Urination trop fréquente
îl est un assez grand nombre de personnes qui urinent d'une manière très-fréquente , et cette pénible incommodité dépend de diverses causes qu'il est souvent fort difficile d'atteindre. Tantôt, il s'agit seulement d'une habitude vicieuse , et alors il suffit de surmonter tous les jours un peu plus longtemps la sensation qui porte à uriner , pour qu'à la longue on prenne la coutume de conserver le liquide pendant un temps suffisant.
Ailleurs, la vessie est naturellement petite et devient douloureuse alors qu'elle contient peu d'urine. Dans ce cas encore , c'est d'une manière très-lente et
successive que Ton parvient par l'habitude à dilater suffisamment cet organe pour qu'il puisse se laisser distendre par le liquide.
Dans d'autres cas, ainsi que j'en ai vu quelques exemples, des gens qui avaient été atteints d'abord de cysturasie (distension de la vessie) excessive , survenue pendant la durée d'une fièvre grave , puis de rétraction consécutive de cet organe , dont les parois s'étaient considérablement épaissies , urinaient presque à chaque instant. Le liquide sortait par une sorte de canal qui s'étendait des urétères à l'urètre.
Or, il est arrivé qu'en donnant peu de boisson * en faisant retenir chaque jour un peu plus l'urine, j'ai été assez heureux pour remédier à la lésion que la nécroscopie m'avait précédemment permis de constater chez d'autres malades.
11 arrive encore qu'un corps étranger, un calcul vésical, par exemple, provoque très-fréquemment le besoin de rendre l'urine, et ici les boissons abondantes^ peuvent avoir leur utilité.
L'éréthisme vénérien peut provoquer , enfin, des besoins fréquents d'urination , et c'est contre cet éréthisme qu'il faut diriger la médication dont on fait choix.
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217. Suites fâcheuses de l'incontinence d'urine; moyen? d'en atténuer la triste influence.
Des dormîtes, des dermonécrosies (inflammation et gangrène de la peau), la résorption urineuse (urémie) , sont, chez les paralytiques et les vieillards , les funestes effets de l'incontinence d'urine. Les soins d'une extrême propreté, l'application de poudres absorbantes, telles que celles de lycopode, de charbon, la fécule de riz, accumulées en couches épaisses et très-souvent renouvelées; chez l'homme , des réservoirs membraneux entourant une éponge que l'on doit laver et changer toutes les demi-heures, l'exposition à l'air des parties humides et leur dessèchement, le changement fréquent de position, sont des moyens simples, utiles et généralement connus.
Ces médications peuvent, d'une part, prolonger la vie de ces infirmes et, parfois, donner le temps au thérapeutiste de combattre avec avantage les lésions anato iniques qui ont causé le mal.
Les applications de diachylum , saupoudré de poudre de lycopade, sont surtout d'excellents pansements pour recouvrir les rougeurs, les excoriations et les nécrosies de la peau que cause, dans les cas précités, le contact de l'urine, qui bientôt ne tarde pas à se putréfier.
218. Procédé fort simple pour vider chez les petits enfants la vessie distendue.
Lorsque, chez de très-jeunes enfants, la vessie se distend outre mesure par l'urine , on peut le plus souvent se passer de l'usage de la sonde; il suffit de presser assez fortement, mais doucement, sur les points du ventre auxquels la cysture (vessie) correspond pour que l'urine s'échappe par les voies naturelles avec facilité. (Cette annotation est due à Magendie.)
219. Faiblesse du jet de l'urine due à ce qu'il ne s'accumule pas assez de ce liquide dans la vessie. — Moyen d'y remédier.
