‹ La médecine du bon sensChapitre 78 sur 117 · Rhumatismes; douleurs dites rhumatismales; névralgies · texte numérisé non relu

Rhumatismes; douleurs dites rhumatismales; névralgies

La plupart des médecins, même des plus instruits, loin de rechercher la cause matérielle, la raison anatomique des douleurs, paraissent croire qu'il peut s'en déclarer sans qu'il existe quelque lésion, persistante ou momentanée , qui trouble la fonction de la partie où elles ont leur siège. Ils les désignent tout d'abord sous les noms de névralgies ou de rhumatismes. Ils attaquent alors directement ce qu'ils disent être Y élément douleur, par les narcotiques, tels que l'opium, la morphine soluble, le datura, le chloroforme, etc.

Malheureusement, la circonstance physique et moléculaire, qui cause une souffrance plus ou moins vive, échappe souvent tout aussi bien à l'examen attentif des organes qu'aux recherches les mieux dirigées sur les troubles fonctionels et sur l'histoire de la maladie. Alors on est réduit à faire de cette thérapeutique banale et empirique qui étend son domaine depuis la belladone jusqu'aux bains de vapeur ou aux eaux de Pougues ; mais ce n'est pas là une raison pour que dans

une multitude d'autres cas, on ne puisse s'élever à la connaissance de l'altération matérielle qui cause et entretient la névralgie ou le rhumatisme supposé. C'est donc tout d'abord, alors qu'il s'agit de combattre les douleurs ainsi désignées, à une étude très-sérieuse de l'organisme qu'il faut se livrer, et si l'on n'agit pas ainsi, on court les risques de commettre, au trèsgrand détriment des malades, les erreurs les plus déplorables.

â59. Cas de cancer de la région lombaire pris pour une névralgie.

Un avoué de Poitiers se plaignait, depuis huit ou dix ans, d'éprouver d'atroces douleurs dans les reins. Sans avoir examiné la région où le mal se faisait sentir, on me demanda un mémoire-consultation. Je répondis qu'il fallait, avant tout, explorer soigneusement le malade. Il vint à Paris. Je mis à découvert le lieu douloureux. Quelle ne fut pas ma surprise de voir, au premier coup d'œil, une vaste tumeur dont le caractère cancéreux était évident ! Depuis dix ans on traitait cette affection comme un rhumatisme. La source de la douleur n'était malheureusement plus douteuse, et si les nerfs intercostaux et lombo-abdominaux souffraient, c'était évidemment par suite de la terrible lésion qui existait. Le mal était devenu si étendu que l'opération que l'on fit bientôt après ne retarda en rien la mort du malade.

Il me serait facile de réunir un bien grand nombre

DES PETITS MOYENS

de faits de ce genre, dans lesquels on cherchait depuis longtemps à guérir des névralgies ou de prétendus rhumatismes par la narcotisation , et qui cédèrent promptement à des médications fondées sur l'étude attentive de l'organisme et des causes matérielles qui entretenaient la souffrance. Tantôt il s'agissait d'une névralgie faciale qui, due à une maladie des dents, cédait brusquement à Tévulsion de celles-ci; tantôt d'un mal de tête au front (pentanévralgie faciale), compliquant ou remplaçant des accès fébriles , et qui, causée par une affection de la rate, se dissipait le lendemain du jour où j'avais administré une potion contenant en dissolution 1 gramme de sulfate acidifié de quinine, ou deux cuillerées d'extrait quinoïde.

Dans un autre cas, c'était une sciatique (névrosciaticalgie) qui avait été combattue par des moyens héroïques, mais douloureux et inutiles, et que l'on' avait appliqués sur le trajet des nerfs; le plessimétrisme démontra que le point de départ du mal était une tuméfaction de la région lombaire de la colonne vertébrale. La douleur céda bientôt à la eu ration de la maladie de l'os obtenue par le phosphate de chaux et le repos (1).

