bon peuple d'autrefois donner aux rois de France le privilège de remédier à un tel mal par l'imposition des mains, et disons que le moyen le plus efficace de le prévenir est de remédier aux petites ulcérations des parties de la tête, dont les vaisseaux lymphatiques (angioleuces) se rendent aux ganglions du cou. Or, détruire les acarus avec les poudres insecticides ou avec quelques centigrammes d'onguent hydrargyrique et de la propreté (p. 8) ; faire tomber les croûtes de la tête pour mettre à nu les surfaces suppurantes ; toucher les petites ulcérations (elcosies) avec l'azotate d'argent, ou mieux peutêtre encore les recouvrir avec le diachylum lycopodé' (p. 17); telles sont les précautions bien simples qui souvent préviendront les engorgements glandulaires ou plutôt ganglionnaires, soit du cou, soit même d'autres parties du corps. Il n'est pas jusqu'aux éruptions ulcéreuses dites : gourmes, teigne, etc., auxquelles le diachylum lycopodé ne remédie ; et actuellement j'ai sous les yeux un jeune enfant dont la tête était couverte par une hideuse calotte de croûtes dites teigneuses, et

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chez lequel la moitié droite du cuir chevelu fut traitée sans amélioration par la simple propreté et les cataplasmes, tandis qu'en peu de jours l'autre moitié, pansée avec l'emplâtre agglutinatif soupoudré de lycopode, fut ramenée presque de suite à l'état de santé.

15. Lieu sur lequel doivent être pratiquées les frictions dans les cas de ganglions du cou enflammés.

Remarquons, à cette occasion, que si Ton veut remédier, par des frictions médicamenteuses, à des engorgements ganglionnaires, il est absurde et antiphysiologique de les pratiquer sur la peau même qui recouvre ces ganglions. En effet, les vaisseaux lymphatiques qui naissent de cette portion de tégument ne s'étendent pas aux prétendues glandes dont il s'agit, et ne peuvent, en conséquence, y porter les substances actives que l'on emploie; ils les charrient beaucoup plus loin.

C'est, au contraire, sur les régions de la peau où les vaisseaux lymphatiques des ganglions malades ont leur origine , c'est-à-dire sur des parties où le mal primitif a eu son siège, que l'on doit chercher à faire pénétrer les médicaments destinés à agir contre les engorgements.

Je crois être le premier qui, ayant fait cette remarque, ai suivi la pratique dont il s'agit, pratique qui a souvent été utile à mes malades. Se conformer actuellement à la routine, qui consiste en frictions

directement portées sur les ganglions malades, autrement que dans l'intention de les modifier mécaniquement, n'est en rien conforme aux lois de la physiologie éclairée par l'anatomie.

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