Quelques hommes, redoutant des maladies de la vessie ou du canal de l'urètre,, urinent trop fréquemment et s'inquiètent fort de ce que l'urine coule par un petit jet et à une faible distance ; parfois même ils consultent certains spécialistes, qui. emploient de petites sondes, et, faisant plisser, en s'en servant, la membrane interne de l'urètre, qui forme alors un obstacle réel au passage de l'instrument, ils éprouventpar suite des difficultés dans le cathétérisme. Ils admettent dès lors, et, certes, de la meilleure foi du monde, la présence d'un rétrécissement urétral ou même d'une affection prostatique. S'ils avaient présentes à l'esprit les recommandations de Mayor sur les avantages des grosses sondes, ils verraient souvent que de telles sténosies sont plutôt dans leur esprit qiie
dans le trajet parcouru par l'urine, et qu'avec un cathéter volumineux ils arriveraient tout d'abord dans la vessie. Je suis d'autant plus autorisé à parler ainsi que, plusieurs fois, j'ai été consulté par des malades que des hommes d'ailleurs habiles traitaient, actuellement, pour une sténosie urétrale > et chez lesquels, en me servant d'une très-grosse sonde Mayor, je suis tout d'abord arrivé jusqu'à la vessie, sans rencontrer sur la route le moindre indice de rétrécissement.
Lorsque l'on urine trop souvent , le liquide ,v étant alors en très-petite proportion dans son réservoir, ne l'excite plus d'une manière suffisante pour provoquer une contraction vive ; il en résulte que l'évacuation du liquide se fait à une petite distance, par un jet faible, étroit, et même en tournoyant ; de là encore les terreurs qu'éprouvent les malades sur l'existence redoutée d'une paralysie vésicale.
Pour remédier à ce prétendu rétrécissement, à cette paralysie supposée dont on accuse à tort la vessie , il suffit de retenir l'urine pendant quelques heures , et de l'évacuer seulement quand un besoin pressant se fait sentir. Alors, la largeur et l'impétuosité du jet prouvent bientôt que la maladie est plutôt imaginaire que réelle.
220. Difficultés apparentes d'uriner résultant : de ce que la pensée est dirigée ailleurs que vers cette action alors que l'on cherche à l'exécuter; ou de ce que le malade oublie de l'accomplir. — Moyens de remédier à cette préoccupation d'esprit ou à ce défaut de mémoire.
Une infinité de personnes ne peuvent uriner en public ; arrive-t-il qu'on les regarde, il leur est impossible, malgré tous les efforts auxquels elles se livrent, de s'acquitter de cette fonction. Tout aussitôt qu'elles sont certaines que l'on ne s'occupe pas d'elles, le liquide s'écoule à l'instant. Non-seulement cela se voit chez les femmes élevées dans des sentiments modestes, mais chez des hommes qui n'ont guère de pudeur. C'est même là un des ennuis qu'éprouvent beaucoup de personnes qui voyagent , surtout lorsqu'on chemin de fer elles redoutent le départ du train, et qu'elles craignent de n'avoir pas le temps nécessaire pour uriner. Chose à laquelle on s'attendrait peu, c'est que, dans les salles d'hôpital, certains hommes, fort peu intelligents, sans éducation première, sans aucune espèce de retenue, ne peuvent, en présence des assistants , rendre l'urine nécessaire pour l'exploration chimico-médicale. Il faut faire fermer les rideaux, s'éloigner de ces malades, qui, une fois isolés , exécutent l'excrétion dont il s'agit avec une extrême facilité.
J'ai longtemps recherché quelle était la raison de ce phénomène, que M. le docteur Mercier a rapporté â une contraction spéciale de la luette vésicale. Je ne
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sais ce qu'il y a de vrai dans son explication ; mais ce dont je suis certain , c'est que le défaut d'évacuation urinaire, dans les cas précédents, tient à un état particulier de l'intelligence dont il est, chez certaines personnes et au lit des malades, très-utile de tenir compte. Expliquons-nous à ce sujet.