Des névralgies thoraciques sont parfois encore les résultats d'un tiraillement des nerfs intercostaux

(1) J'ai encore sous les yeux deux cas semblables qui, cette année 1863, ont fourni en partie le texte de ma première leçon de clinique pour la Faculté à l'hôpital de la Charité.

causé par une mauvaise position du col ou de la tète. Dans cette attitude, le cou et le dos sont courbés de manière à produire une distension des nerfs, des muscles et des ligaments de la région dorsale. Or, on remédie à la douleur et on en prévient le retour, en faisant que le malade se tienne dans une meilleure attitude, et en aidant à Faction musculaire par un appareil de corsets et de bretelles dont j'ai déjà parlé et qui sera mentionné plus tard, etc.,- etc.

260. C'est la cause organique des douleurs qu'il faut combattre pour les guérir.

C'est donc à la cause matérielle des névralgies qu'il faut, autant que possible, remonter, alors qu'il s'agit de guérir ces douleurs.

Le véritable médecin thérapeutiste sera donc celui qui, anatomiste et physiologiste, en même temps que praticien habile et expérimenté, saura, par cela même, indiquer un traitement rationnel de ces affections.

Quand, par malheur, la raison organique d'une souffrance est inconnue, alors on est dans la nécessité d'attaquer directement la douleur par des médications et surtout par les narcotiques; mais avant d'employer ceux-ci, il faut se rappeler que les bains tièdes et très-prolongés, que les applications émollientes , que les emplâtres qui protègent la partie endolorie et la maintiennent dans une humidité salutaire, que le repos et surtout l'éloignément des circonstances que l'expérience a appris

ramener ou exaspérer les douleurs, sont d'une incontestable efficacité, tandis que la belladone, la jusquiame, l'opium, les pilules de Méglin, le chloroforme parviennent bien quelquefois à endormir le mal, mais ne le guérissent presque jamais.

Voyez comment, à la suite d'une saignée malheureuse dans laquelle un filet nerveux a été incomplètement divisé, se déclarent, sur ce filet blessé, des névralgies cruelles, que les narcotiques parviennent difficilement à calmer! Voyez surtout à quel point ils sont impuissants à les guérir! C'est qu'ici il y a une lésion matérielle évidente qui les a causées. Ainsi en est-il dans la plupart des névralgies; mais souvent la raison anatomique de la douleur qui les constitue ne peut être reconnue, et, encore une fois, on est malheureusement alors réduit à combattre le symptôme douleur quand il faudrait remédier à la lésion névrique qui lui donne lieu. Ainsi en est-il des souffrances aiguës qui suivent le zona, et de la dangereuse névralgie dite angine de poitrine.

261. Céphalalgies symptomatiques de splénopathies dissipées lorsque l'on remédie à la lésion de la rate.

Il en était encore ainsi de beaucoup de céphalalgies sus-orbitaires, qui ne sont que des névralgies de la cinquième paire (pentanévralgie) ; mais ici le plessimétrismea fait voir que la rate était souvent le point de départ du mal, et qu'en guérissant la splénopathie par l'emploi, à hautes doses, de la quinine dissoute

ou de l'extrait quinoïde, on fait disparaître le mal de tète. Déterminez la cause matérielle d'une névralgie; si vous pouvez la détruire, la douleur cessera d'avoir lieu; si vous ne connaissez pas cette cause matérielle , la souffrance , momentanément amoindrie par vos empiriques médications, résistera d'une manière indéfinie. Si la circonstance anatomique qui détermine la douleur, bien que connue, est incurable ou, du moins, résiste aux moyens de traitement employés, la douleur sera peut-être calmée pour un temps, mais elle reparaîtra plus tard avec une opiniâ^ treté désespérante.

262. Névralgies variées se développant à l'époque menstruelle,

On explique, par les faits et par les réflexions précédentes, comment il se fait que les névralgies, si fréquentes chez la femme, et dont les ovaires, l'utérus et leurs dépendances (angiove) sont les points de départ, se modifient avantageusement dans les jours qui suivent la menstruation, et par quelles raisons elles reparaissent avec une persistance extrême, alors que la congestion ovarique et Phémorrhagisme utérin se déclarent de nouveau.

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