Moyen de préservation contre les abcès du sein
D'après les considérations précédentes, il est évident que les meilleurs moyens de prévenir les abcès du sein chez les nourrices, ainsi que les accident nombreux et si graves dont ces pyoïtes peuvent être suivies, est de favoriser la sortie du lait soit par la succion, soit par des pressions méthodiques, soit en humectant avec l'eau tiède les orifices des conduits galactophores, et surtout de soigner de la manière la plus attentive les piqûres, les érosions, les contusions, les morsures et les inflammations dont le mamelon de la femme en couche ou de la nourrice peuvent être le siège. Certes, ces moyens hygiéniques sont bien autrement utiles, dans des cas pareils, que tous les onguents et que tous les médicaments préconisés dans des cas semblables par l'empirisme et par de sots préjugés.
255. Fait remarquable d'abcès du sein chez une petite fille âgée de six jours.
Par une étrange coïncidence, voici qu'au moment où, dans la cour de la Charité, je venais d'écrire ces remarques et où je sortais de mes salles, on me dit qu'une petite fille, née depuis cinq à six jours, était atteinte d'un abcès considérable au sein gauche, ce que je constatai tout d'abord. Pendant mon examen, M. Masse, externe très-soigneux, alors attaché à mon service, me fit observer qu'une sérosité assez abon-
dante coulait de l'autre sein. L'explication du mode de formation de la pyoïte ressortait immédiatement des considérations précédentes. Heureux de trouver si à propos un fait à l'appui des considérations précédentes (fait d'autant plus remarquable qu'il a été observé sur un enfant naissant, ce que je crois être assez rare), je lus aux élèves les pages précédentes qui leur firent admettre comme à moi que l'arrêt de la sérosité dans les conduits excréteurs avait été la cause matérielle de l'abcès mammaire.
256. Abaissement^ déviations de la matrice (hyputérotopiej dysiitérotopie).
L'emploi d'un appareil auquel on a donné le nom de pessaire, entraine une incommodité et une malpropreté telles, et présente tant d'inconvénients, qu'il est souvent plus pénible à supporter que le mal qu'il est appelé à combattre. Ce moyen est généralement mis en usage contre l'abaissement, les déviations et la chute de la matrice ; loin de concourir à une guérison radicale de ces infirmités, ce corps étranger, quelle que soit sa composition (substances en plastiques, ivoire, caoutchouc vulcanisé et renfermant de l'air, etc.), quelle que puisse être sa forme (rond ou ovale, cylindrique ou en bilboquet, percé d'un trou central ou muni d'une tige allongée, etc.), ce corps étranger, dis -je, a toujours l'immense inconvénient de dilater encore le vagin déjà trop large, et dont les parois molles, laissent, en conséquence,
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l'utérus s'abaisser et se porter même tout à fait en dehors.
Le pessaire, qui, momentanément, soulage la femme, mais qui la met plus tard dans la nécessité de porter sans cesse cet instrument de prothèse, exige, si toutes les lois de l'hygiène ne sont pas méconnues, qu'un chirurgien habile renouvelle tous les huit jours l'application de cet incommode moyen de palliation.
Il est inutile de rappeler que toutes les injections dites astringentes ne réussissent pas à rendre aux parois du canal vaginal leur fermeté et leur étroitesse première; la ceinture dite hypogastrique, refoulant les viscères par en bas,, augmente encore l'abaissement utérin.
Il est à croire que l'on ne trouverait guère de femmes disposées à supporter l'excision d'un lambeau longitudinal du vagin, alors même qu'il se trouverait un chirurgien qui se déciderait à proposer cette douloureuse et dangereuse opération!
257. Appareil extérieur, ou bandage utéro-périnéal, employé par moi avec succès contre l'abaissement de la matrice.
Il est un appareil des plus simples, que j'ai depuis bien longtemps proposé et utilisé (1); cet appareil maintient convenablement l'utérus atteint d'abaissement ou même d'une chute complète. Il consiste dans
(1) Traité de médecine pratique, nos 1088 et suivants.
une pelote étroite et épaisse, appliquée sur le périnée ; elle est destinée à soulever l'utérus avec la médiation du plancher périnéal. Cette pelote est soutenue par une courroie qui , passant entre les cuisses , se fixe en avant et en arrière , au corset ou à une petite ceinture entourant le bassin. Plus on tend la courroie, et plus la pelote porte l'utérus en haut. Les avantages de ce moyen sont :
1° De maintenir suffisamment l'utérus ;
2° De rapprocher les parois vaginales ;
3° De n'empêcher en rien d'indispensables soins de propreté;
4° De ne point exiger les soins habituels d'un chirurgien;
5° De permettre d'ôter et d'enlever l'appareil alors que la femme peut s'en passer, c'est-à-dire quand son corps repose dans la posi tion horizontale ;
6° De faire qu'elle le porte principalement quand elle doit se livrer à la marche, à la station verticale prolongée, à quelque effort ;
7° D'élever l'utérus à des hauteurs variées, suivant le bien-être qui en résulte; car les courroies peuvent être plus ou moins serrées, et lapelotte peut présenter diverses dimensions en épaisseur;
8° D'éviter de devenir (comme il en arrive pour les pessaires) le foyer d'émanations fétides et repoussantes ;
9° De ne pas exposer celles qui en font usage aux inflammmations, aux écoulements, aux ulcéra-
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tions, aux cancers , et certainement aux attaques d'hystérie, dont ces mêmes pessaires sont souvent la cause.
Ce qui vient d'être dit n'est pas de la théorie, mais de la pratique consacrée par les vingt années d'expérience passées depuis que j'ai proposé l'appareil utéropérinéal.
Faut-il citer un fait, parmi une multitude d'autres, à l'appui des propositions précédentes? L'épouse d'un secrétaire d'ambassade de l'une des républiques américaines éprouvait depuis deux ans des douleurs excessives dans les régions ovariques, douleurs que des chirurgiens justement estimés rapportaient à une ovarite, et qu'ils voulaient combattre par l'application de nombreuses sangsues et de vésicatoires multipliés. Cette jeune dame, étant fort peu disposée à supporter ce traitement, me consulta. Le toucher me fit tout d'abord penser que les douleurs et la gastralgie coexistante, symptômes qui augmentaient infiniment d'intensité alors que Mme X... était debout, pouvaient être dues à un abaissement considérable de la matrice ; bientôt j'eus la preuve matérielle que je ne me trompais pas : en soulevant, en effet, le col utérin avec le doigt, les accidents cessaient, et reparaissaient avec une intensité extrême tout aussitôt que j'abandonnais la matrice à son propre poids. Je fis porter l'appareil utéro-périnéal à cette clame, et tout d'abord les symptômes qui avaient conduit à prescrire les sangsues et les vésicatoires disparurent, si bien que, depuis cinq
ans, la santé de Mme X... est excellente. Cette dame, comme toutes celles auxquelles j'ai fait porter un bandage du même genre, a souffert les premiers jours de la présence de celui-ci. C'est ce qui arrive aux hernieux, alors qu'ils commencent à se servir d'un brayer; mais, en très-peu de jours, les femmes s'accoutument si bien à l'usage de l'appareil utércpérinéal, qu'elles s'aperçoivent à peine de sa présence.