Lorsque l'on est très-attentionné à un travail de cabinet , les objets qui sont en dehors de ce travail nous touchent peu. Archimède, cherchant à résoudre un problème mathématique, se laisse mettre à mort par un soldat romain , avant de s'apercevoir de la présence de l'ennemi. On écrit plusieurs heures de suite, on reste toute une soirée au spectacle, au bal, à une fête, sans songer même à l'urination (1). C'est que , dans tous ces cas , l'attention , portée sur des choses bien différentes de l'action qu'il serait parfois très-utile d'exécuter, ne peut en rien se fixer sur l'acte de l'urination, pour l'accomplissement duquel l'influence névraxique (2) sur la vessie est indispensable. C'est alors un véritable oubli d'uriner qui a lieu, et souvent la volonté se porte en vain vers l'accomplissement de l'urination; comme l'esprit est préoccupé de pensées nombreuses, telles que la crainte, un sentiment de pudeur, une appréhension très-grande du départ prochain du train du chemin de fer, ou, encore, d'idées en rapport avec un travail intellec-
(1) Pendant un sommeil profond, Turine s'accumule en trèsgrande proportion sans que la vessie se contracte.
(2) De l'axe nerveux.
tuel y il advient que l'action d'uriner ne peut s'opérer.
Il en arrive surtout ainsi dans les cas de fièvres graves. Les rêvasseries du fébricitant (typhomanie des auteurs ) le préoccupent infiniment ; la sensibilité vésicale est d'alleurs émoussée ; Furine alors s'accumule dans son réservoir, et les médecins qui ne tiennent pas compte de ces faits croient à une paralysie de la vessie ; celle-ci existe si peu qu'il suffit d'attirer l'attention des malades sur la nécessité où ils sont d'uriner pour que , s'occupant enfin de cet acte , ils l'exécutent tout d'abord avec facilité. Que de fois ne se serait-on pas abstenu d'avoir recours à la sonde , si l'on avait eu connaissance de ce fait (1) !
Ce n'est pas là , à coup sûr , le seul phénomène fonctionnel qui soit entravé, empêché par des impressions morales du même genre que celles qui viennent d'être signalées. Le besoin de la défécation , la contraction des gros intestins, ne se déclarent pas lorsque l'imagination conduit les idées loin de l'acte qu'il
(1) Il est d'une utilité extrême, dans les fièvres graves, de bien constater si les malades n'ont pas la cysture (versie) distendue par l'urine. Chez les personnes dont le ventre est rempli de gaz, de scories (fèces), ou même de graisse, il est souvent difficile de parvenir par la palpation à obtenir la constatation de ce fait; or, il suffit, pour ne pas laisser passer sans le reconnaître un état pathologique si grave , de percuter pléssimétriquement le bas-ventre, d'y trouver la matité hydrique (celle que donne l'eau) et de dessiner la vessie, pour ne pas s'exposer par négligence et par défaut de savoir aux accidents les plus graves.
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s'agit d'accomplir. Sous l'influence d'une pensée dominante , l'appétit se perd ; un chagrin violent empêche la digestion gastrique de s'accomplir; l'homme absorbé par un travail intellectuel profond oublie en quelque sorte de respirer, et il faut que le besoin de le faire devienne pressant pour qu'il s'y livre ; de là des soupirs profonds pratiqués de temps en temps et des attaques de dyspnée ou d'asthme qui, parfois, se déclarent chez des gens de lettres, lesquels, fréquemment, se refroidissent avec facilité.
Il est beaucoup plus difficile qu'on ne le pense de remédier au défaut d'action vésicale qui survient par inattention. Il faut, pour y parvenir, chercher par un moyen quelconque à fixer sa pensée sur l'acte de Turination. Stimuler légèrement l'extrémité du canal ; compter successivement des chiffres à l'effet de détourner les idées des objets qui causent des distractions ; se rappeler, dans un voyage en chemin de fer, qu'il suffit de moins d'une minute pour uriner, alors que Ton a quatre , cinq, six minutes et plus à sa disposition avant que le train parte , etc, sont de petits moyens physiques et moraux que l'on peut mettre en pratique dans de tels cas avec le plus grand avantage.